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Le juste milieu

Le juste milieu*

Par : Ms. Rania Rajab Shaaban**

Le juste milieu ou La Modération (Wassaṭiyah) “” fait partie des concepts coraniques intégraux et complexes, nous pouvons même dire que c’est l’un des concepts qui domine tous les autres concepts coraniques, étant donné qu’il joue, pour ces derniers, le rôle de Régulateur.

Ainsi, en lisant le verset suivant :

{وَكَذَلِكَ جَعَلْنَاكُمْ أُمَّةً وَسَطاً لِّتَكُونُواْ شُهَدَاء عَلَى النَّاسِ وَيَكُونَ الرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيداً}

« Nous avons aussi fait de vous une communauté de juste milieu pour que vous soyez témoins vis-à-vis des gens, tout comme le Messager sera témoin vis-à-vis de vous… » {Al-Baqarah, Verset 143}, nous constatons que ce verset instaure, en quelque sorte, l’esprit de cette religion à laquelle tout Adepte devrait s’y conformer pour être en mesure de remplir le rôle établi par ce verset. Cependant, c’est le concept coranique le plus souple, non dans son essence mais dans les approches et études pertinentes qui l’abordaient, en faisant de lui un adjectif approprié à chaque décrit, et un concept ayant toutes les significations apparemment distinctes. Ceci a eu pour résultat l’accusation d’inconsistance qui a poursuivi ce concept et nous a privés de ses inspirations. Ceci revient éventuellement à sa complexité et à sa globalité, comme mentionné précédemment, conduisant à lui incomber certaines connotations externes à lui, plus compatibles avec de différents contextes historiques, dans lesquels il a été cité, et qui impliquent des caractéristiques culturelles, sociales et politiques autres.

Dès lors, le devoir de définir ce concept requiert une approche historique comparative et critique, ce qui est l’objet de cette étude sans prétendre en tirer les conclusions ultimes.

Sources coraniques :

Le verset coranique n° (143), en question, de la sourate d’Al-Baqarah, a été mentionné dans un contexte abordant deux questions. La première: le changement de Qiblah (la direction sacrée chez les musulmans), de Bait al Maqdis (la mosquée sacrée de Jérusalem) à la Sainte Mosquée (de La Mecque). La seconde: la réfutation des allégations suscitées par les juifs de la Médine concernant cet événement. 

Le contexte global de cette sourate est dédié aux Israélites; démontrant, d’une part, l’attitude des juifs envers leurs Prophètes et Messagers de Dieu et leur façon de faire face à la réalité, et d’autre part, les caractéristiques de leur législation. A partir de cela, l’interprétation de ce verset dans un contexte comparatif est raisonnablement acceptable, car le verset aborde une religion douée d’une législation et méthodologie différentes des religions précédentes, comme il a été cité dans le Saint Coran :

{لِكُلٍ جعلنا مِنكمْ شِرْعَةً ومِنهاجا}

« À chacun de vous, Nous avons assigné une législation et dicté une méthode de conduite (à suivre) », {Al-Mâ-idah, Verset 48},

Ces deux composants (législation et méthode) forment le fondement d’une nation distinctivement différente à condition qu’elle adopte cette loi divine et ce chemin prescrit.

En ce qui concerne le terme “milieu” (prononcée, en arabe, en tant que racine :Wa’saṭ), il a été mentionné cinq fois dans le Saint Coran :

– Dans le verset à l’étude précité :

  {وَكَذَلِكَ جَعَلْنَاكُمْ أُمَّةً وَسَطاً}

« Nous avons aussi fait de vous une communauté de juste milieu… »  {Al-Baqarah : 143} ;

– Et dans d’autres versets :

{قالَ أوْسَطُهم ألَمْ أقُلْ لكمُ لولا تُسَبّحُون} ž

« Celui au juste milieu (le plus sage d’entre eux) dit alors : Ne

vous avais-je pas dit de rendre gloire à Allah ! »  {Al-Qalam : 28} ;

{حافِظوا على الصّلواتِ والصّلاةِ الوُسْطى}ž

«Soyez assidus aux prières et à celle médiane (surtout)…»

 {Al-Baqarah : 238} ;

{مِنْ أوسَطِ ماتُطعِمونَ أهْليكُمْ}

«  []  de la moyenne de ce que vous nourrissez vos (propres) familles… »”,  {Al-Mâ-idah : 89} ;

{فَوَسَطْنَ به جَمْعاً} ž

« … et pénètrent [en groupe] au milieu [des rangs ennemis] ». {Al-Âdiyât : 5}.

Alors, le terme Wa’saṭ“, que signifie-t-il ?

  «Le milieu de quelque chose est celui qui a les deux pôles égaux… En désignant un homme dans un groupe par exemple, on dit celui-ci est au juste-milieu, et ceci lorsqu’il est le plus modéré et le plus honorable d’entre eux (en se référant à son statut social élevé). Un autre exemple encore: pour faire référence à la générosité qui se situe entre l’avarice et la prodigalité, de sorte qu’il véhicule un sens loin de l’excès et de la mesquinerie. Par conséquent, il est utilisé pour décrire la normalité, la droiture et l’excellence morale, comme il est mentionné dans le Saint Coran: « Nous avons aussi fait de vous une communauté de juste milieu… »  – « Celui au juste milieu dit… ».  

Par contre, ce terme fait référence aussi à quelque chose qui a deux pôles dont l’un louable et l’autre blâmé: comme le bien et le mal. Dans ce cas, il fait référence au mal. En décrivant quelqu’un, par exemple, qu’il est au milieu (entre les deux), c’est pour signaler qu’il a dévié du bon chemin.

Aussi, on trouve plusieurs interprétations concernant la prière médiane (as-salât al-wous’tâ) citée dans le verset suivant :

« Soyez assidus aux prières et à celle médiane (surtout)… ».  

En fait, plusieurs interprétations surgissent ici. Certains trouvent qu’elle est celle de midi (Dhouhr) étant donné qu’elle tombe au milieu de la journée. D’autres pensent qu’elle se réfère à la prière du coucher du soleil (Maghrib) étant donné le nombre de ses unités est de (trois Raka’at) donc entre deux et quatre… D’autres encore la prennent pour la prière de l’aube (Fajr) parce qu’elle se coïncide entre la prière de la nuit et du jour… Et il y en a qui la renvoient à la prière de l’après-midi (Al-‘Aṣr), en se référant au hadith prophétique, et surtout qu’elle est située au milieu des préoccupations des gens à la différence des autres prières qui connaissent un temps de repos soit avant soit après…”.[1]

En ce qui concerne l’interprétation du mot Wa’saṭ” dans le verset précité (dans Al-Baqarah, V. 143), Certains considèrent que ce mot transmet le sens de “droiture”, tandis que d’autres trouvent qu’il se réfère au meilleur”  puisqu’il est identique à la description d’Allah Le Tout-Puissant :

{كُنْتُمْ خَيرَ أُمّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنّاسِ}

« Vous êtes la meilleure communauté qui ait jamais surgi pour l’humanité… » {Âl-Imrân, V. 110}

En tout cas, ces deux opinions s’accordent pour dire que «la matière la plus louée est celle qui se situe au juste milieu».[2]

Ali Al-Sallabi, historien contemporain, a fait le commentaire suivant: «Le juste milieu (Wa’satiyyah) n’est obtenu qu’avec l’existence indispensable de deux choses: la Philanthropie et la Médiane… Et pour déterminer le sens de “Wa’saṭiyyah”, certains principes doivent être clarifiés: l’Excessivité ou l’Excès, le Tarissement et la Négligence, et surtout  le Droit Chemin “Sirât al-Mustaqîm”. Ce dernier est à mi-chemin entre l’excessivité (l’exagération) et le tarissement (l’assèchement) ou encore entre l’excès et l’indifférence (la négligence). Il représente ainsi la philanthropie…. De plus, le droit chemin n’est que la religion de dieu qui ne connaît aucune sorte de détour… ».

D’autre part, il nous met en garde contre ce qui pourrait venir à l’esprit comme connotation circonstancielle au terme ”médiane” car cette notion «véhicule les significations de l’Équilibre, la Droiture et la Justice.»[3]

Comme il est évident que le qualificatif et le qualifié (Nation/Juste) tournent dans la même orbite, donc et ” Nation”  et ” Juste”  sont, tous deux, liés à la mission de “Témoignage”. En fait, une Nation-Témoin dépend de son processus d’être et de rester juste. Ce qui veut dire que ces trois concepts (Nation-Juste-Témoignage) sont connectés les uns aux autres en tant qu’unité intégrale.

Par conséquent, il est nécessaire de réfléchir sur la notion de “Oumma” (nation islamique) et de la mission du “Témoignage”, qui sont aussi deux concepts intégraux et complexes, avant d’aborder avec précision le concept de “juste milieu”.

Le monème [“Oumm”   أُم] est mentionné cent treize fois dans le Saint Coran, dont soixante et une mentionnées sous le mot “Oumma”

Pour Ibn Fares, «Les deux lettres arabes: [  أ / م (a/m) ou Hamzah/Mim]  ont la même origine qui se divise en quatre catégories: l’origine, la source référentielle, la communauté et la religion; et tous les quatre ont un sens rapproché les uns des autres. Al-Khalil a dit : [Les Arabes appelaient tout ce qui unit des éléments entre eux: Oumma…]. Et chaque tribu attribuée à quelque chose constitue une Oumma, et chaque génération est considérée comme Oumma. 

D’un autre côté, Allah, exalté-soit-il, dit : {كانَ النّاسُ أُمّةً واحِدة}

«  L’humanité était une seule nation… ». {Al-Baqarah, verset 213}

[Ils étaient mécréants, a-t-on raconté, alors Dieu leur a envoyé des prophètes apportant de bons augures ainsi que des avertissements]

D’autres ont dit : [Tous les gens qui ont été sur l’Arche de Noé (que la paix soit sur lui) étaient des croyants, puis ils se sont dispersés].

Dieu dit aussi :     {إنَّ إبراهيمَ كانَ أمّة}

« Abraham eut été une nation… » {Sourate An-Nahl, V. 120}.

Cela signifie qu’il était un parfait guide et une cause d’unité… »[4].

Ainsi, “Oumma”, du point de vue stylistique du Saint Coran, ne représente pas une existence matérialiste d’un groupe de personnes, mais une communauté humaine fondée sur un certain lien et objectif moraux desquels elle dépend pour maintenir sa durabilité et ses caractéristiques distinctifs.

  • « Vous êtes la meilleure communauté qui ait jamais surgi pour l’humanité… » {Sourate Âl-Imrân V. 110} ; 
  • « Nous avons aussi fait de vous une communauté de juste milieu… »  {Al-Baqarah, V. 143}.

Dans les deux versets ci-dessus, on trouve une similitude du signifié “Oumma” (traduit ici Communauté). Et en prenant en considération que le récepteur dans les deux versets (Vous êtes & Nous avons fait de Vous) est la nation de Mahomet (ﷺ) ou la nation musulmane en général; ceci a ouvert la voie à l’idée que le juste milieu se réfère à la philanthropie. Il convient d’évoquer ici le contexte de la sourate d’Âl-Imrân abordant le comportement des chrétiens vis-à-vis de leur religion. Ce contexte a une signification qui ne doit pas être négligée: la citation du verset dans un tel contexte reflète une dimension comparative comme dans le verset d’Al-Baqarah.

Concernant le “Témoignage” [Shahadah], la racine arabe [prononcée : “Shahida” شَهِدَ , qui signifie: témoigner] est mentionnée cent cinquante-six fois dans le Coran. En fait, «C’est un mot-racine qui désigne, à la fois, la présence, la connaissance et la déclaration. Et le témoignage se constitue de ces trois piliers[5]  

Abou Oubaidah dit: «Shahida Allah” (littéralement: Dieu témoigna) signifie qu’Allah décréta; cela implique la connaissance et la déclaration divines, parce que le témoin est le connaisseur qui démontre ce qu’il a su».

Ainsi, le témoignage requiert une présence réelle de quelqu’un et pas seulement une simple existence. Par une telle présence, il aura un devoir à remplir. En l’accomplissant, il en devient l’emblème. Ceci dit, il faut bien prendre en considération la différence entre le Témoignage du Créateur et celui de la créature.

À signaler ici que le Témoignage mentionné dans le verset n’a pas échappé aux controverses vu les nombreuses interprétations. Fait-il référence au témoignage vis-à-vis des autres nations dans l’au-delà seulement, en déclarant que leurs prophètes ont bien transmis le message (divin) et bien rempli leur devoir, selon les différents récits[6], ou cela inclut-il à la fois le témoignage immédiat, dans la vie d’ici-bas, et celui ultérieur, dans l’au-delà?!

Le mouvemant sémantique du mot Wa’saṭ”  وَسَطْou Wa’satiyyah وَسَطية :

L’indépendance du concept وَسَطيةjuste milieu” n’a pas attiré les attentions précocement, conformément à la parole d’Allah Le Tout-Puissant: «Nous avons aussi fait de vous une communauté de juste milieu» mais elle a été traitée, comme le reste du Saint Coran, en tant qu’une question partielle, évoquée pour soutenir les questions globales ou encore pour appuyer d’autres questions partielles.  Ce qui a été dénoté de ce verset, selon la conclusion de tous, était la justice et la philanthropie de la “Oumma”.

Il sera judicieux de pouvoir répondre aux questions qui s’imposent ici: Qu’implique le terme “Oumma? Se réfère-t-il à tous ceux qui ont cru en Mahomet (ﷺ)? La “justice” dépend-t-elle de l’ensemble du groupe ou à certains individus? Est-ce que “la nation du juste milieu” fait référence à une certaine génération ou secte…? 

Pour répondre à ces questions, il faut garder présent à l’esprit que la portée du concept de “Oumma” et du juste milieu” peut se réduire ou s’élargir selon la variation des champs de déduction, et c’est ce que nous allons voir dans ce qui suit.

La sémasiologie dujuste milieuchez les érudits d’Oussoul al-Fiqh (Les fondamentalistes):

Les érudits d’Oussoul al-Fiqh (Principes de la jurisprudence islamique) ont invoqué l’autorité du“Consensus” (Ijmaa’) en se basant sur le verset d’Al-Baqarah. Ils ont fait du juste milieu de la Oumma  l’équivalent à son infaillibilité. Ils se sont basés, en plus du verset précédent, sur le verset coranique suivant :

{كُنْتُمْ خَيرَ أُمّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنّاسِ تَأمُرونَ بالمعروفِ وتَنْهَوْنَ عَنِ المُنْكَر}

« Vous êtes la meilleure communauté qui ait jamais surgi pour l’humanité. Vous prescrivez le convenable et interdisez le condamnable… » {Âl-Imrân, V. 110}. Ils ont conclu que le juste milieu prouve l’infaillibilité de cette Oumma. À cet égard, Al-Bazdawï, un savant Hanafite, déclare: «La philanthropie (de cette Oumma) assure l’autorité à son consensus…, le Wa’saṭ” est la Justice, la Droiture; ce qui est opposée à l’injustice. Le témoignage vis-à-vis des gens exige un jugement sûr et fait ainsi autorité dans la vie d’ici-bas ainsi que dans l’au-delà, comme a dit le Prophète (ﷺ): [ لاتَجْتَمِعُ أُمَّتي على ضَلالة ]

«Ma nation ne s’unit pas sur un égarement” [7]

Trouve-t-on cette justice dans toute la nation, ou bien dans une  génération spécifique seulement ?

Fakhr al-Dîn Al-Razi apporte sa réponse à cette question en précisant: «Ce Verset est un discours destiné à toute la nation, avec toutes ses générations; à ceux qui ont été témoins de la Révélation de ce Verset et à ceux qui sont venus bien après, jusqu’au jour de la résurrection… ».

De plus, Al-Razi a prouvé que la qualification de la Justice existe au sein de chaque génération et il est de même en ce qui concerne le Témoignage. «[] Si nous considérons que tous les membres de la première à la dernière génération de cette Oumma sont des témoins vis-à-vis des autres, cela n’aurait aucune utilité; étant donné qu’il ne restera aucun témoignage après leur extinction. Ainsi, le sens voulu, ici, est les gens de chaque époque…». Par conséquent, le Témoignage, durant la vie d’ici-bas, d’une Oumma basée sur le juste milieu signifie que «le Témoignage de l’ensemble de la Oumma est un argument, et c’est exactement ce que nous entendons par: le consensus fait autorité…»[8].

À la question: «Cette justice est-elle destinée à certains membres?», Al-Razi  répond «Dans la Parole d’Allah, exalté-soit-Il }Nous avons fait de vous…{, il ne s’agit pas d’un discours individuel mais collectif…

C’est exactement le sens exprimé par les Savants qui l’ont commenté en précisant que ce verset n’indique pas que la justice est incarnée dans chaque individu; mais plutôt, qu’il y aura toujours entre vous certains qui possèderont cette qualité.

C’est la raison pour laquelle de nombreux Savants ont dit: Si l’on distingue (dans une Oumma) celui qui est juste de celui qui ne l’est pas, l’argument du juste restera le seul valable tout en négligeant la parole de l’autre… Donc, lorsque Dieu Le Tout-Puissant mentionne la philanthropie de la Oumma, Il ne la vise pas dans toute chose. Cela ne contredit pas leur inclination vers les péchés mineurs ou majeurs».[9]

Ici, la portée d’une nation juste et du témoignage se restreint: «En effet, l’éligibilité est requise pour le témoignage… Et cela présuppose l’application de la justice adéquate…»[10]. Par conséquent, Ahl al-Ahwā (les personnes qui suivent leurs caprices) sont exclus de cette portée, et leur consensus devrait être rejeté.

C’est ainsi que les Fondamentalistes et les Juristes ont limité le sens de “Nation du juste milieu” à la “justice requise” pour témoigner, et que le “témoignage” est obtenu par “consensus”.

Dans le contexte des désaccords dogmatiques et sectaires :

Ce verset était comme preuve à l’appui dans différentes questions dogmatiques et sectaires. Ainsi, il a été une référence dans la question de l’Imamat pour valider le Califat (la succession du Prophète (ﷺ) par les quatre Califes)[11] vu que la génération des Compagnons a été la première à être qualifiée des notions de philanthropie et justice. C’est pourquoi il ne faut pas s’aligner aux opposants parmi Ahl Al-Bid’a (les hérétiques) et à Ahl al-Ahwā (ceux des caprices). De plus, cela connote évidemment la justice et la droiture chez les Compagnons.[12]

Un autre désaccord surgit aussi à propos de l’Imamat. Certains pensent que la philanthropie mentionnée dans les deux versets, d’Al-Baqarah et d’Âl-Imrân, vise seulement les Imams Infaillibles de Ahl al-bayt (la Famille Prophétique) exclusivement.

Encore un autre désaccord qui a suscité pas mal de contestations: la question d’Actions des Adorateurs (Serviteurs), certains voient que ces Actions sont créées par Dieu étant donné que: «Le verset en question indique que la justice et la philanthropie de cette Oumma sont des créations de Dieu puisqu’elles émanent de la Volonté Divine et accordées à Ses créatures». À cet égard, les Mutazilites disent: «L’objectif de ce don se réfère aux grâces invisibles de Dieu qui sait qu’au moment où Il l’accorderait, la nation choisira le Juste dans ses actes et paroles.»[13]

En raison de ces désaccords sectaires, dans lesquels les Adeptes de chaque Secte et de chaque École de pensée croient être les seuls Sauvés (avoir le Salut), et dans aucun cas ils ne seront jamais affectés par ceux qui n’ont pas suivi leurs brisées, ces Adeptes de chaque École de pensée prétendent appartenir au juste milieu; car ils représentent (d’après leur point de vue) la Nation Juste et les Témoins  vis-à-vis des autres.

En ce qui concerne les Adeptes de la Sunna, «qui sont au juste milieu quant à la question des Attributs Divins entre les groupes d’Abjuration et de Reniement et ceux d’Assimilation et d’Anthropomorphisme… Ils sont modérés dans la question des Actions divines en comparaison aux Mutazilites qui renient la Prédestination (qadar“), ainsi qu’aux Jabrites (Jabriyah“) qui renient la Sagesse Divine, la Miséricorde et la Justice, et qui rejettent également le Commandement et l’Interdiction d’Allah ainsi que sa Récompense et sa Punition… La sunna est, au même titre, modérée quant à la question de Promesse et d’Avertissement chez les Wa’idiyyah et les Murji’ah… Enfin, par rapport aux Compagnons du Messager d’Allah (ﷺ), les sunnites sont aussi modérés et au juste milieu entre les Excessifs et les Indifférents…»[14].

Ces Adeptes de la Sunna sont donc qualifiés pour être Témoins:«[] C’est pour cela que les Adhérents à la Sunna et au Consensus qui suivent le vrai Islam sans déviation, leur Témoignage vis-à-vis du reste de la nation est accepté, contrairement à Ahl Al-Bid’a (les hérétiques) et à Ahl al-Ahwā (ceux des caprices, de penchant de l’âme). 

Le Prophète (ﷺ) a dit :

[يَحْمِلُ هَذا العِلْمَ مِنْ كُلِّ خَلَفٍ عُدُولُهُ يَنْفُونَ عَنْهُ تَحْرِيفَ الغَالِينَ وانْتِحَالَ المُبْطِلينَ وتَأويلَ الجَاهِلينَ].

« Des Justes de toute ascendance porteront ce savoir, déniant la déformation des Extrémistes, les prétentions mensongères des Renieurs et les interprétations des Ignorants. »[15]

 Et cette mission n’est pas réservée aux seuls adhérents de la Sunna. Le Zaydisme “Zaydiyya”, à titre d’exemple, qui se prend pour Al-Noumrouka al-Wous’tâ (ceux qui tiennent au chemin droit de Ahl al-bayt), vu que, «le Droit s’est établi entre eux, ils représentent le pilier de la religion, étant la Famille du Calife, et ils sont restés en dehors de toute Excessivité ou Négligence… ».[16]

La controverse avec les Adeptes d’autres religions :

Cette tendance était à son apogée durant les croisades, mais cela ne signifie pas qu’une telle tendance n’avait jamais existé auparavant. La victoire était alors au côté des âmes brisées contre ces occupants contrevenants et incrédules.

Dans sa réponse à la lettre de l’Évêque de Sidon (Saida: ville du Liban), écrite pour soutenir les ChrétiensIbn Taymiyya dit:

«[] Mahomet (ﷺ) a fait de sa nation la meilleure nation jamais surgie pour l’humanité. Elle est l’achèvement de soixante-dix nations et la meilleure d’entre elles, la plus honorable envers Allah qui, par Son Livre Saint et Son Messager, l’a guidée contre les points de désaccord des prédécesseurs sur la vérité divine en l’a rendant ainsi modérée, juste et humaine. En fait, elle est modérée dans ses louanges à Dieu, dans ses Noms et Attributs, dans sa croyance aux Messagers, aux Écritures et législations divines… Les Musulmans sont aussi du juste milieu dans la législation car ils n’ont pas abjuré la règle de Na’sekh (l’Abrogatoire : qui annule ce qui a été décrété auparavant) pour s’en tenir au Man’soukh (l’Abrogé : l’annulé) comme ont fait les Juifs. Ils n’ont ni modifié Sa Législation Parfaite ni innové une législation comme ont fait les Chrétiens. Ils n’ont ni placé les Prophètes et Saints dans un statut supérieur à celui décrété, comme ont fait ceux-ci, ni les rabaisser, comme ont fait les Juifs. Ils n’ont, non plus, ni attribué au Créateur Le Tout-Puissant des défauts ou défaillances humains comme la pauvreté, l’avarice et la faiblesse, comme ont fait les Juifs, ni attribué aux humains des traits du Créateur, exalté-soit-il, qui n’est semblable à personne, comme ont fait les Chrétiens. Enfin, ils n’ont pas dédaigné son adoration comme ont fait les Juifs et n’ont pas associé, non plus, un autre dieu à son adoration comme ont fait les Chrétiens…»[17]

Par ailleurs, Ibn Taymiyya a comparé la Législation de l’Ancien Testament(la Torah) qui est fondamentalement dure à la législation du Nouveau Testament (la Bible) qui est teintée théoriquement de facilité.[18]

Ensuite il a souligné les caractéristiques qui ont habilité la Nation de Mahomet à mener la Mission de Témoignage vis-à-vis de toutes les Nations: « [] Il (le prophète ) a  soutenu sa Oumma afin qu’elle puisse assumer la charge (la responsabilité qui lui a été confiée)… Nul doute que cette Oumma est la plus sage, la plus pieuse et la plus élevée dans sa croyance, sa crédibilité et ses efforts… ».

Ibn Taymiyya a également abordé le témoignage de Mahomet à propos de Jésus, que la paix soit sur eux deux, dans lequel il réfutait les mensonges des Juifs et les exagérations des Chrétiens à son égard.

Il a enfin conclu par le témoignage de la nation de Mahomet: «Allah a fait de sa Oumma des témoins vis-à-vis de tout le monde pour qu’ils rendent témoignage à la vérité…. Le témoin ne doit incarner que la droiture et la justice, et non pas la malhonnêteté ou l’injustice qui déforme la vérité par addition ou omission comme était le cas avec le témoignage des Juifs et des Chrétiens au sujet de Jésus…»[19]. Il n’est exclu de ce statut d’honorabilité et de dignité que les gens d’hérésie semblables aux Juifs et aux Chrétiens.[20]

De ce qui précède, nous pouvons dire que la signification du juste milieu, dans cette perspective, a deux dimensions :

Premièrement, la Charia islamique est bien au juste milieu entre dureté et facilité par rapport aux autres législations divines.

Deuxièmement, la nation du juste milieu a des caractéristiques conférées par Dieu pour être habilitée à porter Al-Amana (assumer la charge, la responsabilité) et accomplir aussi la mission de témoignage. Comme mentionné précédemment, cette perspective s’est trouvée dans un certain contexte historique, résultant d’une méthodologie qui considère le Saint Coran comme un discours descriptif non pas un discours instructif et prescrit. Pourtant, ce contexte historique a connu un changement au cours de l’ère de la Renaissance -surtout à partir du XIXe siècle géorgien- lorsque le fossé commença à se creuser de plus en plus entre l’Ouest et l’Est, en particulier avec l’arrivée des vagues culturelles occidentales aux côtes orientales. Dès lors, le discours du renouveau et de réforme a adopté la méthodologie de l’autocritique vis-à-vis de l’Autre supérieur. De là l’affirmation des caractéristiques particulières et la philanthropie de la nation de Mahomet  sont devenues une sorte d’arrogance menant au déclin et à l’infériorité. Cela ne veut pas dire que la première tendance a totalement disparu, elle était en quelque sorte présente, mais sans qu’elle soit pour autant la seule dans l’arène.

Le juste milieu pour les partisans de la réforme et du renouveau :

Le concept de juste milieu a pris une nouvelle dimension en cherchant un équilibre entre l’autocritique et la critique de l’Autre; entre l’Héritage et le Nouveau (l’étranger), dans le but d’apporter des réformes à la religion et de faire revivre l’Oumma islamique en éveillant sa conscience sur les facteurs de son existence et son rôle. Nous pouvons considérer Jamal al-Din al-Afghani et Mohamed Abduh les personnalités les plus renommées en faveur de la modération.

Selon al-Afghani, la renaissance ne peut être réalisée qu’en rejetant le “Déclin hérité” en faveur de “la révolution culturelle”, et “l’Incursion européenne” en faveur de notre projet culturel qui s’appuie sur l’identité islamique représentée par “la ligue islamique”.[21]

En ce qui concerne l’imam Mohamed Abduh, il décrit sa méthodologie de réforme qui vise la libération de l’esprit de l’imitation restrictive comme étant: «la contradiction les deux grandes catégories qui composent la Oumma: les disciples en sciences religieuses et leurs homologues, et ceux en art moderne et leurs homologues».[22] Il a souligné que les sources du juste milieu” sont enracinées dans l’esprit et la méthodologie islamiques des premières sources avant la diversité.

En interprétant le verset d’Al-Baqarah, Mohamed Abduh a dit: «[] En accordant des droits à la Oumma islamique, à travers sa religion, Allah lui en a réuni deux; le droit de l’âme et celui du corps… Et si je puis dire, Il lui a donné tous les droits humains…, comme s’Il s’adressait à Ses adorateurs en disant: Nous avons fait de vous une nation juste qui connaît les deux droits et atteint les deux excellences pour être témoins vis-à-vis de l’humanité entière et notamment les matérialistes extravagants et les spirituels extrémistes…, afin de témoigner qu’ils ont dévié du droit chemin.»[23] Puis, il a ajouté:  {ويكونَ الرسولُ عليكم شهيداً}

«Et le Messager sera témoin vis-à-vis de vous».

Cela signifie que le Messager (ﷺ) est le “Sublime Modèle” du juste milieu. Par conséquent, cette Oumma sera Juste en suivant son exemple et sa législation… Comme si Le Tout-Puissant s’adressait à elle en disant: Vous n’atteindrez le rang de “nation juste” que si vous suivez strictement la guidance et la Sunna (traditions et pratiques) du Messager et vous restez sur ce chemin de droiture. Tandis que, si vous vous écartez du droit chemin, le Messager lui-même, sa religion et sa Sunna, seront témoins vis-à-vis de vous en vous considérant hors de sa Oumma décrite dans Son Livre Saint: [Vous êtes la meilleure nation]. Avec vos actes d’hérésies, vous vous écarterez du juste milieu et vous rejoindrez l’un des deux extrêmes…»[24].

Ici, nous constatons que la philanthropie, conçue pour la Oumma, est proportionnelle au degré de conformité au juste milieu de l’islam, sans mépriser évidemment “l’Autre” qui est  différente quant à la Religion, Doctrine ou École de pensée. Cette grâce est celle de l’Islam.

C’est ainsi que le juste milieu, qui fait parti des données de base caractéristiques de la méthodologie islamique, empêche de tomber dans le piège de la dualité et de ses paradoxes. À cet égard, Dr. Mohamed Amara l’a décrit comme juste milieu global ; « [] Il est sa lentille reflétant les rayons de sa lumière…; il rejette l’excessivité injuste et l’extrémisme absurde et représente la simplicité, l’intuition et la profondeur de l’instinct humain… Et contrairement aux pensées adoptées, ce juste milieu global n’appelle pas à la passivité face aux problèmes ou dilemmes car il représente la situation la plus difficile dans laquelle on ne peut pas choisir facilement l’un des deux pôles. Ce n’est pas non plus le juste milieu d’Aristote estimant que la vertu est au juste milieu entre deux vices, laissant croire que c’est un point médian à une distance symétrique des deux pôles pour maintenir sa position médiane. Ce qui est complètement différent du juste milieu dans la terminologie islamique.

Dans la conception islamique, c’est une troisième position, une posture complètement nouvelle. Mais le fait qu’elle soit médiane entre deux contradictions ne signifie pas qu’elle n’a aucun rapport avec leurs traits, divisions et composants. Elle est différente des deux mais pas à tous égards, puisqu’elle rejette l’obstruction et le cloisonnement aux traits d’un des deux pôles… C’est la raison pour laquelle le juste milieu, en tant que troisième et nouvelle position, se distingue par la collecte et l’union de tout ce qui peut être collecté et uni en tant que système, sans contradiction ni contrefaçon, avec les traits, divisions et composants existants dans les deux pôles opposés».

C’est pourquoi il s’agit d’un “juste milieu global”. Et pour éviter toute idée fausse comme dire que ce juste milieu est limité au champ théorique et n’a aucun impact dans la réalité ni efficacité dans le champ d’application et de pratique, Dr. Amara l’a décrit comme «un salut pour la réforme islamique face à la division et à la dualité des paradoxes». Il l’a prouvé moyennant une perspective comparative suite aux graves désaccords survenus dans la philosophie de la civilisation occidentale entre «matérialistes et idéalistes, rationnels et théologiens». Alors que le “juste milieu global” «a préservé la méthodologie islamique de l’inévitable antinomie entre âme et corps, vie d’ici-bas et de l’au-delà, religion et État, égo et objet, individuel et collectivité, raison et réalité, matérialisme et idéalisme, fins et moyens, constant et changeant, ancien et moderne, Ijtihad et imitation…».

 Dr. Amara voit que ce “juste milieu global”, qui empêche de tomber dans l’embûche de la dualité représente la simplicité de l’instinct humain, et est parallèle à la facilité/souplesse qui est l’une des caractéristiques les plus significatives de la méthodologie islamique. Là il cite les hadiths prophétiques: [إنَّ دينَ الله يُسْر] [Certes, la religion (de l’Islam) est la facilité].                         

[ماخُيِّر رَسولُ اللهِ بينَ أمْرينِ في الإسلامِ إلا اخْتارَ أيْسَرهُما مَالمْ يَكُنْ إثْماً، فإنْ كَانَ إثماً كَانَ أبْعَدِ النّاسِ مِنْهُ]

[Chaque fois que le Prophète avait le choix entre deux options, Il choisissait la plus facile tant qu’elle ne comportait pas de péché. S’il s’agissait d’un péché, Il s’en éloignerait (l’abandonnerait) plus que quiconque].[25]

Afin de trouver les valeurs nécessaires à la renaissance de cette Oumma, Dr. Mona Abou al-Fadl  voit que: «La “Nation Juste” est la nation chargée d’assurer la succession sur terre. Cela signifie qu’elle est “La Nation”, et pas seulement une nation parmi d’autres, car c’est la “Nation Pivot”.

Le concept de nation pivot inclut le sens du “juste milieu” et du “témoignage” ». À cet égard, elle dit: «L’impact le plus significatif du concept de “nation juste”, est de mettre l’accent sur le devoir de “leadership” conçu pour que la Oumma dirige toutes les nations. Autrement dit, elle doit être en mesure de remplir le rôle d’Imam».

Ainsi, le juste milieu de la Oumma aura des indications liées à son témoignage et à son imamat:

«D’abord, elle représente une communauté centrale, polarisée et attrayante. Par conséquent, elle est une source d’équilibre et d’harmonie entre les autres communautés. 

Ensuite, la modération qui évite l’excès et la négligence.

Et enfin, la Oumma est censée être au “juste milieu” quant aux équilibres de ses valeurs et réglementations».

Par la suite, Dr. Mona a évoqué d’autres indications du “juste milieu” concernant la géographie en disant: «Le continent islamique représente une expansion humaine, régionale, stratégique et communicative, et il se trouve au milieu du globe terrestre »[26].

Par conséquent, le Témoignage lié au “Califat” sur terre aura une mission plus large dans sa signification, après avoir été limitée à l’aspect dogmatique et ritualiste de l’Islam. À ce propos, certains ont décrit cette mission de “Témoignage culturel”. Ce dernier signifie qu’un musulman doit: «déployer tous ses efforts pour combattre l’injustice politique et sociale; soutenir les pauvres et les personnes vulnérables, défendre les droits de l’homme et les libertés à tous les niveaux, rejeter l’opulence et le vice, inciter à une bonne vie agréable, coopérer pour établir les piliers de celle-ci et développer ses éléments dans les domaines éducatif, politique, économique, social et artistique… »[27].

La prudence reste de mise ici concernant l’idée fausse qui relie la “nation juste” aux Imams Infaillibles.

Pour Mohamed Baqer al-Sadr, le témoignage est: «l’intervention divine pour sauver l’Homme, le “Calife”, de la déviation et le guider vers les objectifs d’un “Califat” bien guidé». Al-Sadr trouve également que le Saint Coran répartit les témoins en trois catégories, comme le dit Allah Le Tout-Puissant dans Son Livre saint :

{إِنَّا أَنْزَلْنَا التَّوْرَاةَ فِيهَا هُدًى وَنُورٌ يَحْكُمُ بِهَا النَّبِيُّونَ الَّذِينَ أَسْلَمُوا لِلَّذِينَ هَادُوا وَالرَّبَّانِيُّونَ وَالْأَحْبَارُ بِمَا اسْتُحْفِظُوا مِنْ كِتَابِ اللَّهِ وَكَانُوا عَلَيْهِ شُهَدَاءَ}

« Nous avons fait descendre (révéler) la Torah prévoyant l’orientation et la lumière justes, par laquelle les Prophètes qui se sont soumis à la volonté d’Allah, les Rabbânionns et les rabbins jugent les Juifs de ce qui leur avait été confié de l’Écriture d’Allah et vis-à-vis de laquelle ils avaient été témoins.» {Al-Mâ-idah, V. 44}.

Les trois catégories, selon ce verset, sont les “Prophètes”, les “Rabbânionns et les Rabbins”. Les rabbins (Aḥbaars) sont les théologiens, tandis que les “Rabbânionns (les connaisseurs des choses divines) représentent une classe intermédiaire entre les prophètes et les rabbins qui ont le statut d’Imam (dans le chiisme Marja’ Suprême).

Comme le témoignage est représenté par les prophètes, les rabbins et les sources référentielles (Marja’iyya), il était rationnelle que Mohamed Al-Sadr, met en exergue le dénominateur commun de ces trois rôles dans le témoignage ainsi que dans la disparité entre eux, pour arriver ensuite aux conditions du témoignage: la droiture (modération), la connaissance et la compréhension profonde du message et des circonstances. Ceci faciliterait le rôle du Témoin à superviser l’Homme dans ses pratiques qui le mènent au “Califat sur cette terre[28].

Al-Sadr fait la distinction entre le “Califat sur terre  et le Califat divin. Ce dernier est réalisé en fusionnant le “Califat” et le “Témoignage, ce qui ne peut être réalisé qu’à travers un Prophète ou un Imam infaillible. Toutefois, dans le cas où il n’y aurait pas d’Imam (Calife«et si la Oumma est dirigée par un tyran et privée de son droit de “Califat général”, le Marja’ le pratiquera dans un cadre étroit. Mais dès que la nation se libère, le “Califat” lui sera restitué puisque c’est elle qui doit exercer le commandement politique et social à base de représentation divine sur terre…

Ainsi, l’Islam, en cas d’absence (de l’Imam Suprême), assigne les responsabilités du témoignage et du “Califat” au Marja’ et à la Oumma; à la jurisprudence et à la concertation contemporaine…»[29]

Le juste milieu dans le domaine du renouveau de la jurisprudence islamique:

Dans ce domaine, la signification du juste milieu véhicule un sens adjacent à la facilité et à la tolérance visant à alléger les difficultés, car les deux font partie des caractéristiques de la Charia islamique. La tolérance, selon Ibn Ashour, «est la facilité recommandée dans les affaires où les gens tendent à la sévérité». Ainsi, elle est en harmonie avec l’instinct humain qui déteste la rigidité et la privation. Ibn Ashour estime que l’instinct de l’homme doit être le pivot des décisions juridiques[30]. Donc, le juste milieu ici représente un équilibre entre les constantes et les variables dans la Charia, le passé et le futur, l’au-delà et la vie terrestre, la révélation et la raison. Il représente également la modération entre la sévérité et l’indulgence.

Par conséquent, le Droit” ne doit pas se limiter aux plus “judicieux”, et la Fatwa ne devrait pas l’adopter. Elle devrait plutôt se baser sur la facilitation à condition qu’elle tienne compte des objectifs et des causes de la Charia. Quiconque veut suivre le judicieux est libre de le faire mais sans obliger les autres à le suivre car  [اللهُ يُريدُ بِعبادِهِ السِّعَة واليُسْر]

«Allah veut l’expansion et la facilité à ses serviteurs»[31].

A cet égard, les partisans de cette pensée, dont Dr. Youssef Al-Qaradâwî,[32] se placent au milieu, entre ceux qui veulent aller plus loin dans cette voie jusqu’à suspendre la Charia en la considérant comme essence et non apparence, et ceux qui veulent réfléchir sur le sens littéral du texte tout en négligeant les causes et les objectifs de la Charia ainsi que leur applicabilité sur le terrain. Cela ne signifie pas que ce courant représente un seul groupe.

Essence du juste milieu :

Dans ce domaine, nous pouvons évoquer les voies méthodologiques pour déceler “l’essence” du juste milieu en faisant abstraction de ses connotations intellectuelles. Certains pensent qu’il s’agit d’un troisième statut entre deux choses antagoniques; une nouvelle position non externe à leur origine, compatible avec certains de leurs composants sans contrefaçon ni contradiction. C’est ce que Mohamed Amara décrit comme perspective islamique du juste milieu. D’autres pensent qu’il ne s’agit pas d’un troisième résultat de deux choses opposées mais, comme dit Nasr Mohammed Aref, «un juste milieu unit, d’une manière équilibrée et harmonisée, ce que l’on pense être opposées et contradictoires, de sorte que l’on ne puisse dire si c’est l’un ou l’autre. Par exemple, parmi les Beaux Noms et attributs d’Allah Le Tout-Puissant, il y a L’élévateur et L’abaisseur, Le Manifeste et Le Caché, Le Premier et Le Dernier….etc. De plus, Allah exalté-soit-il, dit dans le Saint Coran :

{وَهُوَ الَّذِي مَرَجَ الْبَحْرَيْنِ هَذَا عَذْبٌ فُرَاتٌ وَهَذَا مِلْحٌ أُجَاجٌ}

« Et c’est Lui Qui laisse libre cours aux deux mers, l’une agréable et douce, et l’autre salée et saumâtre.» {Al-Fourqân, V. 53}.

Et tout Ceci est abordé sans évoquer la moindre contradiction entre les parties.»[33]

En revanche, d’autres encore pensent que le “juste milieu conciliateur tourne à la falsification –d’après Nasr Hamed Abou Zayd dans sa critique du juste milieu d’Al-Shâfi’i– s’il n’en résulte pas un nouveau composant qui n’appartient à aucun des deux pôles. Il considère également l’hésitation comme une caractéristique compatible au juste milieu falsifie. Il dit: «La pensée falsifiée est celle qui essaye de fusionner deux méthodologies sur une base idéologique et non sur une base rationnelle, cette dernière peut toucher les aspects d’authenticité et de créativité dans les deux parties contradictoires en obtenant un nouveau composant qui n’appartient à aucun des deux»[34].

En conclusion, nous pouvons présenter une perspective méthodologique du développement sémantique du juste milieu et de la voie prometteuse pour un tel développement :

Premièrement: Comme le concept du juste milieu est global, il devrait être construit d’une manière composée répondant à son exhaustivité, sa complexité et sa polyvalence. Ce concept continue encore à subir les confusions à différents niveaux. En Islam le juste milieu est désigné comme un réconciliateur qui harmonise les opposées sans contrefaçon. Pourtant, le juste milieu, conçu par Allah Le Tout-Puissant à travers Sa Sagesse Exaltée, Sa Connaissance et Son Pouvoir dominant tout, est quelque chose que l’humanité ne peut pas atteindre.

Ainsi, nous devons faire la distinction entre le juste milieu, avec lequel Allah a teinté Sa religion et Sa voie, et le juste milieu qu’un musulman, avec sa nature innée, peut atteindre grâce à sa compréhension en suivant la méthode islamique. Sinon, le résultat sera une fluctuation (inconsistance) et non un juste milieu.

Ici, apparaît l’importance de l’étude méthodologique qui établit le concept -notamment les concepts coraniques- en niveaux, et contrôle son déplacement d’un niveau à un autre. En fait, mélanger les niveaux des concepts rend difficile la distinction entre le sentiment de l’appartenance au Coran et l’acceptation de son arbitrage. Chacun sa compréhension, sa connaissance et ses contextes historique et social.

Ce mélange conduit à une autre idée fausse: le choix entre deux choses ou deux chemins est attribué au juste milieu, comme mentionné dans le verset d’Al-Baqarah. La vérité est que chaque acte humain aura toujours un point a sa droite et un autre a sa gauche. Ce qui veut dire que tout le monde peut prouver qu’il se tient au juste milieu. En conséquence, le juste milieu devient un adjectif convenable et approprié à chaque décrit. Le juste milieu qui se situe entre l’excès et l’extrémisme d’un cote et, entre la négligence et l’indifférence envers les Droits d’Allah de l’autre, peut englober de nombreuses contradictions. Le juste milieu, qui implique la tolérance envers les Autres ou la facilité envers les Musulmans peut, en même temps, associer de nombreuses interprétations qui peuvent se contredire.

Dès lors, nous pouvons dire que les nombreux écrits qui ont traité du juste milieu visaient en réalité leurs choix politique, économique, social, intellectuel et jurisprudentiel. Cependant, chacun peut prouver son juste milieu en s’appuyant sur le Verset d’Al-Baqarah comme preuve à l’appui. De la vient l’amalgame. 

Deuxièmement: Étant complexe et exhaustif, il était nécessaire d’établir le concept du juste milieu comme un concept actif et non passif. C’est pourquoi le juste milieu a connu, chez les partisans du renouveau, un changement qualitatif en transformant le sens qu’il véhicule (celui de philanthropie et de droiture ou justice) d’une qualité impliquant les musulmans en tant que Oumma par rapport aux chrétiens et aux juifs, à une qualité de la méthodologie islamique. Ce qui a eu des retombées avec ses caractéristiques sur la Oumma qui est établie via cette méthodologie. Plus elle suit cette méthodologie, plus elle mérite le titre de nation juste. En d’autres termes, le juste milieu n’est plus ce qui fait de nous des musulmans, mais c’est ce que nous devrions être. Ceci est peut-être le fruit de l’approche de l’École du renouveau qui s’est penchée sur la problématique de la contrainte et du libre choix, en plus de sa tendance à l’autocritique.

   Au total, cela oriente le juste milieu vers un concept indépendant, et même dominant car il englobe tous les enseignements islamiques et en résume son entité en un seul mot. C’est ainsi que ses horizons sémantiques se sont élargis, et avec lui le concept de Témoignage, jusqu’à se rapprocher du concept du Califat sur terre. Cela ne signifie pas qu’il y ait eu des réglementations méthodologiques établies au moment de l’étude ou de l’analyse de ce concept pour distinguer le juste milieu dans l’Islam (avec toutes ses manifestations) de la signification du juste milieu de la Oumma qui lui appartient.

Une fois de plus, l’amalgame se manifeste et cela apparaît explicitement à travers des approches comparatives. Lors de la comparaison entre Juifs, Chrétiens et Musulmans, certains rappellent les positions des Juifs et des Chrétiens dans le passé, tandis que de l’autre côté, des versets coraniques sont cités à propos de ladite question comme étant la position des musulmans. C’est un étrange amalgame parce que la comparaison doit être établie soit entre deux systèmes, soit entre deux communautés humaines dans une perspective à la fois ancienne et actuelle[35].

Ces comparaisons aboutissent toujours à une conclusion indiquant une préférence absolue aux musulmans par rapport au reste des nations. Il en résulte aussi une préférence absolue pour certains d’entre eux par rapport au reste de la nation. À garder toujours présent à l’esprit que cette préférence contredit les enseignements des récits coraniques en ayant recours à donner des exemples pour en tirer les leçons.

Le Saint Coran, à travers les récits coraniques, a procédé au repérage du processus qu’ont suivi les nations précédentes en déviant du Chemin Divin, tout en démontrant les règles et lois qui contrôlent ces processus. Ces lois sont universelles et ne sont pas conçues pour une certaine nation, malgré la différence entre les législations et les écritures. Le Messager d’Allah (ﷺ) nous en a informés.

Ainsi, toute approche devrait aborder ces processus pour les mieux comprendre, non pas comme inévitables mais comme une influence humaine (dépendant de la compréhension de la religion et de la réalité) qui entre immédiatement dans une relation de cause à effet dans ses contextes historiques (social, économique et politique), selon une succession continue de ces cycles d’influencé / d’influençable.

En ce sens, les prémisses aboutissent à des résultats et ces derniers deviennent, à leur tour, des prémisses aux suivantes. C’est ainsi que cette séquence consécutive ne peut être interrompue qu’en changeant les facteurs de l’influence humaine, ce qui est un trait de préférence des nations que toute étude du concept du juste milieu doit aborder.

Il est vrai que notre champ d’application admissible est celui d’Interprétation et pas de la Révélation, car Allah a promis de préserver Son Livre Saint:       {إنَّا نَحنُ أنزلنا الذكرَ وإنّا لَهُ لَحافِظو}

« C’est Nous qui avons fait descendre (révéler) le Coran et c’est Nous qui en assurons la préservation. »  {Al-Hijr, V. 9}

Cependant, nous pourrions le comprendre et l’interpréter étant influencés par d’autres écrits, ce qui nous fait suivre des méthodes qui nous sont étrangères. Ceci aura pour résultat la perte du véritable esprit de cette religion et de son juste milieu et par conséquent estomper la nation juste

Cet écart entre le juste milieu de l’islam et son adoption par la Oumma devrait être exploré dans des études comparatives.

Troisièmement: Malgré l’effort effectué pour mieux comprendre le concept du juste milieu, nous sommes toujours absorbés dans les manifestations et phénomènes de celui-ci. C’est comme dire que l’Islam établit un équilibre entre l’individu et la société, le corps et l’âme… Nous évoquons aussi ce juste milieu en théologie, législation et éthique, etc… Alors que, ce dont nous avons vraiment besoin est une compréhension méthodologique du juste milieu, en suivant une analyse profonde de ces manifestations pour mettre en évidence  une perspective générale de ce concept.

Traduit par: Dr. Ayman Anwar Sinan

Chercheur et traducteur franco-syrien.

ـــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــــ

* L’article a été publié dans la revue AL-Muslim AL-Muaser [المسلم المعاصر], numéro 152 (2014) PP. 67-89.

** Chercheuse égyptienne.

[1] Abou Al-Kassem al-Houssein Ben Mohamed, (mort en 502 hégire) : Vocabulaire de l’étrange Coran [المفردات في غريب القرآن], éd. Dar Al-Maarifa, Beyrouth révision : Mohammad Saiyd Kilani, volume 1, P.P. 522-523.

[2] Al-Qurtoubi

[3] Ali Mohamed al-Sallabi : La Modération dans le Saint Coran [الوسطية في القرآن الكريم], éd. Dar Al-Maarifa, Beyrouth, 2008 P.P. 43-65 et P.P. 165-168.

[4] Abou al-Hussein Ahmad Fares Ben Zakaria, (mort en 395 hégire) : Glossaire des normes de la langue, [معجم مقاييس اللغة], éd. Dar al-Jabal, Beyrouth 1999, révision : Abdel Salam Haroun, volume 1, P.P. 221-222.

[5] Idem, volume 3, P.P. 221-222.

[6] Mohamed Ben Jarir al-Tabari : L’Exégèse coranique d’al-Tabari, [جامع البيان في تأويل آي القرآن], éd. Dar al-Fikr, Beyrouth 1405 hégire, volume 2, P.8.

[7] Ali Ben Mohamed al-Bazdawï al-Hanafi, (mort en 382 hégire) : “Les jurisprudences de Bazdawï”

[كنز الوصول إلى معرفة الأصول], éd. Guardian Press, Karachi, P. 245.

[8] Fakhr al-Dîn Al-Razi (mort en 382 hégire) : “Le grand commentaire” [التفسير الكبير], éd. Dar al-Koutub, Beyrouth 2000,1ère édition, volume 4, P.91.

[9] Idem, volume 4, P.93.

[10] Ahmed Ben Abi Sahl al-Sarakhsi : “Les Jurisprudences de Sarakhsi” [أصول السرخسي], P. 131.

[11] Abou Abdallah Mohamed Ben Othman al-Dhahabi, (mort en 748 hégire) : “La réfutation du discours des gens du Rejet et des Mutazilites”  [المنتقى من منهاج الاعتدال في نقض كلام أهل الرفض والاعتزال], révision : Moheb al-Dîne al-Khatib, P.P. 547-549.

[12] Abou al-Abbas Ahmed Ben Mohamed Ben Ali Ben Hajar al-Haythami, (mort en 973 hégire) : “Les Foudres brulantes sur les gens du Rejet, de l’Égarement et de l’Hérésie”,

[الصواعق المحرقة على أهل الرفض والضلال والزندقة], Fondation al-Rissâlah, Beyrouth 1997, 1ère édition, révision : Abdel-Rahman al-Turqui et Kamel al-khayat, volume 2, P.604.

[13] Fakhr ad-Dîn Ar-Razi : “La Large Exégèse”, déjà cité, volume 4, P.90.

[14] Ahmed Abdel-Halim Ben Abdel-Salam Ibn Taymiyya, (728 hégire) :”Réponse raisonnable aux chrétiens” [الجواب الصحيح لمن بدل دين المسيح], éd. Al-Madani, révision : Sayed Soubh al-Madani, volume 1, P.68.

[15] Ahmed Ben Abdel-Halim Ben Taymiyya al-Harrani Abou al-abbas : “L’Exégèse d’Ibn Taymiyya”,

[كتب ورسائل وفتاوى ابن تيمية في التفسير], Librairie Ibn Taymiyya, 2ème édition, révision : Abdel-Rahman Ben Mohamed al-Najdi, volume 15, P.298.

[16] Imam Abdallah Ben Hamza Ben Soulayman, (mort en 614 hégires) : “Le guérisseur dans l’Imamat”,

[الشافي في الإمامة], Librairie : Ahl al-Bayt, Sanaa, 1ère édition, 2009, Imprimerie Delta, Beyrouth, volume 1, P.490.

[17] Ibn Taymiyya : “Réponse raisonnable aux chrétiens”, déjà cité, volume 1, P.P. 67-68.

[18] Idem, volume 5, P.80.

[19] Idem, volume 5, P.P. 300-302.

[20] Idem, volume 1, P.P. 97-98.

[21] Mohamed Amara : “Jamal al-Dîn al-Afghani, entre réalité historique et mensonges de Louis Awad”,

[جمال الدين الأفغاني بين حقائق التاريخ وأكاذيب لويس عوض], éd. Dar al-Salam, Le Caire, 1ère édition, 2009, P.P. 205-207.

[22] Mohamed Abduh : “Les œuvres complètes” [محمد عبده، الأعمال الكاملة], révisé et présenté par Dr. Mohamed Amara, éd. Dar al-Shorouq, Le Caire, 1ère édition, 1993, volume 2, P. 310.

[23] Mohamed Abduh, idem, volume 4, P. 319.

[24] Idem, volume 4, P.P. 319-320.

[25] Mohamed Amara : “Jalons de la méthode islamique”, [معالم المنهج الإسلامي], Institut international de pensée islamique, éd. Dar al-Salam, Le Caire, 2008, P.P. 73-77.

[26] Mona Abou al-Fadl : “La Nation Pivot : Vers un enracinement systématique du concept de nation dans l’islam” [الأمة القطب: نحو تأصيل منهاجي لمفهوم الأمة في الإسلام],  Librairie Al-Shorouq internationale, Le Caire, 1ère édition, 2005, P.P. 83-84.

[27] Abdel-Aziz Kahil, Article : “Formation de l’Homme de civilisation et de témoignage”,

 [صياغة إنسان الحضارة والشهادة], site : Muslim Online, 13/07/2010.

[28] Mohamed Baqer al-Sadr : “L’Islam oriente la vie” [الإسلام يقود الحياة], Publication Dar Al-Ta’arof, Beyrouth, 2003, P.P. 131-136.

[29] Idem, P.P. 137-154.

[30] Al-Sahbi Ateeq, Article : “Modération entre pensée à valeur finale et pensée cinétique”,

[الوسطية بين الفكر المقاصدي والفكر الحركي], site Islam Online, 06/10/2010.

[31] Youssef Al-Qaradâwî : “Réveil islamique entre mécréance et extrémisme”

 [الصحوة الإسلامية بين الجحود والتطرف], Institut international de pensée islamique, Le Caire, P. 210.

[32] Idem.

[33] Nasr Mohammed Aref : “Théories contemporaines du développement politique”,

 [نظريات التنمية السياسية], Institut international de pensée islamique, Dar Al-Qârë al-Arabi, Le Caire, 1981, P. 211.

[34] Nasr Hamed Abou Zayd : “Al-Shafi’i : La Création de l’idéologie modérée dans la pensée islamique”,  [الإمام الشافعي وتأسيس الأيديولوجية الوسطية], Librairie Madbouli, Le Caire, 3ème édition, 2003, P.P. 96-97.

[35] Référez-vous, par exemple, à la recherche du Dr. Ali Al-Sallabi sur la modération du Coran dans les doctrines [La modération dans le Saint Coran]  [الوسطية في القرآن الكريم], P. 199-260.

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