Récupérer la résilience morale dans un monde
De fluidité et de relativité
Par: Yara Abdel Gawad*
Introduction
A l’ère actuelle, l’être humain cherche toujours le chemin vers son humanité perdue sous les décombres du développement moderne et postmoderne ; il en découle un modèle cognitif qui se caractérise par son matérialisme. Ce dernier a mis en place des valeurs absolues ainsi que des « narrations » donnant naissance aux deux concepts de la rationalité et de l’objectivité : la science expérimentale est devenue l’unique source du savoir à l’époque moderne ; la déconstruction, l’incertitude et le relativisme sont devenus des valeurs suprêmes à l’ère post-moderne de l’ambiguïté et du nihilisme. Toute l’humanité vit aujourd’hui une crise existentielle avec la mondialisation du modèle occidental portant atteinte aux différentes cultures.
Dans ce contexte, l’être humain traverse de multiples crises qui s’entrecroisent et se recoupent dans certaines de leurs dimensions. Celles-ci portent les mêmes caractéristiques : la désintégration, la relativité ainsi que la perte de fondements solides et de repères directeurs. Certaines de ces crises concernent l’essence même de l’homme ainsi que sa quête constante du sens de son existence ; d’autres portent sur les sources du savoir, d’autres sur son identité culturelle, etc. Il faut souligner que la crise la plus dangereuse est celle de l’éthique caractérisée par le postmodernisme par son relativisme et sa fluidité. Ainsi, cette valeur fondamentale a perdu sa fonction normative, transcendante par sa source et absolue par sa nature ; celle-ci est reconnue par l’instinct, permettant de juger les choix humains.
Dans cette perspective, nous abordons dans cet article la question de savoir comment retrouver notre intégrité morale en rappelant une évidence à savoir sa nature absolue, son innéité, sa nécessité ainsi que son lien avec l’essence de l’être humain en tant que seule créature dotée du libre arbitre, le représentant de Dieu (khalife) sur terre.
Premièrement : Le relativisme moral, entre racines et réalité
Discuter du relativisme moral renvoie à l’une des crises de la pensée postmoderne. Le projet moderniste occidental a été conçu autour de la domination de la pensée rationnelle ainsi qu’autour de la quête constante du progrès matériel. Celui-ci est fortement lié à la Révolution française et à la révolution industrielle pour se propager par la suite à travers le monde par le biais du colonialisme puis par les moyens modernes de la communication jusqu’à prétendre s’imposer comme une réalité mondiale. Le projet moderniste a été soumis à des critiques internes donnant lieu au concept de « postmodernisme ».
Avec l’ouvrage de Jean-François Lyotard, La Condition postmoderne : rapport sur le savoir publié en 1979, ce concept est devenu un mouvement intellectuel. Le début se veut comme une annonce d’une nouvelle ère du savoir. D’emblée, il commente la disparition des grandes narrations qui ont caractérisé l’ère moderne. Il entend par là les théories et les généralités en vogue (comme le déterminisme, la pensée des Lumières, le marxisme etc.), les considérant incapables de fournir des explications dans un monde nouveau caractérisé par la vitesse et la technologie[1].
Les courants modernistes se caractérisaient par leur diversité et leur confiance absolue en des principes généraux extrêmement fiables tels que la science, le progrès, la liberté et le déterminisme. Le concept de la rationalité était le fondement capable de libérer l’humanité de l’interprétation « métaphysique » de l’univers. Sur cette voie, la modernité a subi des critiques concernant ses valeurs et sa validité et ce, à travers des penseurs comme l’Allemand Friedrich Nietzsche (mort en 1900) dont les travaux constituent un pas vers la postmodernité. La critique de Nietzsche envers la philosophie occidentale n’était pas constructive mais plutôt nihiliste puisque rejetant l’existence du sens, de la vérité et de Dieu. Les fondements de sa philosophie étaient : la « mort de Dieu », le « surhomme », la « volonté de puissance » et l’« éternel retour ». Selon lui, l’homme ne périt pas mais se renouvelle, génération après génération.
Pour accepter l’autorité absolue de l’être humain, il faut nier l’existence de Dieu ; pour construire le personnage de Superman, il faut détruire le monde de l’invisible ; pour atteindre le stade de la puissance infinie, il faut franchir les lignes rouges fixées par toutes les écoles de théologie et de connaissance ; pour mettre en œuvre l’hypothèse de l’éternel retour, il faut éliminer les signes de faiblesse et les valeurs morales[2].
Ce nouveau monde s’ouvre sur des horizons indéterminés et incertains puisque les grandes narrations ne sont plus là pour donner à la société sa cohésion. Les caractéristiques du postmodernisme sont :
- Saper la confiance dans les lois scientifiques et dans la logique ainsi que dans les vérités établies.
- Le relativisme est applicable à tous les niveaux – religion et morale – chaque individu est censé chercher ses propres significations et valeurs.
- Rejet de la connaissance objective et la recherche des significations et des connaissances propres à chaque individu.
- Décomposer les systèmes globaux et rejeter tout ce qui est absolu et général[3].
Le relativisme moral fut donc l’une des manifestations les plus marquantes de la pensée postmoderne. Ce mouvement affirme que les actions jugées moralement correctes varient d’une culture à une autre, il n’existe donc pas de rectitude absolue en éthique puisque changeant également selon le lieu et selon l’époque. Dans cette même perspective, il est inconcevable de vouloir imposer, d’après des critères objectifs, certains principes moraux. La liberté individuelle est la seule norme pour le choix des principes moraux qui peuvent sembler pertinents à chaque être humain[4].
Dans ce contexte où dominent des vérités nihilistes et des considérations relatives, il est impossible d’établir des normes ou un système éthique. Il faut plutôt s’accorder sur une éthique pragmatique sous forme d’une philosophie : du pouvoir et de la domination pour les « forts » et de la soumission et de l’accommodement pour les « faibles ». Selon cette vision, il n’existe aucune norme transcendant l’humanité ni aucun moyen de définir la justice et l’injustice. Par conséquent, toute critique morale visant à corriger et à évaluer est impossible ; par exemple, si des comportements sexuels déviants – comme l’homosexualité – sont sollicités par un groupe, il ne faut ni le blâmer ni le critiquer mais au contraire, le respecter tout en rejetant l’étiquette de « déviance ». Celle-ci n’est que le produit de cultures « injustes » qui cherchent à imposer leurs « vérités » aux autres comme étant des vérités absolues. Par conséquent, les postmodernistes considèrent le système moral, quel qu’il soit, comme le produit de l’alliance entre religion et autorité, ou savoir et pouvoir. Il est intrinsèquement façonné idéologiquement pour imposer l’opinion de la majorité[5].
De là, nous constatons un lien profond entre l’athéisme et le relativisme moral : la morale repose sur des normes objectives se réalisant dans la réalité extérieure à notre esprit. Par conséquent, celle-ci est valable en soi, même si personne n’y croit. Quant à l’athéisme, celui-ci fonde ses règles morales – à chaque fois – sur des normes subjectives non sur des principes. Sans le critère de l’objectivité, tout est relatif non absolu puisque les jugements de valeur varient selon les points de vue. Toute société établit ses principes moraux selon la culture, l’idéologie et le contexte historique. Pour un athée qui fonde ses codes moraux sur des normes relatives et subjectives, il n’y a pas de point de référence fixe et absolu auquel on peut se référer en cas de désaccord sur les valeurs et la morale.
Ainsi, Richard Dawkins, fidèle à son athéisme, s’engage à en assumer les conséquences en refusant de qualifier l’existence dans son ensemble d’un quelconque attribut fondé sur des valeurs. Il reconnaît le problème du relativisme moral et affirme : « En ce monde, il n’y a ni bien ni mal mais seulement une indifférence aveugle et impitoyable ».
Dans ce contexte, d’aucuns prétendent être des adeptes à ce courant – du relativisme moral – tandis que leurs actes démontrent le contraire : leur comportement témoigne d’une certaine fermeté morale inhérente à la nature de la psyché humaine comme le démontrent ces exemples de positions du mouvement féministe se réclamant de cette idéologie.
Par exemple, celui-ci juge le gouvernement taliban en Afghanistan comme ayant « tort » envers les femmes mais – pour être cohérent avec le concept de relativisme moral – les féministes doivent dire qu’après tout, il s’agit simplement d’une question « culturelle » et que nous n’avons pas le droit de juger du bien ou du mal de la culture des Talibans. Le « mouvement féministe » qualifie de « répréhensible » la pédophilie mais, par souci de cohérence avec le concept de relativisme moral, les féministes doivent préciser qu’il ne s’agit là que d’une opinion « personnelle ». Nul ne devrait être puni pour un tel comportement[6].
Il ressort clairement de ce qui précède que l’idée même est défectueuse vu sa contradiction interne réclamant l’abolition de la normativité et du système moral. Cela découle de son incohérence avec la nature humaine quoi qu’en disent les partisans du relativisme.
Deuxièmement : Rétablir la résilience morale :
Il faut revenir à la vérité de la morale inhérente à la nature humaine démontrant la stabilité de sa source pour la transcender vers l’absolu : la religion.
- La moralité absolue est une exigence de la nature humaine :
La vérité de la morale, en tant qu’Absolue est liée à la vision existentielle générale. La valeur de « justice » n’est pas seulement le fondement de l’éthique et de la politique mais aussi et surtout celle de l’Existence. La convergence de l’éthique et de l’existence en une seule valeur témoigne de la profondeur de la certitude cognitive et de la vérité logique des valeurs morales : les deux possèdent la même certitude et la même vérité. L’une de ses sources est la nature innée de la raison sur les deux plans scientifique et pratique car reconnaissant le besoin de tout individu pour les principes moraux ainsi que le refus du contraire. Ceux-ci possèdent une dimension rationnelle innée ainsi qu’une dimension psychologique et émotionnelle. Outre le bon jugement, l’être humain trouve en lui-même le plaisir de la justice, de la vérité, de la connaissance et de la bienveillance totalement absents dans l’injustice, le mensonge et l’ignorance.
Il ne fait aucun doute que l’âme humaine possède une aspiration à la vérité ainsi qu’à la volonté de bien faire l’obligeant à avoir une certaine conscience de la perfection et de la pertinence de la morale l’incitant à la rechercher et à la désirer tout en s’éloignant de tout ce qui s’y oppose à cause de leur incompatibilité avec sa nature intrinsèque.
Le Coran a confirmé la réalité de ce pouvoir inné, le Tout-Puissant dit : « Par l’âme telle qu’équilibrée (7) et dotée de la faculté de discerner entre perversion et piété ! (8) »[i] Sourate Le Soleil (Ash-Shams).
Ce pouvoir inné, d’inspiration divine, est ce que les philosophes contemporains de l’éthique appellent le « sens moral » ou la « conscience ». Il s’agit d’une « disposition psychologique à percevoir les bonnes et les mauvaises actions accompagnée de la capacité à émettre des jugements moraux directs ». Autrement dit, c’est la faculté qui détermine la position d’une personne face à son comportement ou qui prévoit les conséquences morales et sociales de ce comportement[7].
Rousseau décrivait le rôle de la conscience innée dans l’aspect moral en ces termes : « Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, (…)»[8].
Il va sans dire que l’unanimité autour des questions existentielles ainsi que le refus catégorique de tout ce qui s’y oppose, découle d’une nature innée propre à tous les êtres humains[9].
Dans ce contexte, Ali Ezzat Begovitch déclare : « On ne peut être neutre sur le plan moral : on est donc soit honnête, soit menteur, soit un mélange des deux, c’est ce qui est le plus fréquent chez les humains. Les gens se comportent différemment mais parlent toujours de la même manière : de la justice, de la vérité, de l’honnêteté, de la liberté et de l’égalité. Les sages et les héros adoptent une attitude morale par sincérité et par conviction ; les politiciens et les démagogues prétendent faire de même par hypocrisie et par convoitise… Justice et égalité deviennent des slogans pour leurs campagnes médiatiques… Il y a là une image véritable d’une noble souffrance avec les héros et les martyrs d’une part et d’une autre part, celle du mensonge et de la tromperie »[10].
La moralité – en tant qu’absolu – est nécessaire à la vie pratique. L’homme ne peut vivre sans une loi morale qui le guide en chaque instant pour réguler son comportement ainsi que pour servir de référence à son jugement. Cela n’entre point en conflit avec les spécificités culturelles et religieuses de chaque nation[11].
Dans ce contexte, le philosophe Taha Abdel Rahman explique dans son ouvrage La question de l’éthique que l’éthique est la caractéristique qui distingue véritablement l’humain de toutes les autres créatures. La raison – comme le prétendent les modernistes occidentaux – ne constitue pas la ligne de démarcation entre l’être humain et l’animal. Il affirme : « Seule l’éthique rend l’horizon de l’être humain autonome en comparaison avec celui de l’animal. Il va sans dire que l’animal ne recherche pas – par la raison – la droiture dans son comportement mais plutôt sa subsistance. La moralité est l’origine à partir de laquelle toutes les qualités humaines se ramifient en tant que telles ; la rationalité suit cette moralité lui permettant d’accéder au statut d’humain »[12].
- L’origine de la morale et sa source transcendante :
Le concept de la relativité morale s’avère défectueux car l’être humain est incapable d’établir un système éthique déterminant le bon et le mauvais. A ce propos, Ali Ezzat Begovitch explique pourquoi l’esprit ne peut générer de systèmes moraux : « L’esprit peut tester les relations entre les choses mais ne peut porter de jugement de valeur lorsqu’il s’agit de les évaluer…. Essayer de le faire sur une base rationnelle ne peut aller au-delà de ce qu’on appelle la « moralité sociale » ou les règles de bonne conduite pour l’organisation d’un groupe quelconque à travers un ensemble de procédures et de lois externes. Voilà quelques exemples : un homme qui risque sa vie en pénétrant dans une maison en feu pour sauver l’enfant de son voisin pour revenir en portant son corps sans vie dans les bras. Peut-on dire que cet acte est inutile parce que sans résultat ? Celui-ci est dicté par l’éthique s’articulant autour de valeurs spirituelles mais sacrifice inutile d’un point de vue purement rationnel et matérialiste. L’éthique ne peut être fondée sur une base purement rationnelle, mesurée à l’aune de l’utilité et de l’intérêt mais sur un fondement inné, éthique et religieux en accord avec la nature de tous les êtres humains dès leur naissance : c’est ce qui nous pousse à aimer la vertu, à détester le vice et à préférer le bien au mal ».
Francis Hutcheson souligne cet aspect dans son ouvrage Système de philosophie morale car la morale transcende l’humain, il ne peut en être la source. « Les valeurs les plus élevées comme le plaisir artistique et scientifique ne peuvent être comparées au plaisir de la nourriture. Il en va de même pour la différence entre le bien et tous les autres concepts. La capacité de reconnaître les valeurs morales ne dépendent ni de l’intelligence ni de l’éducation – sans rapport direct avec l’esprit – mais sont plutôt des jugements spontanés et intérieurs »[13].
L’esprit humain est incapable de créer un système moral puisque inscrit en lui les valeurs morales comme : la justice, la probité, l’honnêteté ainsi que la distinction entre le bien et le mal. Tout émane d’une source unique, transcendante à savoir la religion.
Begovitch affirme que ce principe – du bien et du mal – est profondément ancré en l’être humain ; aucune formation, aucune loi, ni aucune influence extérieure ne peut l’altérer si ce n’est dans son apparence. Des exemples nombreux en témoignent où les pires tyrans deviennent – du jour au lendemain – des personnes humbles combattant pour la justice. Cette métamorphose trouve sa seule raison d’être au tréfonds de l’âme ; aucun processus, aucune coïncidence, ni aucun lien de cause à effet ne peuvent rationnellement expliqués ce changement. Il va sans dire qu’un soldat peut être entrainé pour être fort, habile et résistant mais il ne peut être formé pour être loyal, honorable et courageux ; ce sont des qualités spirituelles qui ne peuvent être imposées. Aucune doctrine ne peut être imposée par des décrets, par l’intimidation, par la pression ou par la violence.
Nous constatons toute l’importance d’une éducation appropriée – non d’une formation – pour stimuler les forces inhérentes à toute personne. Une décision positive est donc prise à travers l’exemple, les conseils et l’observation. Cette décision est donc foncièrement intérieure non pas superficielle ni temporaire.
Ainsi, Begovitch explique que c’est la religion qui élève nos instincts les plus bas vers une vie humaine, véritable porte d’entrée pour un autre monde supérieur, celui de la moralité[14].
Il est important de noter qu’il n’existe pas de lien inéluctable entre nos croyances et notre comportement. Ce dernier n’est pas toujours le fruit d’un choix conscient ; il est souvent le résultat de notre éducation et des attitudes qui nous ont été inculquées durant l’enfance non de convictions philosophiques ou politiques acquises plus tard dans la vie. Par exemple, si une personne est élevée dans le respect des aînés, dans l’empathie, dans l’honnêteté, etc. : ces valeurs seront ses qualités personnelles quelles que soient ses opinions politiques ou philosophiques ultérieures. En regardant de près, nous constatons que celles-ci sont issues de la religion inculquant cette éthique sans pour autant transmettre la religion. Par conséquent, nous trouvons certaines personnes partagées entre l’adhésion à l’éthique et l’adhésion à la religion : d’une part les athées et de l’autre, des croyants qui ne se soumettent pas à cette éthique.
On peut donc dire qu’il existe des athées qui suivent une éthique, mais il n’existe pas d’« athéisme moral ». La raison en est que l’éthique des incroyants trouve son origine dans la religion, laquelle religion ayant existé dans le passé pour disparaitre progressivement tout en marquant profondément les choses et les concepts qui nous entourent[15].
La morale ne peut exister sans religion, il faut donc appréhender le relativisme moral en partant de ce principe. En effet, la religion explique l’existence de l’instinct moral chez l’être humain ainsi que le caractère absolu de la morale : garantie de sa stabilité et sa source transcendante.
L’homme a donc besoin d’une référence qui le dépasse, non soumise à ses caprices pouvant la modifier à sa guise pour transformer le mal en bien et l’inverse afin de servir ses intérêts matériels et sa vision personnelle. Cette référence doit englober l’univers entier non pas un groupe de personnes plutôt qu’un autre avec pour unique critère, la foi et les bonnes actions[16].
- L’absolu et le relatif dans les principes moraux
L’unanimité autour des principes moraux témoigne de leur véracité absolue, la relativité et le désaccord découlent plutôt de leur application et de leurs objectifs. La valeur de la justice, par exemple, est absolument vraie puisque cette vertu exige l’égalité entre semblables avec une différence quant à la concordance et à la similitude avec un facteur décisif à savoir la Révélation divine[17]. Cette conception diffère totalement de celle des relativistes moraux qui ne s’accordent point sur les principes éthiques. L’essentiel est de croire au principe de la justice comme valeur absolue – que nous nous efforçons d’atteindre même si c’est difficile d’y parvenir à 100 % – mais que nous considérons comme un objectif et une valeur suprême.
Conclusion
Le monde d’aujourd’hui, dominé par le nihilisme et l’incertitude, vit une véritable crise nous amenant à reconsidérer les axiomes véhiculés. Il est impossible de supprimer le caractère absolu de la morale en tant que principes et valeurs supérieurs reconnus par toute nature saine distinguant entre le bien et le mal, la vérité et le mensonge, la justice et l’injustice, etc. Avec la civilisation occidentale, « l’homme post-moderne » se rebelle contre tous ces a priori dépouillant toute chose de sa valeur – dont lui-même – imprégnant le monde d’un état de fluidité, par manque de référence. Notre communauté est atteinte par ces idées étranges qu’il faut sans tarder réfuter et rejeter. Nous en avons démontré l’incohérence selon laquelle la relativité ainsi que la contradiction interne sont constatées par ses adeptes eux-mêmes car il est impossible d’écarter complètement leur nature innée. Nous avons ensuite exposé le noyau solide de la morale ainsi que sa source transcendante à savoir la religion dans une tentative de remettre les choses à leur juste place dans ce débat intellectuel qui occupe les mentalités à l’époque actuelle.
Traduit par:
Prof. Hedaya Mashhour**
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* Chercheuse en sciences politiques.
[1]Ahmed Zayed, « La crise morale dans la société postmoderne » (in) Journal Al-Tafahum, Volume 13, Numéro 48, 2015.
[2] Arabi Abdel Hay, Postmodernism, Al-Sabil, 5 janvier 2018, disponible au lien suivant : https://shorturl.at/k2tPq
[3] (Op.cit.) Ahmed Zayed
[4] Ibrahim bin Abdullah Al-Ramah, L’humanisme impossible et les problèmes de la déification de l’homme et sa réfutation dans la pensée contemporaine (Riyad : Daleel Center), 2019.
[5] (Op.cit.) Arabi Abdel Hay,
[6] Jonathan Dolenty, Le mythe du relativisme moral, Thriller, 26 janvier 2021, disponible sur : https://shorturl.at/7dAgb
[7] Abdullah bin Nafi’ Al-Du’jani, L’approche cognitive d’Ibn Taymiyyah : Une lecture analytique du système cognitif de Taymiyyah, Centre d’études et de recherche Takween, 2014.
[8] Jean-Jacques Rousseau, « La profession de foi du vicaire savoyard » (Livre quatrième) d’Emile ou De l’éducation, Classiques Garnier, 1961.
[9] (Op.cit.) Abdullah bin Nafi’ Al-Du’jani.
[10] Ali Ezzat Begovitch, L’Islam entre l’Orient et l’Occident, traduit par Muhammad Yusuf Adas, 2e éd. (Munich : Fondation bavaroise pour l’édition, les médias et les services), 1997
[11] (Op.cit.) Abdullah bin Nafi’ Al-Du’jani.
[12] Taha Abdel Rahman, La question de l’éthique : contribution à la critique morale de la modernité occidentale (Casablanca : Centre culturel arabe), 2000.
[13] Francis Hutcheson, Système de philosophie morale, Vrin, 2016.
[14] (Op.cit.) Ali Ezzat Begovitch
[15] (Op.cit.) Ali Ezzat Begovitch.
[16] Sanaa Abdul Rashid, « La crise morale contemporaine entre Alija Izetbegovic et Taha Abdulrahman : une étude comparative de la pensée islamique » Journal of Arts and Humanities, Volume 88, Numéro 1, 30 juin 2019.
[17] (Op.cit.) Abdullah bin Nafi’ Al-Du’jani.
** Professeur de langue française. Département de langue française. Faculté des lettres, Université du Caire.
[i] Note de la réviseuse : La reproduction de ces deux ayas est tirée de la traduction du Complexe du roi Fahd : Le Noble Coran et la traduction française de ses sens. 1430 de l’Hégire.
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