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Le Féminisme Islamique: En tant que mouvement intellectuel

Dr. Amani Saleh

On entend par féminisme islamique “ce courant intellectuel et ce mouvement qui optent pour libérer la femme, lui donner ses droits et lui procurer des pouvoirs sociaux en se référant aux dogmes de l’islam à partir de ses ressources principales: le Coran, la Sunna, et l’Ijtihâd.”

    Ce courant a émergé depuis deux décennies ou plus dans le monde islamique et en occident (via les communautés islamiques). Il a commencé sur un plan restreint, mais il n’a pas tardé à gagner du terrain pour se cristalliser en tant que discours ayant ses propriétés, ses finalités, et sa nécessité.

Les raisons d’existence de ce courant:

    On peut expliquer le courant du féminisme islamique par sa critique des conditions sociales et culturelles vécues par la femme musulmane contemporaine. Socialement, la femme souffre de conditions injustes imposées par la loi ou par les individus. Au niveau culturel, les femmes concernées par ce courant refusent les données intellectuelles proposées pour remédier au statut de la femme, soit localement ou mondialement. Et ce pour les raisons suivantes:

  • Refus des thèses occidentales fondées sur des principes controversés issus de la culture occidentale basée sur: la sécularité, l’égocentrisme de l’identité occidentale, l’homme-seigneur gérant  sa vie. Outre l’allégation d’être le seul représentant de la femme de par le monde. Partant du refus de séquestrer la question féminine, et de  l’orgueil occidental, le féminisme islamique a été institué à partir d’une hypothèse cruciale: la libération de la femme arabe et le fait de lui rendre équité et pouvoir pourraient se fonder sur des bases islamiques, indépendamment du projet occidental et émanant de conditions et de considérations propres aux femmes musulmanes, dans les pays à majorité musulmane et répondant à leurs besoins.
  • Il n’est pas seulement question de refus des thèses occidentales, mais il y a aussi un refus du discours local concernant la femme, et qui n’est pas à même de satisfaire les revendications de la femme musulmane ce discours s’est formulé en tant que:
  • Critique du discours réformateur moderne se basant sur le juste milieu, comme essence même de l’islam. Considérant le patrimoine islamique comme point de départ, tout en jetant la lumière sur ses aspects positifs et en négligeant les points de faiblesse. Dès lors, quoiqu’il invite à une approche moderniste de quelques questions, il considère la question du statut de la femme à partir d’une perspective masculine basée sur la distribution et la complémentarité des rôles entre homme et femme comme un élément de la réforme. Le Cheikh Imam Mohamad `Abdou est l’instituteur de ce courant qui consiste à mettre un terme au racisme hideux en faveur de l’homme, pour le remplacer par une masculinité modérée qui admet l’égalité entre homme et femme, tout en conservant une hiérarchie aussi bien familiale que sociale. On peut l’appeler une masculinité “bienséante” car elle souligne l’importance de l’équité, le respect, et la délibération qui doivent régner dans toute relation, tout en admettant la promotion sociale des femmes qui se démarquent de plus en plus. Parmi les représentants de ce courant figure, ultérieurement, le cheikh Mohammad al-Ghazali. Ce discours réformateur modéré, ne prévoit pas l’amélioration du statut de la femme à travers la critique du patrimoine, mais envisage de le réconcilier avec la vie actuelle par des consensus, et ce sur deux plans: tout d’abord insister sur les valeurs humaines universelles, ensuite opter pour une tendance sélective par le choix et/ou l’abandon de par le texte même du patrimoine.                  
  • Critique du discours fondamentaliste rigoureux: ce discours envisage la modernisation par la “résurrection” des textes authentiques, “pures” des sources islamiques premières, et le refus de toute hérésie, ou innovation liées à la religion.

    La problématique intellectuelle de ce courant réside dans la confusion qu’il effectue entre trois entités indépendantes: d’une part, les sources et les références de la religion, de l’autre les interprétations et les interactions avec les textes de référence, qui se sont produites en tant que patrimoine intellectuel (les exégèses, et la jurisprudence), et enfin les circonstances historiques, sociales et intellectuelles qui existaient aux  premiers siècles de l’islam, définis par les partisans de ce courant par “les époques pures”.

    L’intégrisme est, à vrai dire, l’ennemi déclaré de l’idée de l’équité vis-à-vis  la femme et du remaniement de son statut en société. Et ce, parce qu’il se confine historiquement et géographiquement à une époque dépassée de l’histoire humaine, où les conditions sociales et économiques ne permettaient à la femme qu’un rôle restreint. Cet état de chose ne condamne pas cette époque, mais condamne plutôt ceux qui s’agrippent à une époque désuète. Ce courant traite la femme comme source de séduction et de perturbation de la société.

  • Le courant islamique institutionnel: Représenté par les grandes institutions d’enseignement dans le monde islamique, à l’instar d’Al Azhar. Les représentants de ce courant hésitent entre les deux tendances précédentes, selon les conjonctures politiques dont ils représentent une partie. Outre l’adoption du principe du statu quo, ils ajoutent une nouvelle source d’assujettissement des femmes : ce sont les mœurs et coutumes qui font partie intégrante des valeurs du tribalisme arabe, et que le l’institution religieuse respecte et défend.
  • Le féminisme laïc contemporain: à son tour, ce courant ne représente pas une solution idéale pour les femmes musulmanes, et ce pour maintes raisons. Malgré que ses protagonistes vont loin quant aux revendications en faveur de la femme, elles adoptent une culture occidentale tout à fait étrangère, voire adversaire, à la culture islamique. Ce courant se réclame de l’occident; son discours, ses formules, ses revendications, ses principes, et même ses agents politiques et ses approches pour des solutions reflètent le prototype occidental, ce qui le rend lui-même étranger à la société non-occidentale. Ceci génère un manque de communication entre ses représentants et le peuple, mise à part l’élite empreinte du sceau de la mondialisation.

    Ce discours ne néglige pas seulement les éléments de la culture locale, il va jusqu’à les dédaigner, influencé par l’attitude du discours occidental qui se prévaut de la suprématie à l’égard de tout ce qui est oriental. Il faudrait ajouter une caractéristique essentielle de ce courant, à savoir la méfiance vis-à-vis de tout ce qui est religieux, (voir l’exemple de Dr .Nawal el Se`dawy), et surtout s’il appartient à l’islam, considérant a priori cette religion comme un handicap empêchant la femme d’accéder à ses droits, et comme une cause de toutes les formes de discrimination et de marginalisation. Par l’analyse de cette attitude, on conçoit un rapprochement étonnant avec le discours fondamentaliste; tous deux adoptent l’idée de “la frustration de la femme en islam” sans aucune preuve ni critique.                     

    Partant de cette analyse des différents courants actant au sujet de la femme, plusieurs protagonistes du féminisme islamique ont abouti à  deux déductions: tout d’abord, nul progrès dans le domaine de l’équité et des redevances de la femme n’est à espérer desdits courants. D’où la nécessité d’un courant féministe islamique. En fait, le féminisme islamique, stimulé par ses motivations, effectue des efforts inlassables jusqu’alors, promettant un effet remarquable dans la culture islamique, dépassant même la question de la femme. Dans un contexte qui hésite entre des revendications en faveur du patrimoine et des appels à adopter la modernisation, le féminisme islamique représente une réponse prometteuse en envisageant la formule de “la convergence entre l’authenticité et la modernité”.

Traits du féminisme islamique:

    Ce courant est en train de se cristalliser en tant qu’alternative intellectuelle, tout en faisant face à des difficultés diverses et à des obstacles posés par les courants rivaux, outre ses propres problèmes; néanmoins, on peut esquisser les principaux traits de ce courants, en ce qui suit:

  • Le référent sublime de ce courant est le Saint Coran et l’authentique tradition du prophète (que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui).
  • Le courant adopte une critique méthodique de toute autre source: jurisprudence, modernité, réforme, féminisme occidental, … etc.
  • Ouvrir l’espace à l’Ijtihad (raisonner sur les questions posées), face à un patrimoine qui adopte l’infériorité de la femme.
  • Le courant du féminisme islamique est encore dans le cadre de la production intellectuelle et académique, loin du raisonnement jurisprudentiel qui a trait avec la prescription ou la prohibition. N’empêche que maintes études traitent des instances jurisprudentielles en critique mais dans une perspective sociologique.
  • Le but visé par ce courant est de créer un nouveau modèle de la femme, apte à modifier les valeurs, les espaces et les registres concernant la définition de la femme, son rôle et sa position aussi bien chez les élites que chez le peuple. Ce qui aboutit en fin de compte à élaborer des instances jurisprudentielles, des lois, des politiques et des programmes, faisant écho à ce nouveau modèle.
  • Le courant s’ouvre sur tous les discours, les idées et les méthodes, sans aucune crainte ni préjugé. Il conçoit les réalités du monde contemporain d’une manière objective qui admet d’intégrer modernité et continuité du passé, spécificité et mondialisation dans un même creuset.
  • Il s’agit d’un discours ultra-politique qui se situe dans un contexte du développement constant des idées, des mouvements de réformes et des changements perpétuels des données.

 

Histoire, et contributions du féminisme islamique:

    Les essais de datation des origines du féminisme islamique varient selon le concept; si l’on considère le concept de la “question de la femme” selon une idéologie conservatrice dans le cadre de  “rendre équité à la femme et d’améliorer ses conditions suivant une perspective islamique”, on revient aux dernières années du dix-neuvième siècle et aux premières décennies du vingtième siècle, avec des intellectuels et des écrivains tels que Qasim Amin, Qadrya Hussein, Zainab al `Amilya, et Malak Hefny Nasef. 

    Mais en abordant le concept à partir de la perspective de l’égalité entre les sexes et de la spécialisation féminine réussie surtout dans le domaine de la production intellectuelle, tout en maintenant un point de vue critique sur les périodes précédentes, cette définition ne concerne que les dernières décennies du vingtième siècle. 

    D’après Margo Badran[1], chercheuse occidentale concernée par ce phénomène, “le paradigme du féminisme islamique date des années quatre-vingts”. Elle en énumère les preuves: l’un des prémices a lieu en Iran après la relance de la révolution du Khouminy, en témoigne  l’apparition du journal “zanan” qui appelle à la réhabilitation des droits de la femme dont elle a été dépourvue. Les écrivains de ce journal, elles, ont instauré leurs articles sur les interprétations du Saint Coran et la constitution de la république iranienne. Parallèlement, se forma en Afrique du Sud une entité nommée ” Musulmans de l’Afrique du sud”, groupant des femmes et des hommes musulmans de ce pays qui étaient des actants zélés contribuant tous au renversement de l’apartheid, l’un des régimes racistes les plus inhumains. Cette entité s’est préoccupée d’étendre les principes d’humanité, d’égalité et d’équité aux causes des musulmans dans le pays et s’est surtout attachée aux conditions aux femmes. Elle s’est consacrée à réaliser certains buts dont les plus importants: assurer l’accès des femmes aux mosquées et proclamer une communauté qui rassemble hommes et femmes sur le même pied d’égalité.               

    Le troisième cas qu’observe Badran est celui des migrants musulmans dans les pays européens et aux États-Unis. Dans ce cadre, les nouvelles générations et ceux qui ont embrassé l’islam se sont heurté contre des problèmes dont les solutions ne se trouvent pas dans le patrimoine traditionnel. Et surtout, la problématique qui concerne la contradiction entre les sens assimilés directement par le Coran comme l’égalité et l’équité, vis-à-vis du discours et des applications prêchés par le fiqh.

    Si Badran s’est satisfaite de ce recensement des débuts et des origines de l’idée, nous le considérons partiel et partitif. Partiel, parce qu’en général dans ses écritures, Badran confond entre ce qu’elle vit actuellement et personnellement  et l’histoire de ce courant. Partitif, parce qu’elle néglige maintes expériences dignes d’être mentionnées, qui ont paru dans d’autres régions du monde islamique et qui ont représenté l’essence même du modèle du féminisme islamique, comme c’est le cas  en Indonésie, en Malaisie et en Égypte. L’expérience vécue en Égypte serait la plus apte à analyser, vu notre contact direct avec elle.

    L’école du féminisme islamique a paru en Égypte grâce aux efforts de la regrettée Dr. Mona Abou ELfadl, professeure de sciences politiques à l’université du Caire. Rentrée en Égypte après avoir vécue aux États-Unis plusieurs années, elle s’est préoccupée de deux questions essentielles: la première est la nécessité de discuter les idées de féminisme occidental du point de vue questions et méthodes dans une perspective islamique, tout en lui offrant une critique de fond (cette tendance critique a été longtemps négligée promouvant ainsi un centralisme occidental). La seconde question est celle de la nécessité prépondérante de trouver des solutions aux problèmes de la femme musulmane d’un point de vue islamique, tout en assurant à la femme un rôle actif et principal basé sur les principes du Coran et de la tradition du prophète, et de remettre en question tout autre source.       

    Le professeure Mona Abou El Fadl a instauré une école féministe  en fondant la chaire de Dr. Zahira `Abdine pour les études féministes, qui s’est transformée en “La Société des études de la femme et de la civilisation”. À son tour, la société ne tarde pas à rassembler des féministes égyptiennes qui associent la tendance féministe à leurs racines islamiques à l’instar de Dr. Umayma Abou Bakr et d’autres chercheuses.

Les contributions du courant du féminisme islamique contemporain

    À ce propos, nous avançons les paroles de Dr. Molky el Charmany, une des notables militantes dans ce domaine, surtout pour les causes de mariage et de divorce. Elle dit :

 “On entend par féminisme outre la question de la femme, tout ce qui a rapport à la méthodologie issue des études féministes dans les divers branches de sociologie ou des sciences humaines, comme : (l’analyse du discours, la nouvelle école féminine de l’analyse historique, étude de l’histoire des concepts, etc.). (…) si l’on regroupe cet effort de production intellectuelle, on pourrait les diviser en cinq groupes:

  • Des études concernant le texte du Coran et le patrimoine exégétique (Ref`at Hassan, Amina Wadoud, Asma’ Burolus, Misam Farouky, Sa`dya Cheikh, Nevine Reda, Amani Saleh, Umayma Abou Bakr, Hend Moustafa).
  • Des études concernant le patrimoine des ouvrages du Fiqh (Ziba Mirhisny, Kichya Ali, `Aziza El habry).
  • Des études concernant les sciences du hadith (Faquih el din `abd el Qadir, Sa`dya el Cheikh, `A’icha Chawedry, Fatema Hafez).
  • Des études concernant la pensée mystique (soufisme) et son rôle réformateur dans la lecture du patrimoine de l’exégèse et de la jurisprudence.
  • Des études concernant les principes et les valeurs contenus dans le Coran et son rôle dans l’interprétation et la législation (khaled Abou el Fadl).

    En esquissant une comparaison rapide, on pourrait déceler les points communs entre ces écrivains en ce qui suit:

  • La critique du patrimoine d’interprétation à la lumière de la morale et des valeurs totales dans le Saint Coran qui doivent régner dans les relations humaines.
  • Le refus de vouer un caractère sacré aux ouvrages d’exégèse ou de les considérer comme des productions divines absolues.

    Quoiqu’il en soit, il existe des divergences de vision, de perspective ou des normes de pensée entre les représentants de ce courant, ils varient entre conservateur et révolutionnaire, ou préférant le juste milieu. Néanmoins, on n’est jamais frappé par des accusations de mécréance ou d’impiété, comme c’était le cas parmi les représentants d’autres courants islamiques. On peut considérer comme une des caractéristiques les plus importantes des féministes musulmanes la reconnaissance de la relativité de la connaissance humaine, sa diversité et la différenciation entre les constantes de la religion et les variantes de la pensée des humains.

    Il est certain que l’idée du féminisme islamique est encore dans ses phases préliminaires et affronte divers défis. Les féministes musulmanes sont toutes d’accord qu’on a besoin de plus d’études intellectuelles et académiques approfondies dans ce domaine. L’importance accordée à ce point est due à ce que l’authentification théorique et idéologique est une condition pour parvenir à développer des politiques et des programmes pratiques. Si les politiques émanent de visions authentiques, elles seraient plus homogènes et cohérentes, ce qui leur assure d’une part l’assentiment dans les milieux intellectuels et d’autre part l’indépendance vis-à-vis de la question de la femme en occident. D’où l’importance d’avoir un projet islamique pour réhabiliter les droits de la femme musulmane.

    Dès lors, le courant assiste à une période critique qui nécessite la cristallisation de ses valeurs principales et une trame solide des  connections entre ses différentes entités et ses nombreux  représentants de par le monde islamique afin de créer des discussions fructueuses concernant les questions primordiales.        

Traduction : Amira Mokhtar.

Revised : Dr. Heba Machhour

 

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[1] Margo Badran, “Islamic Feminism Revisited”, Countercurrents.org, 10 February, 2006.

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