Évolution du Statut de la Femme dans l’Histoire de l’Islam

Évolution du Statut de la Femme dans l’Histoire de l’Islam.[i]

Problématique Méthodologique à la Lumière de

la Présence Islamique au Sein du Nouveau Système Mondial.

Prof. Nadia Mahmoud Moustafa.[ii]

Introduction

Étudier l’évolution du statut de la femme musulmane dans l’histoire islamique ne consiste pas pour nous de faire une étude historique ou historisante. Mais notre étude-ci est une composante essentielle d’un  processus méthodologique comprenant une vision de généalogie du concept ainsi qu’une analyse historique. Partant des conditions du réel vécu et de ses exigences, tout en visant la perception de l’avenir, nous essayons de concrétiser une perspective des modalités de changement de la condition féminine à partir d’une perspective civilisationnelle islamique. Cette perspective dépasse les analyses de détails concernant certaines questions pour élaborer une vision totale, critique et structurale de notre histoire jurisprudentielle, politique, et sociale. Notre position n’est donc pas de présenter des arguments pour défendre la législation islamique ou certains épisodes de l’histoire islamique.

Cette étude est divisée en deux parties essentielles. Dans la première partie, nous présentons les motifs qui expliquent l’intérêt de l’étude de l’histoire de l’islam et de l’évolution du statut de la femme pour la sociologie moderne dans le contexte du système mondial contemporain. Pour ce, nous pouvons alors considérer les exigences du fiqh du réel d’étudier le statut de la femme à partir de la perspective de la civilisation islamique qui comprend l’étude des conditions du monde islamique comme tout homogène dans ce système.

Dans la deuxième partie, nous présentons les problématiques méthodologiques en action dans les études concernant la femme au cours de l’histoire islamique, tout en présentant un schéma des modèles de ces études et leurs significations. Notre but alors est de parvenir à  l’interprétation de la transformation des conditions de la femme afin d’en esquisser les dimensions et les raisons dans la situation actuelle.

La première partie:

Pourquoi étudier les conditions de la femme dans l’histoire islamique? Quelles sont les exigences du fiqh du réel et les problématiques du statut de la femme et du monde islamique dans le système mondial?

Notre parcours académique, en tant que spécialiste des relations internationales, a porté longuement sur l’histoire et sur la femme.

1-D’une part: L’histoire islamique internationale faisait partie d’une étude que nous avons accomplie dans le cadre du projet des “Relations Internationales en islam”, soit au niveau théorique, soit au niveau des époques historiques de l’islam ou enfin au niveau des prolongements  historiques de causes islamiques internationales contemporaines – avec, en premier lieu, les questions des transformations internationales et leurs répercussions tant sur le plan régional ou mondial que dans les régions des conflits armés.

Tout chercheur dans le domaine des sciences internationales, partant d’une perspective islamique, est conscient que l’histoire des musulmans et de l’islam n’est pas un passé ou un patrimoine, mais plutôt comme le soulignent les ulémas, “un espace de réflexion pour en tirer les leçons et pour essayer de méditer sur les lois divines concernant l’univers, l’homme, et la sociologie.” (Nadia Moustafa, 1996)

L’Histoire étudiée à partir d’une perspective islamique diffère des autres perspectives qui s’intéressent surtout aux événements. Par conséquent, la méthodologie de la première diffère de celle des autres car elle n’est pas une étude des détails utilisant une méthodologie partielle, ni une étude étroite se bornant à des interprétations islamiques traditionnelles ni non plus une étude des évolutions matérielles à l’instar de ce qu’accomplissent des chercheurs occidentaux. Elle est donc une étude qui s’intéresse aux interactions de l’histoire islamique avec celle de l’occident. Dès lors, elle essaye de remédier aux lacunes des méthodes déjà mentionnées:

Elle dépasse les détails et le particulier pour élaborer le général et ses typologies, en se servant des outils d’analyse des sciences sociales modernes. Elle dépasse l’abus du matérialisme quant à l’explication des transformations qui s’opèrent dans les relations internationales et les grandes transformations mondiales, en ayant recours aux interprétations morales (valeurs et culture) parallèlement aux causes matérielles. Elle se consacre à deux questions essentielles dans l’histoire de l’islam: la première est celle de l’unité de la umma (les nations musulmanes) et les transformations qui ont causé sa fragmentation. La deuxième question est celle du Jihad et de la relation avec l’autre et comment cet appel sacré s’est transformé d’un outil de conquête afin d’étendre l’appel à une nouvelle religion en un bouclier de défense contre le colonialisme, pour tomber sous le joug de l’occupation, pour aboutir enfin à une indépendance placée sous la domination et l’hégémonie.    

En un mot, comprendre la situation de la umma islamique dans le système mondial contemporain est lié à la compréhension de son rôle et de sa situation historique d’un côté ainsi que la compréhension des changements auxquels elle a assisté et les défis ou menaces actuels auxquels elle doit faire face. Surtout qu’elle est actuellement au cœur des interactions internationales au lendemain de la guerre froide, et notamment après le 11 septembre.

2- D’autre part: Les études concernant la femme ont témoigné d’une avancée remarquable au cours des trois dernières décennies, pour atteindre son apogée à l’époque de la mondialisation. En même temps, la question de la femme est devenue une question primordiale sur l’agenda des droits de l’homme et elle est utilisée comme un moyen de changement social et de développement continu surtout dans le monde islamique.

De même, la question de la femme fait l’objet de discussions entre les différents courants: islamique, féministe ou autres. Les discussions ont porté sur les raisons de la situation actuelle de la femme musulmane, les moyens de les modifier et le processus de cette modification.

C’est alors qu’on aperçoit la problématique de la condition de la femme en islam et les changements de son statut de par l’histoire islamique. Par là, on a dû s’interroger sur les raisons de ce fossé entre la valeur de la femme en islam et la dégradation de sa situation dans la réalité. Les périodes d’épanouissement de la civilisation islamique ont-elles témoigné d’un épanouissement du statut de la femme? Quels en sont les indices? Pourquoi y a-t-il eu régression? Quelle est la relation entre la régression du statut de la femme et celle de la umma toute entière?

Il n’est guère possible de recenser ici tout ce qui a été écrit abordant cette question, mais on peut le présenter en trois catégories: le premier courant est celui qui attaque l’islam et la position qu’il a assigné à la femme en le considérant une religion qui a instauré une civilisation qui dévalorise la femme. C’est le courant laïc du féminisme traditionnel. Néanmoins, il s’appuie sur des applications erronées ayant lieu dans la réalité ou bien sur des instances enregistrées dans quelques œuvres de la jurisprudence qui ont présenté une vision très limitée concernant la femme.

Le deuxième courant est celui de l’islam réformateur qui a pris pour base les origines pour élaborer une vision authentique de l’islam consacrée à la femme. Il met en relief les droits que l’islam lui a garantis. Il vise à réfuter les accusations du premier courant.

Le troisième courant est le courant islamique qui prend en considération les conditions sociales et politiques à partir d’une vision civilisatrice plus ample que les visions jurisprudentielles traditionnelles ou modernes. Ce courant discute le statut de la femme dans une perspective d’autocritique, tout en conservant la référence islamique comme point de départ et non point la référence des Nations Unies. De même, il prépare pour un changement basé sur les principes islamiques et non sur des valeurs laïques.

3– Il est temps maintenant de poser la question du lien entre les études de l’histoire de l’islam et celle de la question de la femme. La réponse est présentée par les paroles de Dr. Mona Aboul Fadl, Professeur de la théorie politique à la faculté d’Économie et de Sciences politiques à l’Université du Caire et présidente de la société de « La femme et la civilisation ». Elle a introduit la perspective de la civilisation en sciences politiques, notamment dans les études portant sur la femme. À ce propos, ses paroles peuvent être considérées comme un slogan: “La mère et la umma (la nation) sont deux dérivés reliés par de multiples charnières,  entre ces deux sèmes on construit toute une civilisation”. (Mona Abul-Fadl, 1993)

La cause de la femme est inséparable de celle de la nation. Pour ce, les études portant sur le développement de la femme ne sont guère éloignées du développement de la nation. Néanmoins, on étudie les problématiques de la réforme de la nation tout en abordant les axes de la relation entre l’islam, la démocratie et les droits de l’homme, l’extrémisme et la tolérance, le jihad -le terrorisme- et les mouvements de résistance. Cependant, on aborde la question de la femme loin de tous ces composants. Or, la femme est au cœur de toutes ces questions.

Une autre problématique s’impose: la relation entre le texte et la réalité: pourquoi juger le texte d’après les applications soit dans l’histoire ou dans les temps contemporains? Et quelle est la raison du fossé entre les applications et le texte? 

Or quel est le schéma des conditions actuelles de la femme? Est-ce qu’il présente une réflexion des conditions vécues par la nation, soit les causes ou les solutions? Comment pourrait-on tirer profit de l’étude de l’histoire en ce domaine?

En tant que spécialiste des relations internationales et après une décennie (1997-2007) consacrée aux discussions et aux recherches concernant les conditions de la femme, je pourrai esquisser ce schéma, et qui comportera les axes ci-dessous:

La Femme et les conflits armés:

-La protection de la femme comme prétexte aux immixtions militaires (le cas de Darfour, et de l’Afghanistan)

-La femme utilisée comme outil pour réaliser les buts des guerres: le viol systématique des femmes (dans la Bosnie Herzégovine): viol des valeurs et de la civilisation d’une nation.

-La femme martyre : en Palestine dans les territoires occupées.

-La femme et la résistance au Liban.

-La femme et les guerres quasi civiles en Iraq et en Afghanistan.

-La femme et la reconstruction des pays envahis: (Kosovo, l’Iraq, l’Afghanistan, La Tchétchénie).

2- La femme et l’instauration des principes de la mondialisation par le biais des Nations Unies:

 Les accords et les traités internationaux sont un moyen d’intervention  dans le processus des changements sociaux sous le couvert de liberté et d’égalité (les droits de l’homme).

La contrainte des droits de la femme: l’interdiction du voile en France, en Tunisie et en Turquie, et l’emploi des femmes qui se disent frustrées pour les employer comme témoins négatifs du régime islamique.

3-La femme dans la communauté internationale:

La femme et les mouvements antimondialistes, la femme et le travail volontiers contre la pauvreté et la violence. La femme iranienne titulaire du Nobel, l’intérêt mondial porté aux nouvelles prêcheuses religieuses parmi les ex- actrices, la femme et le waqf.

4-La femme dans le dialogue des religions et des cultures:

Les droits de la femme en islam, les rumeurs qui les concernent et une comparaison entre la situation de la femme dans le monde islamique (comparaison entre le sens du progrès et les réseaux de commerce qui font de la femme un objet comme dans les annonces commerciales, et les raisons de la violence commise à l’égard de la femme en Orient et en Occident).

5- La femme et le processus de renouvellement du discours religieux, et le discours laïque:

La femme musulmane comme imam, le lignage des enfants naturels issus de relations hors du mariage ou par le mariage non légalisé, le mariage dit messyar (en relation avec des circonstances codées), la prédication au christianisme ciblant des musulmanes et l’adoption de l’islam par les femmes chrétiennes.

6- La femme dans les théories, un espace de recherche de la signification des types culturels contradictoires:

 La théorie du genre face à celle de la perspective civilisatrice, le féminisme islamiste face au féminisme dans les relations internationales.

Ce schéma présente quelques traits de la umma islamique, sur le plan intellectuel ou dans les mouvements internationaux. En étudiant ce schéma, on conçoit l’importance du rôle de la femme dans les divers défis qui affrontent notre nation, notamment en connaissant le volume des défis extérieurs d’ordre intellectuel ou culturel, des défis qui mettent en relief l’ingérence extérieure.

Ces problématiques et ces défis posent une dialectique entre les différentes perspectives (laïque et islamique), une dialectique qui invoque: l’histoire, et la relation avec le texte, l’histoire et l’actualité. Parmi ces sujets, celui de la question de la femme, en tant qu’individu dans la famille et dans la société; on peut la clarifier en:

Droits: l’accès à l’éducation, au travail, au gouvernement, et à la magistrature.

Devoirs: le jihad, le waqf, le volontariat et le travail politique.

Défis: la violence, la prédication au christianisme, la marginalisation et le commerce des corps.

Il va de soi qu’il y a d’autres questions liées à la femme, telles: le mariage, le divorce, l’héritage, le témoignage, la responsabilité financière, la violence physique à laquelle elle est exposée.  

La législation islamique a promulgué des sentences traitant de ces questions concernant la femme en tant qu’être humain et en tant que genre. Or ces sentences ont été l’objet de critique de la part des études orientalistes traditionnelles connues par leur attitude agressive vis-à-vis du statut de la femme en islam, de même que dans les études orientalistes modernes. Ces études n’avancent pas seulement des critiques quant aux applications des musulmans eux-mêmes mais elles vont jusqu’à ébranler la croyance des pratiquants. Cet état des choses a obligé les centres de recherche dans le monde arabe et islamique à prendre certaines mesures:

D’une part: la mise en garde contre les efforts organisés par l’Occident pour porter atteinte à l’image de l’islam.

D’autre part: l’appel à multiplier les études contemporaines autour de la femme dans les académies de par le monde islamique, partant des problématiques et de défis actuels qui affrontent la femme et ceci à partir d’une perspective civilisationnelle.

Cette perspective assimile le passé et l’histoire qui jouent un rôle important dans la formulation des idées contemporaines. De même elle souligne le lien entre le passé et le présent, entre les valeurs morales et l’importance du matériel, et enfin entre la Révélation et la science. Cette vision de la civilisation est d’une importance particulière pour comprendre et analyser les problèmes contemporains, pour s’en servir  afin de définir les problèmes identitaires et de choisir le trajet qu’on doit suivre pour rendre justice à la femme. En fait, protéger la famille et la structure sociale, œuvrer pour la réforme des conditions de la femme est, sans doute, une étape indispensable pour la réforme de la société.

Cette perspective vise aussi à démontrer que la femme aux premières années de l’ère islamique avait un rôle prépondérant et dominant, mais plus tard, les faits historiques ont témoigné d’une régression de ce rôle à cause de raisons diverses. Nous considèrerons aussi le paradoxe flagrant qui réside dans le fait que l’Occident lancera des appels pour améliorer la situation de la femme et de la société alors que l’histoire de la femme en Occident témoigne d’une marginalisation et d’une frustration évidentes.

La deuxième partie: Le recours à l’histoire islamique.

 La problématique méthodologique, un schéma de modèles et quelques raisons explicatives:

Comment considérer l’histoire islamique soit à partir des applications ou de la perspective critique, pour en tirer profit au cours des discussions entre les points de vue occidental et islamique et pour étudier la condition de la femme en tant qu’actualisateur du changement? Comment le chercheur musulman en matière de la femme peut-il en profiter? Pour atteindre les significations théoriques des dimensions de l’évolution du statut de la femme, on doit s’arrêter pour répondre à ces trois groupes d’interrogations:

Le premier groupe: Comment le recours à l’histoire pourrait-il aider à donner une vision intégrale à la question de la femme vis-à-vis de la partialité des études occidentales? Comment pourrait-il servir de preuve pour redéfinir la question de la femme?

Le Deuxième groupe:

1-Comment envisager les événements historiques en rapport avec la femme, les évaluer ou les critiquer?

2-Comment faire la connexion entre les origines (le Coran et la sunna) et l’évolution des pratiques tout au long de l’histoire? Autrement dit, comment lire les évolutions à la lumière du Coran et de la tradition?

3-En fin, comment faire pour projeter les résultats et les significations sur la vie?

Le troisième groupe:

Comment classifier le trajet de l’évolution du statut de la femme dans l’histoire, et comment l’expliquer? De même, quelle sont les caractéristiques des premières époques de l’islam jusqu’à l’ère des Abbassides (sujet de la conférence)? Quels sont les changements qui se sont produits au cours des ères suivantes?

Le premier groupe:

L’importance d’invoquer l’histoire (le fiqh, les institutions, les applications) pour construire une vision intégrale de la femme du point de vue de la civilisation islamique.

L’Histoire a été toujours présente dans la production intellectuelle et théorique visant à présenter la femme dans la civilisation islamique à partir d’une vision différente par rapport aux autres cultures. En fait, les caractéristiques de la perspective occidentale, le féminisme traditionnel et la libération de la femme pourraient être résumées en ce qui suit:

-Une vision philosophique (éluder la religion du domaine public en générale), s’intéresser au matériel et à l’individuel aux dépens de la morale et des valeurs universelles.

– La fragmentation (l’étude de la femme loin de ses rôles sociaux compliqués).

– La mondialisation dans l’exemple occidental envisage la liberté et l’égalité loin des contextes culturels ou sociaux.

On trouve ainsi dans le discours mondialiste (extrémiste, inhumain, et qui ne respecte pas les droits) des expressions telles:

  • Considérer la religion comme entrave à l’épanouissement de la femme, par là le hijab est considéré comme une marginalisation.
  • L’individualisme absolu, la liberté incontrôlée et le refus de considérer la femme en tant que mère, épouse, sœur ou fille.
  • Dévaloriser le rôle de la femme au foyer (toute activité non rémunérée). En fait le travail de la femme est présenté comme preuve de son indépendance et sa position.
  • Le slogan de l’égalité dépourvue de son essence : dans les communautés démunies, quel genre d’égalité peut-il être conçu dans un milieu dépourvu des besoins essentiels de la vie ?
  • La participation politique visée par cette perspective est une conception restreinte qui limite la participation de la femme aux droits de candidature, d’élection et l’accession aux honneurs. Or, nos sociétés souffrent de manque de participation politique générale, non pas seulement de la part de la femme. D’autre part, la participation de la femme doit considérer d’autres signes que la participation politique. Elle devrait englober les contributions des ONG et l’activité communautaire dans toute son envergure.
  • L’usage d’ « expressions molles » dans des discours pleins de tergiversation, introduisant des termes tels que: le droit de procréation et la culture sexuelle, dont le sens se révèle peu à peu être synonyme de perversion sexuelle et corporelle, ce qui est à même d’écraser le cadre de la famille, première unité de la société et de la civilisation.    

Ces caractéristiques sont à la base des perspectives occidentales soit au niveau des mouvements féministes, soit au niveau de la production intellectuelle, parvenant à des prises de position formelles au cours des débats internationaux, intellectuels ou politiques vis-à-vis des représentants du monde islamique.

De ce qui précède, il s’avère que le modèle du féminisme occidental présente la question de la femme comme confrontation entre la modernité et le traditionalisme, comme le précise Dr. Mona Abul-Fadl dans sa recherche précieuse intitulée : Revisiter la question de la femme: une perspective islamique[iii]: pour elle, c’est la question de la libération de la femme frustrée, dépendante du joug de l’homme, dans des communautés qui accentuent la prédominance de ce dernier. D’après Dr. Mona Abul-Fadl, la question de la modernité et de l’individualité prend de l’importance au fur et à mesure que la femme devient consciente de ses droits dans la société. Ainsi il n’y a guère de constantes ou de postulats, tout change et les probabilités sont ouvertes à l’infini.

Par contre, la perspective islamique proposée par Dr. Abul-Fadl dénie la modernité de cette question. En fait, les droits de la femme et son statut sont inhérente à toute société. Par suite, la détermination du rôle de la femme ne doit pas être mesurée par l’acceptation de la société mais il doit émaner  de la source de son imposition, des droits et sa légitimité, ainsi que le concept de l’égalité dans un moment donné. Dans la même étude, Dr. Aboul Fadl, partant de la spécificité des sociétés musulmanes, et émanant du principe du monothéisme, conclut que: la question de la femme n’est pas une question individuelle de liberté, mais elle englobe la communauté à partir de sa unité minimale qu’est la famille. C’est pourquoi il faudrait étudier la question de la femme dans toute son envergure soit comme membre de la famille ou membre de la société. En fait Dr. Mona Abul Fadl a accumulé, au cours de deux décennies, maintes études  dans le même sens.

Par ailleurs, un effort similaire a été mené, au début des années 90, par une chercheuse jeune et prometteuse, Dr. Héba Ra’ouf  Ezzat. Dans son étude intitulée La femme et le travail politique, une vision islamique, elle a pris comme point de départ le cadre des règles de base islamiques. Elle a abordé ensuite l’état de la umma, puis celui de la famille. Elle a présenté une vision du rôle politique qui dépasse les domaines traditionnels des élections, pour atteindre le cercle de la famille et de la société. Elle n’est pas tombée dans le piège des droits individuels, mais elle a esquissé sa propre vision dans le cadre des institutions de la société, des droits légitimes de la femme et de son rôle social.   

Ces deux exemples de chercheuses, appartenant au domaine des sciences politiques, ont pris pour point de départ le cadre du savoir islamique pour présenter une incarnation de la perspective de civilisation qui combine entre les origines, l’histoire et le réel. Le premier exemple a procuré un discours adressé à l’occident, soit en le critiquant soit en réagissant à ses thèses. Quant à la deuxième, Dr. Tarek el Bichri précise, dans l’Introduction de son œuvre:” Malgré sa connaissance de la littérature occidentale, elle présente un type de discours islamique autonome. L’œuvre est préparée et rédigée pour être assimilée par ceux qui considèrent l’islam comme leur patrie intellectuelle, quelles que soient leurs connaissances et leurs parts de la culture occidentale.” Pour ajouter plus loin:” Héba Ra’ouf joue un rôle de catalyseur dans la pensée islamique, elle n’est pas un gardien des frontières.” La valeur de son étude réside dans l’effet qu’elle a produit divers débats internes, à partir des controverses entre les différents courants islamiques.

Il faut noter que les deux études effectuées par le professeur et la jeune chercheuse ne sont pas fondées uniquement sur des principes de la jurisprudence, mais elles ont tiré profit des applications de la théorie sociale et de l’arrière-plan historique, partant de l’ère prophétique et des califes orthodoxes en passant en revue les différentes époques ultérieures. Et ce, parce que l’innovation nécessite la connaissance des fondements et la redéfinition des principes.

Maintes études pourraient être mentionnées dans ce domaine, mais nous pensons que ces deux exemples donnent une idée des tentatives et des efforts déployés dans le domaine du statut de la femme.

Le Deuxième groupe:

La problématique méthodologique du recours à l’Histoire dans la question de la femme, et le schéma des tentatives dans ce domaine:

Comment faudrait-il recourir à l’histoire pour reconstruire une vision intégrale du statut de la femme. On doit s’interroger sur le but: est-ce l’histoire de la femme est séparée de celle de la umma? Ou elle y est liée comme partie intégrante?

Quelles sont les raisons pour négliger ou omettre les grands événements historiques marqués par la femme? Et jusqu’où va cette négligence?

Pour répondre à ces questions, nous pouvons renvoyer aux contributions des spécialistes dans ce domaine, tout en soulignant les significations essentielles et non pas les détails.

La première problématique: Comment et pourquoi faire une recherche sur l’Histoire de la femme?

À ce sujet, nous mentionnons l’étude de Dr. Omayma Abou Bakr qui traite de cette problématique: est-il question de relire l’histoire de la femme, ou de redire l’histoire du point de vue féminin? L’histoire de la femme est-elle indépendante, de manière à ce qu’on puisse l’étudier pour combler certain fossé dans l’histoire concernant le rôle de la femme? Ou bien on a un autre objectif?

En fait, Dr. Omayma Abou Bakr (2007) prend comme point de départ une proposition implicite: si nous voulons faire face aux doutes des chercheurs partant d’un point de vue séculaire ou du féminisme occidental on ne doit pas tomber dans le piège consistant à jeter la lumière sur l’histoire de la femme détachée de celle des sociétés dans la umma.     

En fait, l’ensemble de l’œuvre de Dr. Omayma donne une vision urbaine complète de l’histoire de la femme. Elle commence par contredire des recherches occidentales qui ont essayé de relire l’histoire de la femme dans le but d’ébranler les préjugés traditionnels et de l’écrire du point du vue de la femme. Ainsi, d’après Dr. Omayma, c’est une tentative de rectification de la conception de l’absence de la femme dans l’histoire médiévale, pour donner plus d’importance à l’analyse des expériences de la femme soit en famille soit en société, et pour adopter des critères différentes de celles conçues pour les hommes protagonistes des événements historiques.

Dr. Omayma esquisse ensuite le plan des axes de l’étude de l’histoire de la femme. Elle en cite quatre axes: le premier est celui qui cherche le rôle oublié des femmes dans l’histoire des règnes, à l’instar des rois célèbres. C’est là que nous trouvons des études consacrées à ce but et rédigées par des auteurs telles que Quadrya Hussein, Zeinab Fawaz et Fatema El Marnisy.

Le deuxième axe: la recherche des raisons de cet oubli ou le manque de documentation sur l’histoire de la femme. Autrement dit, la différenciation entre l’important (le cadre formel) et le moins important (le cadre de la famille), qui n’a pas eu l’occasion d’être enregistré. C’est pourquoi on ne trouve que les noms des femmes des classes supérieures, les épouses des califes ou des sultans ou leurs servantes.              

Le troisième axe: celui qui s’intéresse aux domaines d’activité propres aux femmes, loin de la participation de l’homme, pour les mettre en relief, et souligner leur importance dans le but de réfuter la vision masculine traditionnelle.

En fin de compte, si ces trois axes sont une réaction aux perspectives occidentales qui négligent, intentionnellement ou non, le rôle (normal) de la femme au profit d’une perspective féministe séculaire de l’histoire de la femme musulmane, alors le dernier axe proposé par Dr. Omayma Abou Bakr est cette idée implicite qu’on a déjà avancée : c’est le courant “intégrant” le mouvement social de la femme dans le domaine général et l’acquisition des droits légitimes dans les sociétés arabes avant l’ère de la modernisation qui a en fait daté l’apparition de l’État national à l’instar de l’exemple occidental, coïncidant avec l’intrusion britannique et la colonisation. En d’autres termes, les études effectuées par (Amira Sumbol, Afaf Lotfi Elsayed, Huda Lotfi) qui jettent la lumière sur la femme dans les siècles anciens, remédient, d’après Dr. Umaima, à deux lacunes: d’une part la rareté des études sur la femme dans les différentes époques au profit des temps modernes et la réfutation des hypothèses et des généralisations fausses sur la modernisation occidentale, d’autre part, ces hypothèses erronées sont dues à l’application des normes occidentales sur les sociétés arabes musulmanes. En fait, les études consacrées à la femme dans les ères lointaines ont démontré que la femme avait une grande activité au niveau personnel et juridique, dans les relations sociales, ou, enfin, dans les activités commerciales et économiques. De même, les transformations qui ont eu lieu au dix-neuvième et vingtième siècles ont causé un recul dans la participation de la femme dans l’activité sociale. Ainsi, l’ingérence de l’occident dans les pays arabes et islamiques a été la raison principale du repli du rôle de la femme.

Ce courant a, pour Dr. Omayma, les résultats suivants:

1-Esquisser un tableau général et complet de l’histoire y compris celle de la femme.

2-Intégrer l’histoire sociale et culturelle à l’histoire politique et formelle.

3-Critiquer la modernisation, ou du moins mettre ses hypothèses en question, surtout celles qui concernent la femme dans les sociétés islamiques.

La deuxième problématique méthodologique:         

Les débats de la première problématique mettent en exergue l’importance de la deuxième, qui suscite, à son tour, la nécessité de faire la comparaison entre les grandes œuvres historiques en Orient et en Occident, pour cerner la part et les raisons de la négligence faite à l’histoire de la femme. Nous essayerons ici de mentionner les tendances suivantes dans l’écriture de l’histoire islamique: 

La première tendance trouve que la raison de l’absence de la femme des registres historiques –à l’exception des femmes des sultans et des califes et leurs servantes – provient du caractère masculin de l’écriture de l’histoire, qui n’aborde la question de la femme que dans le cadre de rédaction des instances et des débats jurisprudentiels qui y sont rattachés.

La deuxième tendance trouve que certains livres d’histoire tels Al-Sakhawy, Bin Sa`d, et Al-Zarkachy, contiennent les noms de plus de 700 femmes. Tandis que ce n’est pas le cas pour la plupart des œuvres, et ce parce que l’histoire islamique est plutôt une histoire de guerres et de conquêtes, non pas une histoire sociale et de civilisation. D’autre part, le travail général était très restreint, c’est pourquoi l’histoire relate les nouvelles des familles et des dynasties régnantes.

Il faut noter que cette remarque n’est pas limitée aux études de la femme. En fait les chercheurs dans le domaine des relations internationales expriment les mêmes critiques. Apparaissent alors des appels pour relire l’histoire islamique afin de revisiter des questions telles que l’égalité, la liberté et le pluralisme dans nos sociétés arabes et islamiques tout au long de l’histoire.    

La troisième tendance: Cette tendance dépasse la polarisation dichotomique des deux tendances précédentes, en présentant une lecture originale des causes de l’écriture réservée à propos de la femme dans l’histoire islamique.

Présentons un modèle de ce courant, un projet de recherche concernant la femme dans l’histoire islamique préparé par la société des Études de la Femme et de la Civilisation.

La recherche discute le postulat supposant que les ressources de l’histoire islamique ont négligé les femmes, sous prétexte que l’écriture historique est affectée par l’influence masculine.  Selon ce courant, on doit connaître à l’avance les critères qui ont régi les textes des historiens musulmans de cette époque et la finalité de l’enregistrement historique. Cette méthodologie sert à mettre en lumière les domaines de pouvoir de la femme et le poids de son rôle par rapport à l’histoire de la umma toute entière (la communauté musulmane). D’autre part, elle cherche les règles qui ont contrôlé l’action de la femme sur la scène historique arabe et qui ont mis l’historien dans l’embarras de mentionner certaines zones de cette histoire. Le courant estime qu’il est d’importance d’étudier l’histoire de la femme dans ce cadre intégrale, car on risque de détacher un phénomène de son contexte culturel, social, économique, ce qui porte atteinte à l’unité organique de l’histoire islamique.

De la sorte, ce projet enregistre un ensemble de caractéristiques en relation avec la perspective de civilisation islamique et ayant des répercussions sur le statut de la femme dans l’enregistrement historique.

En premier lieu: Le courant aborde le rapport entre le concept de l’histoire chez les historiens et la méthodologie de l’enregistrement historique à cette époque-là. Il considère alors le concept de l’Histoire tel qu’il se présente dans le Coran, concept basé sur le principe de responsabilité de l’homme dans l’univers parallèlement aux lois divines qui règlent les choix de l’homme dans un cadre donné pour éviter le chaos. C’est ainsi que l’essence du processus historique, conformément à la vision monothéiste cognitive, assure la dualité entre le rôle de l’homme et les lois divines, et ainsi l’histoire n’est pas sacrée comme le présente la pensée chrétienne médiévale (la ville de Dieu par Saint Augustin).

En second lieu: La perspective monothéiste de la civilisation insiste sur le principe de la morale dans tout événement historique. En fait, le Coran     souligne la relation intrinsèque entre le moral et la réussite de l’événement historique. Si la morale fait défaut, l’événement historique n’est voué ni au succès ni à la continuité, même si la force matérielle lui est garantie.

Parallèlement, la finalité du récit dans le Coran dénonce l’idée de l’absurdité de l’Histoire de même que la perspective de civilisation qui, elle aussi, assure que l’Histoire est régie par une tendance d’amélioration. Plus on se soumet aux instructions divines et on évite les interdictions, plus les conditions humaines s’améliorent. Le récit coranique illustre en fait une orientation historique vers le vrai et le bien.  

Une troisième caractéristique: Le courant civilisationnel estime que la religion, et non la politique, est l’axe du mouvement de l’histoire. Comme résultat, nous pouvons souligner deux faits: le premier fait est la continuité de l’histoire, garantie par l’éternité de la religion, et son effet continuel sur l’homme. Le deuxième fait est la réduction de l’idée de l’héroïsme individuel, de la sacralisation de la personne et de l’exagération  de son rôle. Par là, la communauté advient au statut, qui lui revient de droit, de créer l’histoire car la religion est basée sur l’idée de l’importance de la communauté. Les prophètes sont alors fortifiés par l’adhérence des croyants à la religion et ainsi, rédiger l’histoire de ces prophètes par les historiens revient à une rédaction de l’histoire de la communauté toute entière.

Selon le projet de cette recherche de référence, l’enregistrement historique des classes sociales a lieu hors du cercle de pouvoir. Et par là, on parvient à rendre compte de la participation active de ces classes aux causes de la umma. C’est dans ce contexte aussi qu’on observe le rôle de la femme dans la vie sociale et culturelle. On se rend compte, de même, de l’espace consacré à la femme, ce qui met en cause l’allégation de la marginalisation intentionnelle du rôle de la femme dans les registres historiques. 

En quatrième lieu: La méthodologie de l’écriture historique est influencée par la Révélation, source des sciences islamiques. L’historien musulman a pu déceler une différence fondamentale entre deux types de femmes : les femmes entre croyantes et les mécréantes. En poursuivant cette méthode, l’historien a établi une règle régissant le processus de l’enregistrement. Il a mis en lumière les modèles de femmes pieuses et savantes en matière religieuse, ou celles qui ont dédié leur fortune au service de la umma, soit par un waqf ou par des donations. Celles-là ont joui d’un grand espace dans les biographies ou de description sociale. Par contre, celles qui ont dévié du chemin de la piété ont juste été mentionnées de manière concise.

Toujours dans ledit projet, on détecte clairement la perspective de civilisation, puisque l’historien ne tombe pas dans le piège de la partialité en omettant les aspects négatifs au profit de la gloire du passé, mais il présente la vie humaine dans toute sa réalité. Toutefois, il a mis en exergue le composant moral comme étant l’objectif du processus historique, d’après le Saint Coran.      

Cinquième observation: de même l’enregistrement historique fut influencé par le style coranique, qui se divise en deux types de discours: un discours général comprenant les formules telles que ” ô les hommes” ou “ô les croyants”. Et un discours spécial qui constitue une exception dans le texte et qui n’est consacré qu’à certaines questions spécifiques.

La primauté du discours général est due au style coranique qui ne porte aucune discrimination générique sauf au niveau de la foi. Le discours s’adresse aux “musulmans” signalant la communauté générale des croyants, sans cloison ni spécification. Il en est de même pour le discours historique qui adopte ce même concept. Il ne faut donc pas considérer que le discours s’adresse aux hommes en excluant les femmes car en fait le terme des “musulmans” indique aussi bien les femmes que les hommes.

La participation de la femme est enregistrée sous des rubriques générales.  L’historien considère que sa présence est évidente et naturelle. Quand l’historien traite un événement spécifique ou l’histoire d’une ville donnée, il aborde alors tous les détails et il mentionne la contribution de la femme et la vivacité de son rôle, ce qui fait défaut dans les livres de l’histoire générale. Ce phénomène nécessite un effort de la part des chercheurs pour épier les traces de contribution de la femme dans les différentes situations.

Pour résumer, nous pouvons dire que pour étudier cette problématique méthodologique et sa relation avec une omission intentionnelle possible du statut de la femme reflétant une tendance masculine, il faut en premier lieu diversifier les sources et les documents. Il est d’autant plus important encore de formuler un cadre théorique de lecture prenant en considération la nature de chaque époque et non pas de la juger selon les critères d’autres cultures ou civilisations, ni selon les critères de l’orientalisme traditionnel ou moderne. Ainsi, en abordant l’histoire de la femme par une méthode prospective, il faut laisser le champ libre aux documents pour qu’ils dévoilent leurs secrets dans le cadre de la perspective de civilisation. Ce qui s’avère évident dans les recherches s’intéressant aux figures féminines emblématiques dans l’histoire islamique.

Quel est le plan de ces modèles? Et quelles sont les significations qu’on pourrait en relever?

Il n’est guère question de citer tous les modèles qui ont fait l’objet des études exhaustives de chercheurs, mais on aborderait plutôt ici le schéma des prototypes en les commentant. Nous en citons deux recherches qui s’intéressent à classifier les modèles historiques.

Dr. Omayma Abou Bakr classifie des modèles de femme dans l’histoire comme rapporteuses de hadiths, jurisconsultes ou mufties, femmes  médecins, adoratrices de Dieu et adeptes du soufisme. Ce qui importe dans l’étude de Dr. Omayma ne sont pas seulement les détails qu’elle avance, ni l’étendue temporelle, mais plutôt, les significations qui imposent la révision des questions ou des causes concernant la femme, telles:

La participation de la femme dans le domaine de l’enseignement des sciences religieuses sans restriction, l’enseignement aux hommes sans embarras, tout en admettant ses facultés de raison et de compréhension, ainsi que le prestige de la femme instructrice. La pratique de la fatwa, avant la reconnaissance de la fatwa comme institution sous le règne des Ottomans, son intégration dans l’activité de la société contredisant ainsi les avis disant que la femme n’a travaillé dans l’espace public qu’au XXème siècle ou bien ceux qui appellent au retour de la femme au foyer comme aux premiers temps de l’islam.

Les déductions avancées par Dr. Omayma Abou Bakr assurent deux résultats: le caractère masculin de l’histoire islamique est erroné. De même la relecture de l’histoire de la femme dans des documents inédits ne doit pas être détachée du contexte social.

Dans une autre étude effectuée par Dr. Rukaya El ‘Elwany (spécialiste des sciences islamiques), la chercheuse a abordé la classification du point de vue développement. Elle a cherché le rôle de la femme dans les différents domaines de développement: le développement culturel (l’instruction, l’éducation, la jurisprudence), le développement économique (l’héritage, le droit de travail en tant qu’obligation divine, les types de travaux répondant aux conditions du  char’ et aux exigences de la famille et de la société), le développement familial (le mariage, les droits conjugaux), le développement politique (l’acte d’obéissance au souverain, l’hégire, le djihad). Nous remarquons que cette classification aborde le contenu des droits dans l’histoire du fiqh, de la politique, de la sociologie et de l’économie.

Si Dr. Rukaya n’a pas donné de significations directes aux rôles de la femme, soit pour combler les lacunes des recherches historiques soit pour présenter la réalité contemporaine, elle a, toutefois, porté soin à expliquer les facteurs de développement du rôle féminin dès l’aube de l’ère prophétique, passant par les temps qui l’ont suivie. Nous considèrerons plus cette interprétation.

La lecture de l’étude de Dr. Rukaya suscite plusieurs interrogations concernant la discussion du machisme des historiographies par rapport à la présence exclusive des femmes des sultans:

Quelle est le poids du politique vis-à-vis du social? Pourquoi la célébrité des femmes des sultans ou leurs servantes surgit-elle uniquement? Où est la femme ordinaire? Cette dernière a-t-elle un rôle dans le domaine de l’éducation et du travail plus que dans les domaines politique, économique ou durant les guerres? Dans quelle mesure ce rôle est-il mentionné? Est- ce qu’on aborde les rôles de la femme dans le contexte des droits ou  des obligations? La perspective de civilisation doit-elle conjuguer entre les droits et les devoirs, entre le matériel et les systèmes de valeurs? 

Le troisième groupe: L’interprétation matérielle du développement du rôle de la femme vis-à-vis à l’interprétation religieuse:

Si le deuxième groupe a traité la problématique méthodologique de l’omission de la femme dans les textes historiques, le troisième groupe, lui, propose l’explication de la fluctuation dans développement du statut de la femme au cours de l’histoire selon différentes perspectives.

En fait, les études sur la femme ont surtout porté sur son statut au cours des temps modernes, alors que son statut au cours des ères passées est peu connu, hormis sa présence dans l’ère prophétique. C’est pourquoi l’idée générale au sujet de la femme musulmane contemporaine est à la base de la question de la femme en tant que question de modernité vis-à-vis du traditionalisme.

C’est pour cette raison que les études pionnières dans le domaine de la question féminine ont été influencées par le courant de recherche occidental, soit du point de vue méthodologique ou du point de vue  finalité, et ce en s’intéressant aux effets des institutions et des concepts de l’État nation et leurs effets sur la séparation entre le général et le particulier. Cependant, le statut de la femme musulmane au cours de certaines époques islamiques (les seizième et dix-septième siècles) ne correspond pas aux généralisations des orientalistes en ce qui concerne l’étanche séparation entre le public et le privé, soit au niveau du code personnel, de l’activité commerciale ou d’investissement. Il est à noter dans ce contexte, que les études critiques de l’Histoire européenne ont abouti à une déduction similaire impliquant que le statut de la femme en Occident au moyen- âge n’était pas aussi dégradé que prétendu, au point de rejeter la femme hors du contexte historique. Ce qui est advenu dans la modernité du point de vue restrictions sociales et culturelles a eu lieu comme résultat de la séparation entre les sphères générale et privée, séparation qui n’existait pas au moyen-âge avec autant d’acuité. Comme conséquence, la séparation entre le général et le privé dans l’histoire européenne moderne a restreint le rôle de la femme au privé pour relier l’homme au public.

Remarquons que ces études, concernant la femme en islam ou en Occident n’ont pas eu recours à la référence religieuse, soit au niveau du fiqh ou de la civilisation. Or, en étudiant l’histoire de la femme en islam on doit s’arrêter sur deux points essentiels: la civilisation et le fiqh.

Dr. Mona Aboul Fadl a entamé dans un premier temps (les débuts des années 90) la révision du concept moderniste de la question féminine et ce, en se basant sur une perspective de la civilisation islamique, autrement dit, une perspective monothéiste.

Cette perspective de civilisation (qui se sert de l’Histoire pour certaines méthodes ou certains buts) a été l’objet de maintes critiques, de même que la théorie féministe occidentale appliquée aux sociétés arabes et musulmanes. Selon Hoda Alsadda, cela est dû à la prise de conscience de la spécificité des conditions et des défis du vécu dans chaque pays ou région et l’influence de l’identité culturelle afin de cerner les questions, les agendas, les solutions ou enfin les processus de recherche.

D’où l’apparition du concept du “féminisme islamique” qui suscite les argumentations entre pour et contre. Les contradicteurs assurent que la perspective de civilisation est plus adéquate, tandis que les préconisateurs trouvent que le féminisme islamique entend chercher les droits des femmes en se  référant à leurs racines islamiques et trouve nécessaire de faire la critique et la révision du modernisme occidental. Ce concept dépasse la dichotomie traditionnelle du modernisme vis-à-vis l’islam, il signifie, en outre, le refus de l’idée que l’islam forme une menace à l’occident.

D’autre part, des études ont fait appel à la dimension religieuse mais à partir d’une perspective jurisprudentielle, à travers des études comparatives du statut de la femme dans les religions monothéistes, et ce dans le cadre de l’évolution des caractéristiques sociales et politiques, accompagnant les époques de chaque religion. 

Il faudrait s’arrêter sur l’étude effectuée par Dr. Rukaya `Elwany sur ce sujet. Son étude comparative traite l’évolution du statut de la femme sous le christianisme et l’islam. Cette étude aboutit à plusieurs déductions, concernant l’époque prophétique jusqu’aux abbasides et les époques ultérieures, telles:

Le statut de la femme dans les sociétés chrétiennes ou juives avant les temps modernes est à la base de l’idée de l’infériorité. Alors que le modernisme a nui à la femme par d’autres formes.

Par contre, l’islam a assuré à la femme une position exceptionnelle qui a aidé à développer son rôle dans tous les domaines durant l’époque première de la vie du prophète suivie par celle des califes. Ainsi, selon notre propre lecture de Dr. Ruquaya, cette première époque  a instauré les droits de la femme et celle des califes les a renforcés par maintes applications, ce qui a représenté une transformation radicale en comparaison avec les périodes préislamiques.

Alors, quelle époque a-t-elle témoigné de la régression? Quelles en sont les formes? Qu’entend-on par “fiqh traditionnel”? D’après Dr. Ruquaya, l’époque des califes, celle des conquêtes, a eu pour conséquences certaine transformation des coutumes, transformation due à l’intrusion de quelques coutumes perses ou byzantines en relation avec les femmes et les servantes non arabes. Toutefois, le calife Omar ibn el-Khattab, “… ému par sa volonté de conserver les coutumes de la première société islamique et son refus de provoquer une mutation violente dans la société  pouvant avoir des répercussions à long terme, (…) a entretenu quelques procédures: regrouper les soldats, les conquérants et leurs familles dans certains centres devenus ultérieurement des grandes villes.” Dr. Ruquaya dit que le calife Omar a instauré une règle sociale, qui fait jusqu’à nos jours sujet de réflexion pour les intellectuels et les sociologues: les transformations et les changements sociaux nécessitent-ils des mouvements révolutionnaires ou se produisent-ils par un développement pacifique et graduel?” (Ruquaya El-Elwany, 2007)

Cette remarque faite par Dr. Rukaya révèle trois points essentiels: la femme est un des seuils du changement social. L’interaction culturelle avec l’autre dans la société est le deuxième facteur de ce changement. Et finalement, la vision perspicace individuelle du dirigeant commande et définit le trajet de ce changement et l’envergure de son influence.

Ceci dit, on déduit que le rôle de la femme sous les omeyades, les abbassides, les ottomans et la modernité a succombé à une diversité des influences extérieures -incontrôlées-  qui avaient des répercussions négatives. D’autre part, le fiqh a témoigné de quelques éléments intrus de la part des israélites, selon Dr. Rukaya dans son Introduction de l’ère omeyade:

“Les larges conquêtes ont eu comme conséquence de donner libre cours aux contacts avec les nations étrangères et les civilisations et religions précédentes, ce qui a accéléré le rythme de changement de la structure de la société islamique de ces jours. Étant donné que les traditions et coutumes de ces pays n’étant pas totalement anéanties du point de vue social ou autre, elles ont alors persisté parmi les habitants des nouveaux pays qui les ont accueillies pour influencer plus ou moins ces communautés. Parmi ces phénomènes d’influence, nous trouvons la tradition d’isoler la femme et de la mettre en écart. L’écrivain célèbre Carne Armstrong signale ces faits dans son livre intitulé L’évangile de la femme. Elle dit: ” Nous trouvons que les femmes aux premiers temps de l’islam, avaient joui d’un large espace de liberté, et que le harem n’a été connu en islam qu’après son contact avec le monde chrétien byzantin qui traitait les femmes de la sorte…”. (Ruquaya El-Elwany, 2007)

Dans son Introduction du règne des Abbassides, Dr, Rukaya signale:

“… On a vu apparaître le phénomène de la civilisation mixte entre les arabes et les autres communautés qui ont adhéré à l’islam dans cette période des Abassides  (132-232 de l’hégire). Les citoyens des nouveaux pays convertis à l’islam ont contribué à faire prospérer la nouvelle civilisation ayant comme religion l’islam et comme langue officielle la langue arabe. Même les groupes qui n’ont pas adhéré l’islam et ont conservé les religions juive, chrétienne ou les sabéens, ils ont eu la chance de jouer des rôles politiques ou administratifs dans  cette civilisation.

Les musulmans n’ont pas changé les modèles sociaux dominants dans les pays conquis par l’islam. La femme, notamment en Perse, vivait à l’écart de la vie sociale et été traitée en individu inférieur. Cet état continua après la conquête, le rôle de la femme restant confiné aux soins portés à ses enfants, loin de toute relation avec l’homme.

D’autre part, cette époque témoigna de l’infiltration des récits israélites dans les œuvres d’exégèse, par l’intermédiaire des convertis juifs ou chrétiens à l’islam. Les détails cités dans ces israélites déviaient de l’objectif philosophique du Coran par des récits agencés dans le but d’obtenir une certaine signification, loin des détails …”. Ruquaya El-Elwany, 2007)     

Tous ces facteurs – l’apparition d’une classe de servantes non arabes, l’ouverture vers l’autre, la prospérité de la civilisation, l’état de nonchalance et de luxe et les israélites- ont contribué à affecter graduellement le statut de la femme. Dr. Rukaya continue à observer les rôles de la femme dans le développement tout en signalant qu’ils n’étaient  ni au même niveau, ni de la même nature comme auparavant. Elle passe en revue certains exemples de femmes célèbres au cours des règnes abbassides et ottomanes et dont le nombre était restreint. Elle ajoute qu’elle trouve un autre élément important : ” Les grandes transformations dans les modèles accréditées de la pensée religieuse. Cette transformation  entre le modèle de l’ère des califes, que l’on peut appeler “l’Âge de conformité et d’uniformité” et celle du deuxième modèle, “l’Âge de la diversité et la multiplicité des approches et des attitudes” mène à l’apparition des différentes écoles confessionnelles et de leurs disciples. C’est alors l’ère de la polarisation intellectuelle qui a mené à la richesse et à la prospérité intellectuelle…” (Ruquaya El-Elwany, 2007)

Le parcours de Dr. Rukaya passe par l’époque ottomane vers la colonisation, l’indépendance et l’influence de la modernité occidentale. L’influence de l’étranger a affecté les attitudes qui deviennent plus relâchées et plus ouvertes à l’autre. Nous voyons apparaître alors comme réaction l’émergence des courants conservateurs dans le fiqh islamique, éloigné de l’esprit modéré de l’islam et ceci surtout en relation avec la question de la femme que ce soient que ce soit du point de vue droits ou devoirs. Là, encore une fois, Dr. Rukaya fait rappel aux israélites et au fiqh des recherches comparées en religion (le christianisme, le judaïsme, et l’islam). 

Pour conclure: Le statut de la femme a été affecté, soit au niveau de la pensée, du fiqh ou du réel vécu, par plusieurs facteurs dont les israélites, la binarité de la force interne et l’interaction avec l’autre ou la faiblesse et l’immixtion extérieure. C’est alors que la femme au vingtième siècle (époque de la résurrection islamique puis la mondialisation) est au sein des controverses intellectuelles, cognitives et politiques dans les diverses perspectives et dichotomies telles que modernité/traditionalisme, contemporain/authentique, privé/général, religieux/civil, intérieur/extérieur. L’étude de ces dichotomies a nécessité de passer en revue les différents pans de l’histoire islamique: l’histoire de la jurisprudence, l’histoire intellectuelle, institutionnelle et celle des pratiques. On peut noter l’intérêt que consacrent plusieurs études féministes à l’époque première de la prophétie et celle des califes, tandis que les époques suivantes sont passées plus ou moins sous silence. Les études féministes ultérieures s’intéressent aux temps modernes (l’ère ottomane et l’occupation étrangère des pays arabes jusqu’à nos jours). Les chercheurs concernés par le statut de la femme ont investi plusieurs problématiques méthodologiques. Finallement, il s’est avéré clairement que l’islam a produit une transformation catégorique du statut de la femme. Les droits et les devoirs de la femme ont été instaurés au temps du prophète, que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lu. Elles ont été fortifiés durant le règne des califes et ont eu des répercussions sous les omeyades et les abbassides. Toutefois, ce statut a sans doute témoigné d’une certaine régression par rapport au libre échange intellectuel qui a coïncidé avec l’état de faiblesse générale qui a frappé la umma et la multiplication des immixtions extérieures.

En d’autres termes, l’étude du statut de la femme à travers l’histoire de l’islam reflète l’état général de la umma, positivement ou négativement. De nos jours, on assiste à une ingérence extérieure qui renoue habilement entre le religieux et le culturel – civilisationnnel – et le politique/intellectuel. Cette ingérence a approfondi la fragmentation et a accru les menaces qui affrontent les processus de changements (visés par une perspective islamique de civilisation). Ce qui implique une stratégie de réactions contemporaines adéquates, évoquant les expériences du passé et examinant les types de développement ainsi que ses facteurs d’influence. Parmi les réponses recherchées, il y a celles concernant le statut de la femme musulmane contemporaine, étant donné que mère (umm en arabe) et  umma sont à peu près deux homonymes synonymes, dont les conditions sont proportionnées, à travers l’histoire, étant donné de même que la femme est un des axes de changements. 

Traduction : Amira Mokhtar*

 Revisé Par : Prof. Heba Machhour**

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[i] Une recherche présentée à la conférence “La femme au cours de l’histoire islamique de l’ère de la mission prophétique jusqu’aux abbassides”, Yazd, Iran, 17-18 Novembre 2007, 8-9 Dthul Qa`da 1428 de l’hégire.

[ii] Professeur de sciences politiques à la faculté d’Économie et de Sciences politiques, Université du Caire.

[iii] Mona A. M. Abul-Fadl: “Revisiting the Woman Question: An Islamic perspective, (in) Perry D. Lefebvre (ed.): Register: The Chicago Theological Seminar, winter – spring 1993, No. 1, 2. pp 28-52.

* Chercheur et traducteur égyptien.

** Professeur de langue française. Département de langue française. Faculté des lettres, Université du Caire.

الهوامش

(1) د. نادية محمود مصطفى (إشراف وتحرير): مشروع العلاقات الدولية في الإسلام، القاهرة: المعهد العالمى للفكر الاسلامى، 1996.   Dr. Nadia Mahmoud Moustafa

(2) مثل الدراسات حول: التطور في وضع المنطقة العربية في النظام الدولى بعد نهاية الحرب الباردة، أزمة الخليج الثانية والنظام الدولى، التحولات في آسيا الوسطى بعد سقوط الاتحاد السوفيتى ، الصراعات في البلقان والشيشان بعد نهاية الحرب الباردة.

(3) J. Lewis Gaddis: International Relations theory and the end of cold war, International Security, Vo 7, No. 3, Winter 1992/1993.

(4) محصلة دراسات وتدريس بين منظورات علم العلاقات الدولية وتوظيفها للتاريخ (وغيره من الأبعاد) مقارنة بمنظور إسلامى في هذا الحقل (فى): د. نادية محمود مصطفى: إشكالية البحث والتدريس في العلاقات الدولية من منظور حضارى مقارن (فى):د.عبد الوهاب المسيرى (إعداد وتحرير): أعمال المؤتمر الدولى الثانى للتحيز: مسارات متنوعة في المعرفة وحوار الحضارات، القاهرة: برنامج الدراسات الحضارية وحوارالثقافات، جامعة القاهرة، ومركز الدراسات   المعرفية بالقاهرة (2007). Nadia Mahmoud Moustafa

(5) د. نادية محمود مصطفى: التحديات السياسية الخارجية للأمة الإسلامية (فى) د. نادية محمود مصطفى (إشراف وتقديم): الأمة في قرن، عدد خاص من حولية: أمتى في العالم، القاهرة: مركز الحضارة للدراسات السياسية، دار الشروق الدولية ،2001، الكتاب السادس: تداعي التحديات والاستجابات والانتفاض نحو المستقبل. Nadia Mahmoud Moustafa

(6) د. أمانى صالح: حالة المرأة في العالم الإسلامى، أمتى في العالم (حولية قضايا العالم الإسلامى): العدد الثاني، القاهرة: مركز الحضارة للدراسات السياسية، 1999. Dr. Amany Saleh

(7) د. نادية محمود مصطفى: الأمة الإسلامية في عصر العولمة وقضية المرأة بين التحديات والاستجابات (فى) (مجموعة مشاركين) المرأة وتحولات عصر جديد، دمشق: دار الفكر، 2002. Nadia Mahmoud Moustafa

(8) فريدة النقاش: منزلة المرأة بين الفكر الدينى والفكر الفلسفى. Farida AlNaquach

(9) عبد الحليم أبو شقة: موسوعة تحرير المرأة في عصر الرسالة (دراسة جامعة لنصوص القرآن الكريم وصحيح البخارى ومسلم)، ط1، القاهرة: دار القلم، 1990. Abd Alhalim Abou Chuqua

(10) د.محمد عمارة: التحرير الإسلامى للمرأة: الرد على شبهات الغلاة، القاهرة: دار الشروق ، 2002. Dr. Muhammad Emara

(11)  د. منى أبو الفضل (إشراف وتقديم): المرأة العربية والمجتمع في قرن، دمشق: دار الفكر، لبنان: دار الفكر المعاصر،  2001. Mona  A. M. Abul- Fadl

(12) د. أمانى صالح: المرأة المسلمة بين قرنين : الإنجازات والتحديات (فى) د. نادية محمود مصطفى(إشراف وتقديم): الأمة في قرن، عدد خاص من حولية أمتي في العالم، القاهرة: مركز الحضارة للدراسات السياسية، دار الشروق الدولية، 2001، الكتاب الثاني (خبرة العقل المسلم: خبرات وتطورات وحوارات).

(13) مجموعة مشاركين: تحرير المرأة في الإسلام، (أعمال المؤتمر الذى نظمته اللجنة الإسلامية العالمية للمرأة والطفل، ودار القلم وعقد في جامعة الأزهر: فبراير 2003)، القاهرة: دار القلم ،2004.

(14) د. على ليلة (تحرير وإشراف): المرأة في مجتمعاتنا على ساحة أطر حضارية متباينة، أعمال المؤتمر الذى نظمه قسم الاجتماع – جامعة عين شمس ومركز الدراسات المعرفية في نوفمبر 2006، القاهرة .

(15) وثيقة تأسيس جمعية دراسات المرأة والحضارة ASWIC: منطلقاتها وأهدافها وإطارها الفكرى وأنشطتها والنشرات العلمية الصادرة عنها ، موقع الجمعية على الرابط:

muslimwomenstudies.com/aswic///:http

(16) د.أمانى صالح: خبرة وحدة دراسات المرأة والحضارة: بين الأبعاد التنظيمية والفكرية، (فى) د.نادية محمود مصطفى، د.سيف الدين عبد الفتاح (محرران): المنهاجية الإسلامية في العلوم الاجتماعية، العلوم السياسية نموذجًا، القاهرة: مركز الحضارة للدراسات السياسية، المعهد العالمى للفكر الاسلامى،2002. Dr. Amany Saleh

(17) وثيقة تأسيس كرسي زهيرة عابدين للدراسات النسوية بجامعة العلوم الإسلامية والاجتماعية بالولايات المتحدة الأمريكية .

(18) د. نادية محمود مصطفى: الاستخلاف في الأرض وإعمارها: تنمية شاملة أساسها الذكر والأنثى، (في): لتعارفوا، أعمال الملتقى الثقافي الفكري المنعقد في مدينة طرابلس، الجماهيرية العظمى في 2003، طرابلس: جمعية الدعوة الإسلامية العالمية، 2004 .  Dr. Nadia Mousatsafa

(19)                                  Mona  A. M. Abul- Fadl: ‘Revisiting the Woman Question: An Islamic Perspective,(in) Perry D. Lefebvre (ed.): Register, The Chicago

Theological Seminar ,Winter – Spring 1993, No.1, 2., pp 28-52.

(20) Mona  A. M. Abul- Fadl: “Islamization as a Force of Global Culture Renewal: The Relevance of Tawhidi Episteme to Modernity”, the American Journal of Islamic Social Sciences, Vol.2, 1988

(21) منى أبو الفضل : خبرة تطوير منظور حضاري لدراسات المرأة، (في): د. أمانى صالح (محرر)، مراجعة في خطابات معاصرة حول المرأة، القاهرة: برنامج حوار الحضارات(جامعة القاهرة) ومركز الدراسات المعرفية، 2007.

(22) منى أبو الفضل: الوقف وعمارة المرأة في الإسلام: قراءة معرفية في الخبرة التاريخية ودلالاتها المعاصرة بالنسبة إلى دور المرأة في التنمية، (في): نادية محمود مصطفى، رفعت العوضى( محرران ومشرفان): الأمة وأزمة الثقافة والتنمية، أعمال المؤتمر الدولي الذي تم تنظيمه في جامعة القاهرة(2004) بالتعاون بين: برنامج حوار الحضارات (جامعة القاهرة) ، المعهد العالمي للفكر الإسلامي، المعهد الإسلامي للبحوث والتدريب، القاهرة: دار السلام للنشر، 2007.

(23) هبة رؤوف عزت: المرأة والعمل السياسي: رؤية إسلامية، القاهرة: المعهد العالمي للفكر الإسلامي، سلسلة الرسائل الجامعية (18) قضايا الفكر الإسلامي، 1995.  Heba Raouf Ezzat

(24) د. رقية العلوانى: دور المرأة المسلمة في التنمية: دراسة عبر المسار التاريخي، البحرين، 2007. Dr. Ruquaya El Elwany

(25)  د. أميمة أبو بكر: التنقيب الوثائقي والتاريخي وإعادة بناء تاريخ المرأة، (في): د. أمانى صالح (محرر)، مراجعة في خطابات معاصرة حول المرأة، القاهرة، 2007  Dr. Umaima abou Bakr

(26) أعمال ومنشورات منتدى المرأة والذاكرة بالقاهرة (والتى تتضمن الدراسات التفصيلية التى اعتمدت عليها دراسة د.أميمة أبو بكر) .

(27) المناقشات حول دراسة د. أميمة أبو بكر (فى): أمانى صالح (تحرير)، مراجعة في خطابات معاصرة حول المرأة. (27) د. عبد الحميد أبو سليمان: “إشكالية الفساد والاستبداد في الفكر والتاريخ الإسلامي”، حلقة نقاشية عقدت في 15/11/2006، جامعة القاهرة: برنامج حوار الحضارات.

(28) ورقة من إعداد فاطمة حافظ وإشراف د.أمانى صالح ود. منى أبو الفضل، وجرت مناقشتها في دائرة مستديرة برئاسة أ.د. طه العلوانى. والورقة تحذت عنوان “المرأة المقاومة .؟؟..قراءة في تراث عصريِّ الأيوبيين والمماليك “، القاهرة: جمعية دراسات المرأة والحضارة، 2004.

(29) قراءة مقارنة بين توجه الأشاعرة والمعتزلة حول التاريخ وبين الفقه السنني والشرطي في: د.نادية محمود مصطفى: التاريخ والنظام الدولي: رؤية مقارنة، بحث مقدم إلى الندوة المصرية الفرنسية التاسعة ” العلوم السياسية والعلوم الاجتماعية: الآفاق والتوقعات، القاهرة: مركز الدراسات والوثائق الاقتصادية والقانونية والاجتماعية ومركز البحوث والدراسات السياسية – جامعة القاهرة، فبراير2000.

(30) د.نادية محمود مصطفى: أفكار حول إسهام التراث الخلدونى في الفكر الدولي والنظرية الدولية : دراسة في الإشكاليات المنهاجية، (في): أعمال المؤتمر الدولي بمناسبة مرور ستمائة عام على وفاة ابن خلدون، بالتعاون بين مكتبة الإسكندرية، والمجلس الأعلى للثقافة والعلوم والفنون في القاهرة والإسكندرية، ديسمبر 2006 Nadia Moustafa

(31) د. هيثم الخياط: لسان العرب بين التذكير والتأنيث، (في): د. نادية مصطفى، د. سيف الدين عبد الفتاح (إعداد وإشراف)، أمجد جبريل (تحرير)، أعمال مؤتمر “اللغة والهوية وحوار الحضارات“، جامعة القاهرة: برنامج حوار الحضارات، 2006.  Dr. Haitham El Khaiyat

(32) نتائج القراءة المقارنة بين أعمال أميرة سنبل ، هدى لطفى، عفاف لطفى السيد، نيللى حنا، (فى): أميمة أبو بكر، 2007

(33) كما جاء في مداخلات: نادية محمود مصطفى، هدى الصدة، دينا الخواجة، أمانى أبو الفضل: (في): ” النسوية الإسلامية والمنظور الإسلامي بين رؤى الماضي والحاضر”، حلقة نقاش في ندوة “قدرية حسين وقضية الانتماء”. إعداد وتنظيم مؤسسة المرأة والذاكرة في مكتبة القاهرة الكبرى،2004.

(34) نتائج دراسة العلاقات الدولية في التاريخ الإسلامي، (في): د. ودودة بدران: وضع الدول الإسلامية في النظام الدولي في أعقاب سقوط الخلافة العثمانية (1924 – 1991)، (في) د. نادية محمود مصطفى (إشراف وتحرير): مشروع العلاقات الدولية في الإسلام، 1996.

(35) انظر العددين الأول والثاني من: حولية أمتي في العالم، العدد الأول: عن العولمة والعالم الإسلامي، والعدد الثاني: عن العلاقات البينية الإسلامية المعاصرة.

عن أميرة مختار

شاهد أيضاً

Women’s Rights in Ijtihad

By: DR. Fatemah Hafez

Translated by Rehab Jamal Bakri

Cultural rights are an integral part of the human rights system guaranteed by Islam for all mankind. They include, among others.

Al-Muḥaddithāt in the Islamic History

By: Prof. Omaima Abou-Bakr

Translated by: Rehab Jamal Bakri

Did women work during the early Islamic centuries in the field of religious teaching, following the footsteps of the contemporary scholars and jurists? Did they taught students, males and females, and transmitted to them a beneficial knowledge?

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