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Modération, faveur, bienveillance: Concepts fondateurs de la société en Islam

Modération, faveur, bienveillance

Concepts fondateurs de la société en Islam

Par: Mohga Mashhour*

L’éthique en Islam est une question centrale car c’est la base solide permettant de construire l’édifice de la foi. Le musulman qui observe les bonnes mœurs pourrait atteindre le statut d’une personne pieuse comme le dit le Prophète – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – à ce propos : « Il n’y a rien de plus lourd dans la balance – le Jour du jugement – que les bonnes mœurs permettant d’élever la personne au niveau de celui qui jeûne et qui prie »[1].

Le Prophète – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – était un modèle à suivre pour tous les musulmans ; son surnom avant la Révélation était le « véridique » et le « digne de confiance ». Allah, le Tout-Puissant, l’a loué en disant : {Sublimes sont tes qualités morales ![2]}. (Al-Qalam, 4). Le Messager – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – nous a enseigné comment le musulman doit observer certaines qualités telles que : la générosité, l’honnêteté, la justice, l’humilité, la tolérance, la douceur. Il y a beaucoup de hadiths louant ces qualités comme à propos : de la générosité : « Celui d’entre vous qui croit en Allah et au Jour dernier doit honorer son invité »[3] ; de l’honnêteté : « L’honnêteté mène à la justice et la justice mène au paradis ; un homme, qui dit constamment la vérité, devient un véridique. Le mensonge mène à l’immoralité et à l’enfer ;  un homme, qui ment constamment, est considéré par Allah comme un menteur »[4] ; de la probité : « Rendez les choses confiées à celui qui vous les a données ; ne trahissez pas celui qui vous a trahi »[5]. « Celui qui nous trompe n’est pas des nôtres »[6] ; de la justice : « Ceux avant vous ont été détruits parce que si l’un des nobles volait, ils le disculpaient ; si l’un des faibles volait, ils lui imposaient la loi du talion. Par Allah, si Fatema, fille de Mohammed, avait volé, je lui aurais coupé la main »[7] ; de l’humilité : « Allah m’a inspiré le précepte d’être humble afin qu’il n’y est point ni oppression ni dédain »[8] ; de  la tolérance : « Qu’Allah prenne en pitié un homme tolérant lorsqu’il vend, tolérant lorsqu’il achète et tolérant en cas de litige »[9].

Ces hadiths ainsi que beaucoup d’autres ont été mis en vigueur par le Messager – paix et bénédictions d’Allah soient lui – durant sa vie pour mettre l’accent sur l’importance de la morale dans le quotidien des musulmans.

Les valeurs morales comme cadre d’action pour tout musulman

La vision islamique distingue entre les valeurs morales qu’un musulman doit observer – comme nous l’avons expliqué précédemment – et les qualités qui doivent être traduites à travers « les actes du croyant ». Ainsi, ces actes acquièrent une valeur propre les distinguant de la vision occidentale, les différenciant de la logique de la vision cognitive matérialiste. Les membres de la communauté se rassemblent pour réaliser ces valeurs dans tous leurs actes. Cela crée nécessairement une société qui se distingue sur le plan moral de toutes les autres sociétés car là prédominent la compassion et la fraternité loin du détachement et des conflits. Bref, tous ces concepts remplissent la condition d’appartenance à la vision islamique dont la modération, la faveur et la bienveillance.

Ces concepts sont complexes ainsi que sémantiquement riches puisque ceux-ci renvoient à plusieurs significations constituant un ensemble cohérent et non discordant. Il faut dire également que ces concepts renvoient à des significations présentes dans tout acte de sorte que le fait de les supprimer conduirait à une attitude non cohérente avec la vision islamique. Le contraire serait sa déviation vers une autre vision ne jouissant pas d’un cadre moral. Il convient de noter que ces concepts-cadres sont estimés de façon variable selon le temps et le lieu, les personnes ainsi que selon les circonstances de leur actualisation.

Premièrement : Le concept de la modération

La modération en langue arabe « الإعتدال» est un mot dérivé de la racine « ع د ل» qui génère celui de la justice « عدل» ; c’est ce que les âmes droites considèrent comme tel : position médiane entre deux conditions en termes de quantité ou de qualité, on dit qu’une stature est « modérée ou de taille moyenne » c’est-à-dire que la personne n’est ni longue ni courte.[10]

La modération est le juste milieu, loin de tout extrémisme. C’est l’aune à laquelle chaque individu devrait mesurer ses actes pour ne pas tomber dans la négligence ou l’excès. La modération est le contraire de la dérive, de l’abus et de la violence ainsi que le contraire de l’abdication et du renoncement. Il s’avère que nous sommes face à une valeur fondamentale dans la vision islamique, indispensable à tout un chacun dans tous les aspects de la vie : le culte, le travail, les dépenses, les relations humaines, etc.

Un noble hadith confirme cette valeur en ce qui concerne l’adoration d’Allah, le Tout-Puissant : « Trois groupes sont venus au domicile des épouses du Prophète – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – pour s’enquérir des devoirs cultuels. Lorsqu’ils en furent informés, ils se dirent :  Où sommes-nous par rapport au Messager d’Allah ? Ses péchés passés et futurs ont été pardonnés. L’un d’eux dit : Quant à moi, je prie toute la nuit. L’autre dit : Je jeûne tous les jours et je ne romps pas mon jeûne. Un autre a déclaré : J’évite les femmes et je ne me marierai jamais. Alors le Prophète vint vers eux et leur dit : C’est vous qui avez dit telle ou telle chose ? Par Allah, je suis le plus pieux d’entre vous : je jeûne et je romps mon jeûne, je prie et je dors et j’épouse les femmes. Quiconque s’écarte de ma Sunna n’est pas des miens »[11].

Nous constatons que la vision islamique met l’accent sur le concept de la modération en toute chose même les plus minimes comme par exemple dans la démarche d’une personne et dans sa voix : ” Sois donc humble dans ta démarche et baisse le ton de ta voix ! Rien n’est plus désagréable que le braiment des ânes “ (Luqman 19). Il faut observer une démarche « moyenne » entre vitesse et lenteur ainsi qu’un ton de voix entre haut et bas.

La modération consiste à profiter de tous les bienfaits d’Allah, le Tout-Puissant. Le Messager – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – a dit : « Mangez, buvez et habillez-vous sans excès ni excentricité.[12] « Quand il passa près de Saad alors qu’il effectuait ses ablutions, il lui dit : Ne gaspille pas l’eau ! Il dit : Ô Messager d’Allah, y a-t-il du gaspillage en ce qui concerne l’eau? Il lui a répondu : Oui, même si tu es au bord d’un fleuve avec de l’eau en abondance.»[13]

La modération doit se réaliser également en ce qui concerne les périodes de sommeil et d’éveil, du repos et du travail. Celle-ci concerne même les qualités : il est vrai que la tolérance est la capacité de pardonner aux gens, de ne pas nuire même aux malfaisants ainsi que de chercher une excuse pour une personne ayant commis une erreur mais il faut rendre justice et ne pas s’aligner sur le mensonge ou l’égarement ; c’est cela la modération dans la tolérance.

La modération est une position de valeurs à l’égard de l’argent ou de « tout ce qui est matériel ». En tant que valeur suprême dans la perspective islamique, celle-ci instaure l’équilibre entre la matière et l’esprit, les deux éléments de l’entité humaine. Ce concept général exige qu’on fasse preuve de prudence pour toutes les transactions et pour toutes les décisions. Il n’y a pas de supériorité de l’un de ces deux éléments sur l’autre mais un équilibre et une complémentarité entre eux.

La modération dans les dépenses est atteinte – par exemple – lorsqu’un musulman dépense sans gaspillage ni avarice : ses dépenses ne doivent pas le ruiner, ses économies ne doivent pas se transformer en thésaurisation épuisante. {Ces serviteurs qui, dans la gestion des biens, ne sont ni trop prodigues, ni trop avares, mais qui adoptent le juste milieu ;} (Al-Furqan – 67).

La modération dans les dépenses est évaluée par chaque personne puisque dépendant de son propre équilibre. Nous trouvons plusieurs ayas mettant en garde contre le gaspillage et la thésaurisation sans néanmoins poser des limites aux dépenses à effectuer : les dépasser signifie tomber dans le péché du gaspillage ou au contraire lésiner dans les dépenses au risque de tomber dans le péché de l’avarice. En termes de temps, de lieu et de coutume, ces limites sont relatives pouvant changer selon l’environnement et l’époque.  Nécessité et luxe en matière de dépenses sont déterminés également par la société, d’où ces ayas révélés uniquement comme avertissement :

{Ô fils d’Adam ! Portez vos plus beaux habits au moment de la prière dans les mosquées, mangez et buvez sans excès, car Allah n’aime pas les outranciers.} (Al-A’raf : 31).

{Ne tiens pas ta main [fermée, comme] enchaînée à ton cou, mais ne l’ouvre pas trop large non plus, au risque d’être blâmé et pris de chagrin.} (Al-Isra : 29)

{(…) Mais ne sois pas trop prodigue ! Les prodigues ressemblent comme frères aux démons ; or Satan est ingrat envers son Seigneur.} (Al-Isra-26,27).

Négliger le concept de la modération dans la jouissance des bienfaits d’Allah, le Tout-Puissant, mène nécessairement aux convoitises et aux désirs illicites. La vision islamique introduit le concept des « sept intestins » pour concrétiser l’idée de l’équilibre à travers ce noble hadith : « Le croyant boit dans un seul intestin, et l’infidèle[14] boit en sept. »[15] En effet, celui qui mange, boit ou consomme des biens par luxure et gourmandise est comparé au fait de manger pour sept personnes. Quant à celui qui mange avec modération et frugalité, cet individu évite toutes les conséquences négatives – tant physiques que sanitaires – résultant de l’excès.

Le luxe est considéré comme un concept antithétique à la valeur de la modération. L’éducation du Messager d’Allah – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – pour ses compagnons signale le danger de la corruption pour tout croyant puisque le détournant du fait de se rappeler Allah, le Tout-Puissant. Il faut se méfier de l’effet de tout ce qui est excessif sur la profondeur de la foi, avertissement concernant les riches et les pauvres.

Un noble hadith dit : « Omar ibn al-Khattab, qu’Allah l’agrée, vit un costume en fils d’or à la porte de la mosquée, il dit : Ô Messager d’Allah, si tu l’achètes pour le porter les jours de vendredi ainsi que pour recevoir les délégations. Le Messager d’Allah – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – répond : Ceci n’est porté que par ceux qui n’auront aucun droit dans l’Au-delà. »[16] « Un habit de soie a été offert au Prophète – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – il l’a enfilé pour la prière. Puis il s’en débarrassa en l’arrachant et dit : Cela ne convient point aux personnes pieuses. »[17]

Le luxe possède une alchimie agissant sur le cœur pour l’altérer, laquelle alchimie détournerait des bonnes mœurs. Ainsi, l’éducation prophétique avertit le musulman de ce danger quel que soit le degré de sa foi et de sa piété : le luxe excessif, aussi partiel soit-il, permet à Satan de s’infiltrer dans les âmes et les consciences.

Il s’avère que le concept de la « modération » est un concept fondateur de la vision islamique, absent des autres visions matérialistes. En effet, on le trouve souvent en contradiction avec les tendances économiques modernes qui incitent l’individu à consommer toujours davantage même sans besoin réel voire à en rajouter au profit des  entités économiques de production.

Deuxièmement : Le concept de la faveur

« Al-Ma’ruf » « المعروف» est un autre concept fondateur, caractérisé par une étendue sémantique très large pour s’adapter aux circonstances de temps et de lieu ainsi que des nouvelles donnes. Celui-ci renvoie essentiellement aux significations de la religion et du monde ici-bas[18] que nous pouvons résumer comme suit :

  • C’est toute action jugée bonne par la raison ou la transmission ; c’est le contraire du mal, c’est également ce qu’approuve l’âme.[19]
  • C’est aussi la générosité par les dépenses ou par les actes.
  • Enfin, c’est la coutume reconnue dans chaque société spécifique à un moment précis. « Ce qui est admis par la coutume équivaut à ce qui a été imposé comme condition » est une règle qui signifie que ce qui est habituellement pratiqué est considéré comme valable tant qu’il n’y a pas conflit avec un texte juridique.

Celui-ci est considéré dans le Saint Coran comme un terme « مظلة» au sens de « protection » renvoyant à plusieurs significations tant doctrinales que morales : c’est le monothéisme, la foi ainsi que le fait d’ordonner le bien et de proscrire le mal, etc. {Vous formez la meilleure communauté au monde : vous ordonnez le bien, proscrivez le mal et croyez en Allah.} (Al Imran-110). La vertu désigne toutes les bonnes actions indiquées par la charia ou le bon sens. C’est un terme qui résume toutes les significations de la bonté, c’est aussi le message de la communauté islamique pour tous les êtres humains.

Le Messager d’Allah – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – a souligné l’importance de la bonté pour l’équilibre sociétal ; cette valeur élève toute bonne action au rang de « صدقة» donation charitable méritant une  récompense : “Toute faveur est un acte charitable : saluer ton frère avec un visage souriant, verser de l’eau dans le récipient de ton frère, etc.”[20]

Sur le plan économique, la « faveur » est un concept complexe permettant d’établir un système de valeurs pour toute relation économique entre deux parties. C’est également toute action ou toute déclaration approuvée par la raison et la charia, déterminée par la coutume dans une société donnée à un moment donné. A travers cette définition, nous trouvons que celle-ci confère à la vision économique en Islam ses dimensions morales et humaines tout en lui donnant un cadre moral pour chaque acte de sorte qu’en la retirant, cette action perd sa valeur et sa finalité.

En Islam, ce concept ne peut être considéré comme un luxe ou un ajout puisque c’est un fondement cognitif de sa vision économique. Pour la vision islamique, il y a corrélation entre l’action économique et la valeur de la faveur à travers ses effets sociaux et ses rapports matériels. Les relations communautaires basées sur la faveur éliminent toutes les causes de discorde ou de conflit entre les membres d’une même société surtout quand il s’agit de relations ayant leurs propres réglementations comme l’héritage ou le commerce.

{Au cas où des proches [non héritiers], des orphelins ou des infortunés assistent au partage de la succession, qu’on leur en donne une part, et qu’on leur adresse de bonnes paroles.} (An-Nisa’ – 8). Il n’y a pas de droit légal pour les orphelins et les pauvres en ce qui concerne l’argent partagé entre des héritiers mais il existe néanmoins un droit moral et humain pour unir les cœurs et renforcer les liens sociétaux.

{Ne livrez pas aux insensés les biens qu’Allah vous a confiés et dont vous êtes responsables ; prélevez-en le nécessaire pour les nourrir et les vêtir et tenez-leur un discours rassurant.} (An-Nisa : 5). Là, Allah, le Tout-Puissant, nous exhorte à protéger l’argent contre le gaspillage des insensés mais il n’est pas approprié de les en priver ; il faut leur dire une parole bienveillante pour calmer le ressentiment.

En méditant ces ayas, nous remarquons que le concept « faveur » est d’une importance capitale dans les relations sociétales car il s’agit d’une qualité inhérente à l’activité de toute personne musulmane. Il ne suffit pas d’accomplir ce qu’Allah, le Tout-Puissant, a ordonné – faire l’aumône, gérer l’argent d’un orphelin, etc. – mais tous ces actes doivent s’accompagner d’une « faveur », c’est-à-dire de transmettre au destinataire des sentiments positifs comme le bien-être et la satisfaction. Respecter cette condition dans toute action économique la rend acceptable. {Une parole aimable, une attitude indulgente, valent mieux qu’une charité suivie d’un acte malveillant. Allah est Suffisant et Longanime.} (Al-Baqarah – 263).

Nous constatons également que la faveur est évaluée par tout un chacun selon ses propres critères. Par ailleurs, celle-ci est soumise aux coutumes ainsi que de l’altruisme selon une perception toute personnelle. « Hind, la mère de Muawiyah, a dit au Messager d’Allah – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – qu’Abou Sufyan est un homme avare. M’est-il permis de prendre secrètement de son argent ? Il lui a répondu : Prenez, vous et vos enfants, ce qui vous suffit sans excès.»[21]

Les sourates du Saint Coran esquissent un tableau complet des relations entre les membres d’une même famille, que ce soit en cas de mariage ou de divorce avec la faveur pour valeur dominante. Ainsi entre mari et femme : {(…) Les femmes ont autant de droits que de devoirs selon le bon usage.} (Al-Baqarah-228). {(…) Vivez en bons rapports avec vos femmes.} (An-Nisa-19). En cas de divorce, cette situation est longuement détaillée pour attribuer à chacun des partenaires leurs droits légaux. Allah, le Tout-Puissant, dit :

{(…) reprenez-les d’une façon convenable ou libérez-les selon le bon usage.} (Al-Baqarah – 231) {(…) Que l’homme aisé offre selon ses moyens et l’indigent selon les siens ; il s’agit là d’un don de bon usage, un devoir à accomplir par ceux qui font le bien.} (Al-Baqarah – 236). {Il revient au père du nourrisson de pourvoir à l’entretien et à l’habillement de la mère, suivant le bon usage, (…)} (Al-Baqarah : 233).

Pour le droit des orphelins, Allah dit : {Observez la conduite des orphelins, jusqu’au moment où ils atteignent l’âge de se marier. S’il s’avère qu’ils sont devenus capables, remettez-leur leurs biens. Ne vous empressez pas d’en profiter abusivement avant que les orphelins ne deviennent adultes. Si le tuteur est dans l’aisance, il doit s’abstenir d’en profiter ; s’il est pauvre, il peut s’en servir selon le bon usage.} (An-Nisa’ : 6).

Il y a là le cadre et le système de valeurs régissant les relations sociales et économiques en Islam. Sans celui-ci, la perception de la structure sociétale sur les deux niveaux économique et social est incomplète. Le bien, en tant que concept global et abstrait, est un élément fondamental pour toute action ou pour toute déclaration lui conférant la légitimité morale avec pour caractéristiques une vision et une culture basées sur l’empathie et l’altruisme.

Troisièmement : Le concept de la bienveillance

La bienveillance « الإحسان» signifie, d’un point de vue linguistique, la sincérité envers Allah, le Tout-Puissant, ainsi que le fait de Lui obéir, c’est le contraire de la malveillance.[22]  C’est également le perfectionnement du travail ainsi que le fait pour tout musulman de donner plus et de prendre moins et ce, de son plein gré : outrepasser les limites assignées par la justice.

Observer cette « qualité » est nécessaire dans tout travail et dans toute relation humaine car le but ultime est le fait de satisfaire Allah, le Tout-Puissant. {Faites bien les choses, car Allah aime ceux qui font bien leur devoir.} (Al-Baqarah : 195).

La « faveur » est une valeur ajoutée accompagnant chaque action quand la « bienveillance » en est une partie intégrante, autrement dit, l’une de ses composantes : c’est cette valeur qui engendre l’action elle-même.  Il est obligatoire de bien faire son travail, cela signifie remplir pleinement ses devoirs voire dans des domaines où la bienveillance n’est pas concevable. “En effet, Allah a prescrit la bienveillance en toute chose : si vous tuez une bête, achevez-la bien ; si vous l’abattez, faites-le convenablement en aiguisant la lame pour ne pas la faire souffrir.”[23].

Cette qualité ne concerne pas seulement les actions physiques mais aussi et surtout celles des cœurs et celles du culte. Le Messager de Dieu – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – définit cela en disant : « Adorer Allah comme si vous le voyez, et si vous ne le voyez pas, alors c’est Lui qui vous voit. »[24] Cela signifie qu’il faut prier avec humilité et sincérité, l’esprit libéré de tout le reste comme l’a dit le Messager d’Allah – paix et bénédictions d’Allah soient sur lui – à celui qui n’a pas bien fait sa prière : « Retourne et prie car tu n’as pas prié. »[25] Un autre hadith confirme ce même sens : « Quiconque accomplit convenablement ses ablutions, se délestera en même temps de ses péchés. »[26] Concernant le paiement de la zakat, Allah, le Tout-Puissant, dit : {Ô vous qui croyez ! Faites votre aumône en donnant des biens que vous avez acquis (…).} (Al-Baqarah-267) Cela signifie qu’il faut dépenser de ce que l’on  possède de mieux. Cette valeur doit accompagner toutes les actions de l’individu – à moins d’être non valides – : culte, transactions économiques et relations humaines. « Allah aime que lorsque l’un de vous fait un travail qu’il le fasse bien. »[27]

Il existe de nombreux domaines pour exercer cette qualité :

–  Être bon envers soi-même : {Si vous accomplissez le bien, c’est pour votre propre profit (…).} (Al-Isra-7).

–  Être gentil avec ses parents : {Ton Seigneur a ordonné de n’adorer que Lui Seul et de traiter le père et la mère avec bonté.} (Al-Isra-23).

– Être bon envers des membres de sa famille ou envers des voisins : {[Rappelez-vous] lorsque Nous reçûmes votre engagement, vous,  Enfants d’Israël de n’adorer qu’Allah, de prodiguer des bienfaits envers leur père et leur mère, leurs proches, les orphelins, les nécessiteux, de dire de bonnes paroles aux gens, (…).} (Al-Baqarah : 83).

– Dans la vie en général : {Ne semez pas la corruption sur terre, après que le bon ordre y eut été instauré. Implorez le Seigneur, par crainte et espoir, car la miséricorde d’Allah est toute proche du bienfaiteur.} (Al-A’raf – 56).

En revanche, les relations humaines sont fondées soit sur la bienveillance et la faveur, soit sur les droits et les devoirs ; la vision islamique préserve les uns et les autres entre les personnes. En fait, l’aya la plus longue du Saint Coran 282 – dans la sourate Al-Baqarah – insiste sur l’importance de l’authentification de la dette pour éviter tout litige entre créancier et débiteur. Cependant, nous y trouvons deux ayas le précédant portant sur le même sujet : {Si votre débiteur se trouve en difficulté de payer, attendez qu’il soit dans de meilleures conditions [pour rembourser] ; si vous lui consentiez une remise charitable, ce serait encore mieux pour vous, si vous saviez.} (Al-Baqarah : 280).

Le terme « إحسان» a de multiples dérivés : ceux qui font le bien, le meilleur, ils ont fait le bien, de la meilleure manière et bien d’autres. Celui-ci et ses dérivés apparaissent dans le Saint Coran près de 200 fois donnant une idée de l’importance qu’occupe cette valeur dans la vision islamique, La sincérité dans le travail qui mène au perfectionnement de celui-ci, le dévouement incitant à faire plus que ce qui est demandé, etc. relèvent de l’éthique du musulman. Allah, le Tout-Puissant, accorde à ces personnes un statut à  part : {(…) car la miséricorde d’Allah est toute proche du bienfaiteur.} (Al-A’raf – 56).

Le concept « بالتى هى أحسن» est apparu dans sept versets coraniques ; cette expression est formée à partir d’un superlatif censé être comparé à une chose moindre. L’absence de ce second élément est justifiée en rhétorique par le fait que cette chose est incomparable incitant au dépassement de soi.[28] Il y a, avec ces sept occurrences, une exhortation à faire toujours mieux sans se suffire de faire seulement le bien.

{Jamais le bien et le mal ne seront pareils. Repousse [le mal] par la générosité et aussitôt, celui qui te prenait pour ennemi deviendra un allie fidèle.}. (Fussilat – 34). Autrement dit, repoussez le mal de la meilleure façon possible, repoussez donc le mensonge par la vérité, repoussez l’ignorance par la clémence et repoussez la transgression par le pardon. Il s’agit d’une valeur constructive pour la civilisation islamique basée sur le principe déclaré par le Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui : « J’ai été envoyé pour perfectionner  l’éthique et la morale. »[29]

{Dis à Mes serviteurs d’échanger de bonnes paroles, (…).} (Al-Isra – 53). Toute déclaration doit non seulement être véridique et correcte mais  être surtout agréable et sage, c’est-à-dire « la meilleure».

Sur le plan matériel, ce terme apparait dans le contexte de la gestion des biens des orphelins : {Avant que l’orphelin ne devienne majeur, ne touchez à ses biens que selon le bon usage. (…)} (Al-An’am – 152), (Al-Isra – 34). Le responsable est en position de force, personne ne peut remettre en question ses décisions. Quant à son pupille, il est doublement en situation de faiblesse : d’un côté, c’est un jeune enfant et de l’autre, orphelin sans personne pour défendre ses droits. Cet aya et bien d’autres exhortent non seulement à ne prendre de l’argent des orphelins que pour le strict nécessaire mais de l’exploiter le mieux possible pour le faire fructifier. Il faut également que le tuteur dépense cet argent pour l’éducation de son pupille de la meilleure manière dans le présent ainsi que pour son avenir. Le hadith du Messager, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, dit clairement comment gérer au mieux l’argent d’un orphelin : « Quiconque prend soin d’un orphelin qui a de l’argent, qu’il le fasse fructifier à travers une activité commerciale ;  si non, celui-ci va diminuer jusqu’à disparaitre.»[30]

Par conséquent, la responsabilité du tuteur de cet orphelin ne se limite pas à conserver l’argent mais celle-ci va au-delà,  à savoir  l’investir pour le remettre doublé à cet orphelin à sa majorité. Le tuteur est totalement responsable de ses choix et du bon placement de cet argent sous la seule surveillance d’Allah, le Tout-Puissant, selon les limites assignées : le terme « le meilleur » est un concept appréciatif  régissant tous ses actes.

Là, nous pouvons étendre cette catégorie désignant « l’orphelin » à toute personne en état de faiblesse ou d’invalidité tout en incitant la (ou les) personne(s) responsable(s) à chercher à les soutenir de la meilleure manière. Les pauvres, les nécessiteux, les endettés, les malades et les voyageurs sont des personnes en position de faiblesse permanente ou temporaire ayant besoin de protection et de soutien.

La modération, la faveur et la bienveillance sont trois concepts fondamentaux de la vision islamique dans tous les domaines cognitifs et comportementaux.

Ce sont des « concepts mesure » de toute action pour juger si celle-ci est compatible ou non avec la vision islamique.

Ce sont également des « concepts de valeurs absolues » fournissant une vision différente de celle des systèmes matérialistes qui prônent seulement l’utilité.

Ce sont enfin des « concepts appréciatifs » à travers lesquels l’individu devrait juger – selon sa conscience – du degré de leur réalisation dans tous ses actes sur les deux plans personnel ou sociétal.

Traduit par:

Prof. Hedaya Mashhour**

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* Directrice du Centre Khotwa pour la documentation et les études. Secrétaire de rédaction du Contemporary Muslim Magazine.

[1] Rapporté par At-Tirmidhi à partir du hadith d’Abou Darda.

[2] Note de la réviseuse : Toutes les interprétations en langue française sont tirées de Le noble Coran et la traduction en langue française de ses sens. Complexe du roi Fahd, Al-Madinah Al- Munawwarah, 1427 de l’Hégire.

[3] Rapporté par Al-Bukhari à partir du hadith d’Abou Shurayh Al-Adawi.

[4] Rapporté par Al-Bukhari à partir du hadith d’Abdullah bin Masoud.

[5] Rapporté par Al-Bayhaqi à partir du hadith d’Abou Hurairah.

[6] Rapporté par Muslim à partir du hadith d’Abou Hurairah.

[7] Rapporté par Al-Bukhari, d’après le hadith d’Aïcha, Mère des Croyants.

[8] Rapporté par Mouslim, d’après le hadith de Iyad bin Himar.

[9] Rapporté par Al-Bukhari, d’après le hadith de Jabir bin Abdullah.

[10] Ibn Manzour (2003).  

[11] Rapporté par Al-Bukhari d’après le hadith d’Anas bin Malik

[12] Rapporté par Al-San’ani.

[13] Rapporté par Ibn Hajar d’après le hadith d’Abdullah bin Omar

[14] Le sens de l’incrédulité dans ce hadith n’a pas un sens doctrinal mais plutôt le fait de ne pas reconnaitre les bienfaits d’Allah.

[15] Sahih Muslim, d’après le hadith d’Abdullah bin Omar.

[16] Sahih Al-Bukhari, d’après le hadith d’Abdullah bin Omar.

[17] Sahih Al-Bukhari, d’après le hadith d’Uqba bin Amer.

[18] Ahmed Habron (2015). Le concept d’État islamique : la crise des fondements et la fatalité de la modernité (contribution pour revenir aux sources de la modernité politique). Beyrouth : Centre arabe de recherche et d’études politiques, 2e édition. (p. 110)

[19] Ibn Manzour (2003).

[20] Sunan al-Tirmidhi, d’après le hadith de Jabir bin Abdullah

[21] Sahih Al-Bukhari du hadith de la Mère des Croyants Aisha, que Dieu soit satisfait d’elle.

[22] Ibn Manzour (2003).

[23] Sahih Muslim, d’après le hadith de Shaddad bin Aws.

[24] Sahih Al-Boukhari.  Extrait du hadith d’Abou Hurairah.

[25] Rapporté par Al-Bukhari à partir du hadith d’Abou Hurairah.

[26] Rapporté par Muslim, d’après le hadith d’Othman bin Affan

[27] Rapporté par Al-Busiri, d’après le hadith de la Mère des croyants Aisha.

[28] Mustafa Jaber Al-Alwani (2015). « Les points de départ de la pensée politique islamique dans la réfutation des affirmations des orientalistes concernant l’Islam ». Magazine du musulman contemporain. (p.p.157-158).

[29] Musnad Ahmad, d’après le hadith d’Abu Hurairah.

[30] Sunan al-Tirmidhi., d’après le récit du grand-père d’Amr bin Shuaib.

** Professeur de langue française. Département de langue française. Faculté des lettres, Université du Caire.

عن هداية مشهور

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أ. د. محمد عابد الجابري

 تحكم "العقل العربي" النظرة المعيارية إلى الأشياء. ونحن نقصد بالنظرة المعيارية ذلك الاتجاه في التفكير الذي يبحث للأشياء عن مكانها وموقعها في نظام القيم الذي يتخذه ذلك التفكير مرجعًا له ومرتكزًا. ومن هنا ذلك "الإجماع" في الثقافة العربية على اعتبار العقل أساسًا للأخلاق.

الأسماء الحسنى: كيف تكون معاني تخليقية؟

أ. سمير فريدي

الحمد لله الذي له الأسماء الحسنى، والصلاة والسلام على نبيه المبعوث بالخُلق الأسنى، رحمة بالذكر والأنثى، وعلى آله وصحبه ذَوُو المقام الأسمى.

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