Lecture dans la pensée de Muhammad Chahrour Et son approche du Saint Coran

Lecture dans la pensée de Muhammad Chahrour

Et son approche du Saint Coran

Par: Docteur Medhat Maher*

En Islam, le renouveau est considéré comme étant l’un de ses fondements, l’un de ses principes et l’un de ses objectifs. C’est également l’une des lois d’Allah, Exalté soit-Il, dans Son univers et dans Sa création. Déployer des efforts afin d’atteindre la vérité est un devoir qui incombe à tout un chacun pour mettre à profit les dons d’Allah, un bon jugement et un cœur sain. Allah, Exalté soit-Il, exhorte tout être humain à raisonner : « C’est ainsi qu’Allah vous expose clairement Ses signes pour que vous raisonniez. » (Al-Baqarah : 242). Du même coup, Il condamne ceux qui ne réfléchissent pas, ne contemplent pas et ne comprennent pas : « Il n’y a pas pires créatures vivantes au regard d’Allah que les sourds et les muets qui ne raisonnent pas. » (Al-Anfâl : 22). Le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, a annoncé à sa nation cette bonne nouvelle à savoir qu’il y aurait un renouveau perpétuel de sa religion à travers les cycles des siècles, il a dit : « Allah enverra à cette nation au début de tous les cent ans, quelqu’un qui va se charger de renouveler sa religion. » (Sahih Abou Dawoud : 4291) Cette mission peut être réalisée par un individu, un groupe, des gens épars ou une institution. Le Prophète, paix et bénédiction d’Allah soient sur lui, nous a exhorté à pratiquer l’Ijtihad sans crainte : au cas où celui qui déploie des efforts tout en profitant des acquisitions de la science, commet une erreur, il sera toutefois rétribué pour ses efforts. Si le juge prononce avec succès son jugement après avoir déployé tous ses efforts, il aura deux récompenses ; s’il commet une erreur, il en aura une seule. » (Sahih Al-Bukhari : 7352) Travailler assidument mérite une rétribution même si la personne commet, par inadvertance, une erreur.

Il va sans dire que le vrai Ijtihad ainsi que le renouveau sérieux suppose une personne qui se prépare véritablement pour répondre à certaines exigences. En fait, il faut chercher à bien s’équiper à travers l’acquisition des clefs adéquates pour pouvoir « ouvrir » les portes fermées. Tout au long de l’Histoire de l’Islam, les érudits ont pratiqué les deux : le renouvellement global des questions ambiguës ainsi que l’Ijtihad partiel pour faire face aux nouvelles problématiques qui s’imposent. Il faut souligner que ceci a donné lieu à des discussions voire à des désaccords, sans se départir néanmoins du respect des principes fondamentaux, les savants donnant ainsi l’exemple aux gens ordinaires ; ces principes conditionnent la pratique de l’Ijtihad dont la plupart ne peuvent être contestées par les esprits sains. A l’instar des sciences naturelles telles la médecine et l’ingénierie, le renouveau dans le discours religieux doit rester confiné aux seuls spécialistes, connaisseurs des règles et de la méthodologie de ce domaine. L’ijtihad dans le domaine des sciences islamiques est en rapport à la vie d’ici-bas et dans l’au-delà pour l’individu, les communautés et l’humanité entière.

Il faut noter que la nation islamique a connu des périodes de stagnation marquées par l’affaiblissement de l’esprit du renouveau menant à une régression majeure de la civilisation dont nous subissons jusqu’à nos jours les effets. De nombreux innovateurs et Mujtahids (chercheurs dans le domaine des sciences islamiques) ont tenté d’y résister, certains ont réussi, d’autres non. Depuis plus d’un siècle, la nation assiste à des efforts sérieux afin de réanimer cet esprit en ce qui concerne les affaires religieuses et les celles matérielles ; ceci s’avère très compliqué.

Notons que parmi les lois d’Allah, Exalté soit-Il, chaque prophète trouve un ennemi parmi les criminels et que chaque innovateur ou groupe d’innovateurs trouvent des détracteurs pour s’opposer à eux ou pour les dénigrer. L’obstacle majeur est sans aucun doute les personnes qui prétendent participer au renouveau tandis qu’elles en sont incapables ; il n’en découle qu’un semblant de méthode ainsi qu’une production de mauvaise qualité.

Suivre l’historique de la littérature concernant le Saint Qur’an[i] montre à quel point les exemples sont multiples à cet égard que ce soit dans les temps anciens ou dans les temps modernes : d’aucuns prétendent que le Saint Qur’an tolère la prostitution à cause de leur compréhension erronée des paroles du Tout-Puissant, Exalté soit-Il : « Ne contraignez pas vos jeunes esclaves à se prostituer pour que vous en tiriez un profit en ce bas-monde, alors qu’elles désirent rester chastes. Si pourtant on les y oblige, Allah, en cas de contrainte, est pardonneur, clément.[1] » (An-Nour : 33)[2]. D’autres ont rendu licite le vin et tous les aliments prohibés sous prétexte que le verset suivant le confirme : « Ce n’est pas un pêché pour ceux qui ont la foi et font de bonnes œuvres en ce qu’ils ont consommé (du vin et des gains des jeux de hasard avant leur prohibition) pourvu qu’ils soient pieux (en évitant les choses interdites après en avoir eu connaissance) et qu’ils croient ( en acceptant leur prohibition) et qu’ils fassent de bonnes œuvres; puis qui (continuent) d’être pieux et de croire et qui (demeurent) pieux et bienfaisants. Car Allah aime les bienfaisants. » (Al-Ma’idah : 93). D’autres trouvent une exhortation à ne pas craindre le péché dans le verset suivant : « ô homme ! Qu’est-ce qui t’a trompé au sujet de ton Seigneur, le Noble. » (Al-Infitar : 6) Abu Nuas confirme : « Faites autant de péchés que vous le pouvez… parce que tu t’adresses à un Seigneur qui pardonne ». Pour d’autres, le verset suivant : « (…) de même que le péché, l’agression sans droit (…) » (Al-A`raf : 33) dit implicitement qu’il y a des péchés et des transgressions qui peuvent être tolérés. [3]. Il y a encore plus grave avec la prétendue divinité d’Issa « Jésus dans le Coran est la parole d’Allah, et la parole d’Allah n’est pas créée, donc Jésus n’est pas créé »[4]. Certains d’entre eux osent également affirmer que le Qur’an dit que le Ciel, l’Enfer et la Résurrection ne sont qu’illusoires, ce ne sont que des exemples pour inciter au bien ou détourner du mal en s’appuyant sur la parole du Tout-Puissant, Exalté soit-Il : « En outre, nous n’envoyons de miracles qu’à titre de menace. » (Al-Isra : 59)[5], etc.

Ces exemples – du passé – émanent de tentatives partielles mais actuellement, il y a une tendance appelant à « un changement total » : réfuter les méthodes suivies, introduire de nouvelles, déduire fondements de la foi et législations. Tout ceci à partir d’approches absurdes et inacceptables. Il faut dire que le renouveau a pris de l’élan avec la production d’Al-Alousy, Al-Qasimy, Al-Chanquity, Mohammad Abduh, Rachid Reda, Ibn Badis, Al-Maraghy, Mohammad Abdullah Deraz, et autres. En parallèle, des appels ont été lancés pour étudier les différents aspects du Qur’an considéré comme un miracle divin, et ce sur plusieurs plans : scientifique, rhétorique, stylistique, thématique, sociologique et civilisationnel. Contrairement à ces tentatives sérieuses, d’autres proposent d’étudier le Saint Livre comme étant un « texte littéraire objet de critique selon les méthodologies de critique littéraire de l’Occident » lesquelles méthodologies pouvant changer selon les chercheurs.[6] Au cours du dernier tiers du XXe siècle, celui-ci est abordé en tant que “texte social et humain (historicité) qui pourrait être lu et compris à la lumière de la sociologie et des sciences humaines et de ses théories modernes (la sociologie, la politique, l’économie, et la psychologie.)[7]

Les ouvrages de Muhammad Chahrour, ingénieur et écrivain syrien, s’inscrivent parmi ces tentatives récentes. Il y a là un exemple flagrant d’une approche non systématique et non scientifique du Livre Sacré. A travers des descriptions pompeuses, il se considère comme « l’un des pionniers du renouveau – après des décennies de décadence, de recul, et de rigidité de l’esprit arabe – détruisant les anciens concepts tout en présentant pour la première fois dans les temps modernes, les mots clés pour comprendre la révélation sacrée…[8] et ce, en transgressant les dits postulats ou constantes concernant les fondements du fiqh (principes de la jurisprudence), établis aux premiers siècles de l’Hégire sans aucun caractère sacré [selon lui]. Sans la transgression de ces fondements, on constate que tout renouveau est vain et ne peut être considéré comme tel. »[9] Qui est donc Mohammad Chahrour ? Quelle est son approche du Saint Coran, sa méthodologie, et ses opinions ?

  1. Muhammad Chahrour, et son attitude vis-à-vis du Saint Qur’an et de la coranologie.

Muhammad Dib Chahrour est l’un des écrivains contemporains, préoccupé du renouveau du discours religieux dans le Noble Qur’an. Il a présenté des idées qui ont fait l’objet de maintes controverses concernant la compréhension de celui-ci, de la tradition prophétique ainsi que de tout ce qui permet de les expliquer (la littérature exégétique, le fiqh et la linguistique). Sa carrière d’écrivain dans ce domaine a débuté assez tard à plus de 42 ans en 1980 dans la ville de Dublin en Irlande après avoir obtenu son doctorat en ingénierie civile. Selon son autobiographie, son intérêt pour la lecture dans les deux domaines religieux et linguistique s’est révélé tardivement avec les ouvrages de son ami docteur « Ga`far Daq el-bab » surtout sa thèse de doctorat intitulée Les caractéristiques structurelles de la langue arabe à la lumière des études linguistiques modernes[10]. Les ouvrages de « Ahmad ibn Faris », « Abou Ali al-Faresy », « Tha`lab », ainsi que certains avis d’Ibn Jiny lui ont permis de se lancer dans cette nouvelle voie.

Le séjour de Chahrour en Europe a eu son impact sur ses théories ainsi que sur ses idées intellectuelles ; l’influence de la philosophie et des méthodologies de critique occidentales sont prégnantes dans sa production. Il raconte qu’il s’engageait dans des controverses ainsi que dans des discussions religieuses avec des adeptes du marxisme – à titre d’exemple – pour en sortir perdant. Il explique ceci par la nature même de notre culture religieuse qui ne nous pourvoit point des bonnes réponses concernant un certain nombre de sujets. Chahrour ne précise point ce qu’il a lu des ouvrages de notre patrimoine ni ce qu’il accepte ou refuse de leurs idées ; tout comme la plupart des critiques à l’ère moderne, il se revendique des nouvelles méthodologies en abordant le Noble Qur’an et la Sunna.

Il souligne qu’il n’adhère à aucune école ancienne ou moderne mais il fait allusion au fait qu’il est l’un des adeptes du « courant de la lecture contemporaine du Saint Qur’an » ; on trouve également quelques citations des opinions d’Abou Aly el Farisy. Il y a aussi dans sa production des extraits tirés d’ouvrages marxistes ou de philosophes occidentaux en sciences naturelles surtout en ce qui concerne l’évolution darwinienne. Il s’avère que Chahrour appartient à l’école de la lecture moderniste du Qur’an ; Amin al-Khuly est l’une de ses figures les plus illustres ayant commencé par dire que Le Qur’an est un texte littéraire pour appliquer par la suite les théories littéraires (structuraliste, linguistique, et analyse du discours). Chahrour s’en distingue par deux concepts :

  • L’absence de synonymie (il n’y a pas deux termes ayant le même sens) : Chahrour est tellement convaincu par cette notion qu’il modifie la signification de tous les termes coraniques et législatifs pour inculquer à chacun un sens qui lui est propre. Ceci le distingue de la vision des anciens et des modernes ; son propre dictionnaire à cet égard fait de lui un cas à part sans lien avec les significations comprises par tous.
  • L’application de la méthode mathématique dans l’interprétation du Coran et de la législation : Pour comprendre les limites d’Allah, Exalté soit-Il, ainsi que Ses sentences, Chahrour a complètement changé toutes les règles de l’exégèse et de la jurisprudence, du licite et de l’illicite ainsi que les méthodes judiciaires. A travers cette tentative censée être « modernisante », il aboutit à des conclusions étranges que ne peut admettre l’esprit musulman que ce soit à l’époque ancienne ou contemporaine.

Les ouvrages de Chahrour s’inscrivent sous le grand titre : « Etudes islamiques contemporaines ». Ce sont : « Le Livre et Le Coran : lecture contemporaine » (1990), « L’Etat et la société » (1994), « L’Islam et la foi : système de valeurs » (1996), « Vers de nouveaux fondements du Fiqh : le Fiqh de la femme, le testament, l’héritage, la responsabilité de l’homme, la polygamie, le vestimentaire » (2000), « Assécher les sources du terrorisme » (2008), « Le Récit dans le Coran : introduction à la narration dans le Coran , l’histoire d’Adam » (2010), « Le Récit coranique : de Noé à Youssouf » (2012), « La Sunna du Messager et la Sunna prophétique : nouvelle vision » (2012), « La religion et le pouvoir : une lecture moderne de la gouvernance » (2014), « La mère du Livre dans le détail : lecture contemporaine de la gouvernance humaine … l’incohérence des juristes et des infaillibles » (2015), « Guide pour une lecture contemporaine de la sage Révélation : méthodologie et terminologie » (2016), « L’Islam et l’Homme : des résultats de la lecture contemporaine » (2016).

Chahrour a revu certains de ses ouvrages pour les republier sous de de nouveaux titres : « Le Livre et le Coran : nouvelle vision » (2011), « Fiqh de la femme : vers de nouveaux fondements de la jurisprudence islamique » (2015), « Vers de nouveaux fondements de la jurisprudence islamique : fondements de la législation sur le statut personnel : testaments – héritage – responsabilité de l’homme – polygamie – mariage – droit de possession – divorce – vestimentaire » (2018), « L’Etat et la société : destruction des villages et prospérité des villes » (2018). Notons qu’il a indiqué dans l’introduction de son livre « Assécher les sources du terrorisme » publié en 2008 que les quatre livres susmentionnés traitent de sujets en désaccord avec celui-ci ; il les a rectifiés car sa méthode est objective et s’autocorrige au fur et à mesure.[11]

II- Le point de départ :

En somme, nous pouvons constater que l’idée essentielle ou les postulats de base du courant de « la lecture contemporaine » est « le progrès ou l’évolution temporelle linéaire ». Ce courant se caractérise par : 1- L’invalidité des méthodes connues ou anciennes pour aborder le Saint Qur’an ou l’Islam. 2- La mise en œuvre des méthodes modernes (littéraire, herméneutique, physique) pour comprendre la religion et ses sciences tout en éludant celles démodées (!) 3- La nécessité de concilier les instructions de la religion à la donne actuelle pour toutes les activités humaines. Il faut dire que Chahrour – tout comme d’autres adhérents de ce même courant – ne s’est pas donné la peine de revoir de façon minutieuse les méthodes anciennes pour juger de leur validité ou leur non-validité. Par ailleurs, il n’a ni expérimenté les nouvelles méthodes pour juger de leur validité ni critiqué les valeurs et la philosophie de l’Occident désignées par lui comme étant « les valeurs de l’époque ».

Vu qu’il considère que sa production comme presque unique, Chahrour a présenté ses points de repère dans un ouvrage séparé intitulé « Guide de la lecture contemporaine : méthodologie et terminologie ». En voilà quelques idées[12] :

  • Les ayas de la sage Révélation représentent un Texte religieux et non pas une preuve scientifique, ceux-ci ne concernent donc que ceux qui y croient. Il incombe donc aux adeptes du Message du Prophète Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, de prouver la crédibilité du Saint Qur’an : c’est leur mission majeure. Notons toutefois que l’humanité entière devrait assumer cette charge, au su ou à l’insu : « Dirige tout ton être vers la religion exclusivement [pour Allah], telle est la nature qu’Allah a originellement donnée aux hommes – pas de changement à la création d’Allah -. Voilà la religion de droiture ; mais la plupart des gens ne savent pas. » (Ar-Roum : 30)
  • L’Histoire humaine, à travers son trajet scientifique, législatif, et social, est le plus à même de prouver la véridicité de la Révélation. Cette preuve peut être fournie par quiconque lit le Qur’an en pleine conscience et de façon méthodique, donc pas nécessairement rapportée par un compagnon, un successeur ou un juriste.
  • L’existence matérielle avec ses lois cosmiques et naturelles représente le Verbe d’Allah ; son langage s’exprime à travers les sciences telles la physique, la chimie, la biologie, la géologie, et l’espace, etc. Le quantum discret (Digital), et le quantum continu (Equations) en sont le mécanisme. Cette existence est autosuffisante, elle n’a besoin de rien en dehors d’elle afin de la comprendre ou de l’expliquer. Celle-ci est simplement honnête, ne ment à personne et ne triche personne sans favoriser quiconque pour être juste elle-même : « Et la parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et équité. Nul ne peut modifier Ses paroles. Il est l’Audient, l’Omniscient. » (Al-An`âm : 115)
  • Puisque la Révélation représente le Verbe d’Allah, celle-ci par principe s’auto suffit ; autrement dit, il s’agit d’y trouver les clefs pour la comprendre (dans l’exposé détaillé de l’ouvrage présenté). A l’image du cosmos qui s’explique par lui-même, Allah, Exalté soit-Il, est le Créateur de l’univers ainsi que Celui qui a révélé le Qur’an. « Et si l’un des associateurs te demande asile, accorde-le-lui, afin qu’il entende la parole d’Allah, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. Car ce sont des gens qui ne savent pas. » (At-Tawbah : 6)
  • Par principe, tout est permis à moins qu’Allah, Exalté soit-Il, ne le prohibe car Il est le Seul qui possède ce droit. Il possède également le droit de prescrire certaines choses et d’en interdire d’autres. Le Prophète, paix et bénédiction d’Allah soient sur lui, prescrivait et interdisait ; les gens peuvent faire de même : toute la différence réside entre interdire et rendre illicite. Il s’avère ainsi que dans le Livre d’Allah, Exalté soit-Il, les choses illicites se limitent à 14 seulement. Il s’ensuit que les fatwas concernant des choses illicites, sont toutes vaines[13]. Donc toute personne – dont les Messagers – ou toute institution législative, n’ont qu’un rôle limité, celui d’exhorter ou d’interdire : « (…) Prenez ce que le Messager vous donne ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous en, (…) » (Al-Hachr : 7). L’exhortation et l’interdiction s’actualisent dans un espace-temps déterminé tandis que le licite ou l’illicite est permanent. Le Messager, paix et bénédiction d’Allah soient sur lui, exhorte ou interdit seulement selon des circonstances bien déterminées. Ses paroles peuvent être supprimées puisque ce n’est pas une Révélation divine. Celles-ci peuvent être considérées comme loi civile pour l’organisation de la société en tant que chef suprême à qui on doit obéissance, laquelle obéissance concerne seulement ses contemporains.
  • Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, en tant que prophète avait le droit de réfléchir et de décider puisqu’il n’était pas infaillible : « Allah a accueilli le repentir du Prophète, celui des Emigrés et des Auxiliaires… » (At-Tawbah : 117). En tant que Messager et transmettant la Révélation, il est infaillible : « ô Messager, transmets ce qui t’a été descendu de la part de ton Seigneur. Si tu ne le faisais pas, alors tu n’aurais pas communiqué Son message. Et Allah te protégera des gens. Certes, Allah ne guide pas les gens mécréants. » (Al Mâ’idah : 67). Par conséquent, il y aura deux genres de Sunna : Sunna messagère et Sunna prophétique. Les 14 illicites se trouvent dans la Sunna messagère parce que la mission du Messager est de transmettre uniquement ce qui lui a été révélé. Quant à l’autre prophétique, celle-ci relève des décisions prises par Mohammed, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, en tant que dirigeant suprême de la communauté. Ainsi, lui obéir est obligatoire sur les deux plans en tant que Messager annonciateur et en tant que Prophète leader, représentant la loi. L’obéissance à la Sunna messagère est permanente, c’est à dire obligatoire aux musulmans de tous les temps puisque concernant les législations révélées par Allah, Exalté soit-Il. Par contre, la Sunna prophétique est intermittente puisque concernant les contemporains de Mohammed, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, sans concerner leurs successeurs.
  • La première condition pour adhérer à l’Islam, c’est la foi en Allah et au Jour dernier en toute soumission… La bienfaisance est ce qui caractérise la conduite du musulman. Donc, être « muslim » (au sens littéral du terme arabe : « soumis ») se définit par croire en Allah et au Jour dernier ainsi qu’accomplir de bonnes actions et ce, quelle que soit sa secte. Dans le Saint Qur’an, suivre Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, signifie être croyant tout en vouant une soumission totale à Allah, Exalté soit-Il, ainsi que l’application des rites de la législation. En fait, la différence entre les confessions réside dans les rites propres à chacune d’entre elles. Toute action spécifique aux « suiveurs » de la religion de Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, est partie intégrante de la croyance en sa Prophétie comme : les cinq prières, le jeûne du Ramadan, le quota de la zakat et la prière funéraire. Il faut préciser que l’application de ces rites fait partie des piliers de la foi, non pas des piliers de l’Islam : tout changement est considéré comme une hérésie refusée et interdite.
  • Les termes sont au service du sens qui détient et gouverne la parole. La fonction de la langue c’est de faire passer le vouloir-dire du locuteur à son auditeur non de lui faire parvenir le sens de chaque terme isolé. Connaitre le lexique d’une langue ne suffit point à la compréhension d’un texte, a fortiori s’il s’agit du Texte coranique. La pluralité sémantique se trouve dans la composition d’un texte non pas dans les mots utilisés. Quand on dit : « Le garçon a mangé une pomme rouge » cela implique qu’il y a d’autres couleurs pour les pommes. Quand on lit la parole d’Allah, Exalté soit-Il : {وَالإِثْمَ وَالْبَغْيَ بِغَيْرِ الْحَقِّ} (الأعراف 33)

« Dis : « Mon Seigneur n’a interdit que les turpitudes (les grands péchés), tant apparentes que secrètes, de même que le péché, l’agression sans droit et d’associer à Allah ce dont Il n’a fait descendre aucune preuve, et de dire sur Allah ce que vous ne savez pas ». (Al A`raf : 33). A travers l’expression « le péché, l’agression sans droit », nous trouvons – implicitement – qu’il y a des péchés et des agressions avec droit même si cela n’est pas dit explicitement : c’est ce qu’on appelle le non-dit.

  • La langue exprime la pensée, les deux se développent simultanément. Il existe une relation corrélative entre la langue et la fonction intellectuelle chez l’être humain puisque même les rêves se déclinent en paroles. La sage Révélation est certes d’une éloquence indépassable ne pouvant être égalée soit en ce qui concerne la performance des sens soit dans le fait de les transmettre à l’auditeur. C’est l’unique Livre qui représente à travers la totalité de ses ayas le juste milieu entre la prolixité ennuyante et la brièveté imparfaite.
  • De là à dire que la sage Révélation a permis le développement de la langue arabe en supprimant la synonymie entre les termes et entre les structures pour la faire accéder à l’abstraction totale lui permettant d’exprimer les grandes découvertes. Citons à titre d’exemple : “”اللوح المحفوظ : « La Tablette préservée » n’est pas “الإمام المبين” « un registre explicite ». Le Livre est autre que Le Qur’an. « لِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ ٱلأُنْثَيَيْنِ » : « au fils, une part équivalente à celle de deux filles » ; ne signifie pas que l’homme a le double du quota de la femme. « Cette Parole est tellement limpide », expression qui ne fait pas de la Révélation une rhétorique pure et simple, laquelle est la caractéristique de la poésie avec la synonymie, l’emphase et l’imaginaire. Dire que la « chamelle » a cinquante synonymes, renvoie à l’étape – primitive – précédant le caractère absolu de la langue avec la Révélation. Avant l’Islam, il était courant d’avoir plusieurs termes équivalents pour évoquer la même chose mais le Saint Coran a mis fin à cela pour éviter l’interférence entre les termes. Pourtant, le fait qu’un seul terme ait différents sens selon le contexte, est un phénomène qui existe dans toutes les langues, c’est l’un des critères de son évolution. A titre d’exemple, le mot « nisaa’ » est le pluriel du mot (femme) ainsi que le singulier du mot « nasî’ » (le mois intercalaire). Autre exemple avec le mot de « `abd » au sens d’esclave, celui-ci comporte le sens de la soumission ainsi que celui de la désobéissance ; quant au terme ‘amr : ordre, nous trouvons près de cinq sens, celui voulu est précisé par le contexte.
  • La Révélation sacrée se caractérise par sa précision extrême en ce qui concerne ses structures et ses sens. On pourrait rapprocher cette précision de celle des sciences telles la chimie, la physique et la biologie. C’est tout à fait logique partant de notre croyance que Le Créateur de ce monde, dès l’atome jusqu’à la plus grande galaxie, ainsi que le Créateur de l’homme est Lui-même Le Révélateur de ce Livre où se manifeste clairement la perfection du Créateur et l’unicité des lois. Dans ce Livre Sacré, chaque lettre possède une fonction, chaque mot sa mission ; Allah, Exalté soit-Il, dit (An-Nissâ`, 11) : « Quant aux père et mère du défunt, à chacun d’eux le sixième de ce qu’il laisse. » n’équivaut pas à : « À ces deux géniteurs, à chacun d’eux, le sixième de ce qu’il laisse. » Dans la langue arabe, l’évolution est très ressentie – en comparaison avec son état avant la Révélation – tout comme l’étude de l’univers, actuellement et au siècle précédent.
  • En interprétant les ayas du Saint Coran, il faut prêter attention à la langue qui relie la forme au sens car si la relation entre la structure et la signification est rompue, il y aura une infinité de sens. Dans notre lecture contemporaine, on part du principe que les règles et la standardisation sont venues suite à la Révélation. Donc, si Sibawaih (un grand linguiste) dit que le verbe doit se conformer au sujet – singulier ou pluriel, féminin ou masculin – et nous lisons l’aya « Voici deux clans adverses qui disputaient » (al-Hajj, 19) (dans la grammaire arabe il y a un emploi spécifique pour le duel, mais ici le verbe est au pluriel) cela ne signifie pas qu’il y a une faute grammaticale ; c’est plutôt ce linguiste qui n’a pas fait le tour de la question. Cela pourrait expliquer les différences entre les écoles grammaticales à propos de plusieurs points. Réfléchir sur les règles de la grammaire et de la morphologie nous amène à constater que celles-ci sont tirées de textes ; autrement dit, les règles suivent les textes rédigés par les anciens Arabes. Nous certifions que le texte – surtout quand il s’agit du Saint Coran –possède l’hégémonie sur les règles de la langue et non pas le contraire.

De ce qui précède, on déduit les points de départ de Chahrour qui aboutissent à des résultats très dangereux. Les plus importants sont :

  • Le fait de nier les constantes morales reconnues par la communauté musulmane telles la foi en en Allah, Exalté soit-Il, Ses Messagers, Ses Livres et Le Jour dernier. Il en va de même pour les lois stipulées explicitement, les sujets ayant le consensus général ainsi que tout ce qui est connu nécessairement de la religion comme le fait de faire la prière. Tout cela risque de saper les fondements de l’Islam laissant chacun agir à sa guise.
  • Vu la faiblesse de ses points de départs pour son approche du Saint Qur’an ainsi que pour sa compréhension de la législation, on aboutit à une absence de valeurs concernant les fondements du raisonnement et de la réflexion. Une image s’impose ici : en prétendant le progrès, faire sortir le musulman d’un village rural vers la sècheresse du désert tout en lui promettant de parvenir à une ville urbaine tumultueuse. Chahrour renie complètement la deuxième révélation qu’est la Sunna prophétique puisqu’il se méfie de ses rapporteurs.
  • Chahrour adopte comme points de départ pour sa lecture des variantes, des hypothèses. Ces critères s’accordent parfaitement avec ceux des sciences modernes mais dont les théories ne sont pas toujours ratifiées même dans les milieux scientifiques ; certaines d’entre elles sont bénéfiques pour l’humanité mais cela laisse le terrain libre aux tentatives tendancieuses en ce qui concerne la religion et ses fondements ainsi que la vie ici-bas et ses intérêts.
  • L’approche de Chahrour représente une déviation intellectuelle présentée comme étant de l’innovation et de l’Ijtihad ; celle-ci pourrait provoquer des réactions vives pour défendre l’Islam.

III- Sa méthodologie :

De tout ce qui précède, il s’avère que Chahrour appelle à rejeter les méthodologies traditionnelles de l’interprétation du Saint Qur’an ainsi que de la coranologie afin de mieux appréhender le Saint Livre selon une lecture contemporaine. D’une part, refus et de l’autre proposition : une méthodologie conçue, d’après les points de départ développés ci-dessus, sur les nouveaux acquis de la linguistique et de l’épistémologie. Il la définit comme suit[14] :

  • Aucun texte ne pourrait être compris qu’à la lumière de la logique.
  • La langue véhicule la pensée humaine que celle-ci soit véridique ou fausse. En d’autres termes, la logique ainsi que le respect des règles grammaticales d’un texte ne garantissent point son exactitude ; de même, l’harmonie de sa structure n’implique point sa véracité. L’inimitabilite du Qur’an ne réside donc pas dans les aspects déjà cités (rhétorique, structures, logique) mais il faut avant tout reconnaitre que le Texte coranique est véridique. De même, la législation dans le Message coranique est réelle et universelle ; quiconque essaye tout au long de sa vie de prouver la véracité du Message est compté parmi les véridiques.
  • Il va sans dire que la sage Révélation est véridique, vraie et conforme à la réalité ; tout ce que celle-ci avance est d’une importance majeure, exempte des nouvelles sans importance ou bien de celles déjà connues par tout le monde. Par exemple, nul n’a besoin de révélation pour savoir qu’un pot en argile se casse s’il tombe d’une hauteur, ni pour savoir que l’éléphant a une courte queue et une longue trompe. Quand Allah, Exalté soit-Il, dit « (…) Celui qui n’en trouvera pas les moyens la compensera par un jeûne de trois jours pendant la durée du pèlerinage et de sept jours lorsqu’il sera de retour, soit dix jours au total. (…) » (al-Baqarah : 196) ; ce verset dit que 7 + 3 = 10, information bien sûr connue par tous lors de la Révélation, il est donc illogique de la considérer comme inutile. Selon l’ancienne exégèse, si l’on omet le mot « au total » le sens ne changera pas mais c’est inacceptable qu’un mot soit superflu dans le Coran ou d’accepter l’idée que c’est pour nous apprendre le compte et le calcul. Il est nécessaire de faire une lecture attentive de cette aya qui respecte la véracité de la Révélation et l’absence de tautologie. Celle-ci doit tenir compte des acquis mathématiques non connus auparavant comme les différents types de calcul : le système décimal, le système septénaire, le système duodécimal, le système hexadécimal. Par exemple, « dix » dans le système duodécimal est incomplet mais complet dans le système décimal : c’est le sens voulu dans cet aya concernant le pèlerinage.
  • Il est impossible de comprendre la sage Révélation à travers la poésie préislamique car celle-ci reflète l’image de la société préislamique dans ses rapports avec l’esthétique et la morale. La Révélation, ayant ses propres paramètres, exprime des réalités qui dépassent cette époque-là comme certaines découvertes contemporaines : il y a là l’une des preuves de sa véracité. Ce sont les communautés qui participent à forger les significations selon l’évolution de leur savoir ; ces progrès cognitifs sont inscrits en creux dans la Sainte Révélation de sorte que ceux-ci sont en harmonie avec le Texte coranique.
  • La Sainte Révélation provient de la part d’Allah, Exalté soit-Il, qui est une Entité (existant par Lui-même), la Révélation est également une entité en soi. La permanence du Texte coranique en est la preuve, autrement dit, sa préservation – le Dhikr (le Rappel) – dans son expression orale. Ce Texte, du point de vue langue et prononciation, est constant puisque ni l’évolution ni le changement ne peuvent l’altérer. Personne ne peut posséder sa compréhension, globale ou détaillée, même si c’est un Messager ou un Prophète, sinon il deviendra ainsi l’associé ou le partenaire d’Allah – Exalté soit-Il. Nous pouvons, par contre, en saisir certaines de ses significations à travers la cognition dynamique, son sens « total » ne nous sera dévoilé que le Jour du jugement dernier.
  • La sage Révélation est la parole indirecte d’Allah, Exalté soit-Il, révélée ou inspirée à son Messager, paix et bénédiction d’Allah soient sur lui, par le biais de l’ange Gabriel. Par contre, il y a quelques ayas qui renvoient à la parole directe d’Allah à Moussa, paix sur lui, dans la vallée de Tuwa : « Allah a parlé à Moïse de vive voix » (An-Nisaa : 164). Les mots ou la Parole d’Allah, c’est l’existence et les lois qui la régissent au niveau de l’univers et au niveau de l’humain. Nous pouvons comprendre la Parole d’Allah, Exalté soit-Il, à travers Ses Mots, la véracité de cette Parole se retrouve dans Ses Messages divins. Pour la comprendre, il nous revient donc de l’étudier dans l’existence universelle et humaine avec ses lois et ses législations. Or, notre compréhension est assujettie à un processus donné ou à un progrès quelconque, laquelle compréhension est toute relative et instable tandis que la Parole d’Allah, Exalté soit-Il, est absolue et immuable.
  • La Sage Révélation est la guidance ainsi que la miséricorde, celle-ci a donc une portée universelle, non adressée seulement aux Arabes. Sa véracité se manifeste clairement partout dans le monde, pas seulement dans les sociétés arabes, à toutes les époques et pas seulement à l’ère du Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, et de ses compagnons. Il y a des termes faisant partie de la culture arabe de l’époque préislamique mais qui ne figurent pas dans le Saint Coran comme : l’honneur, la dignité, la chevalerie, la galanterie, la magnanimité. La Révélation se caractérise par deux traits importants : celle-ci ne contredit ni la raison ni la réalité.
  • Le Saint Coran affirme le droit à la connaissance prônée par la théorie matérialiste dont le principe est : la savoir suit le connu. L’être humain accède aux informations par le biais des sens, de la révélation (l’inspiration), etc. Dans le cas contraire, le connu suivant le savoir, ceci est du ressort du divin, ne faisant pas partie des compétences humaines. L’abstraction intellectuelle est considérée comme un don octroyé par Allah, Exalté soit-Il, à l’homme par le souffle de vie, lequel don s’exprime à travers la langue ainsi que les mathématiques abstraites devançant la physique. Cela prouve qu’Allah, Exalté soit-Il, a créé l’existence du néant, le néant est la présence d’un signifiant sans signifié : c’est ce que nous trouvons dans les mathématiques abstraites.
  • La connaissance humaine est basée sur deux principes : l’identification (désigner les choses) et la classification (les aligner selon certains critères). Le cœur de l’homme est l’organe capable de recevoir les informations à travers les sens, réaction spontanée chez l’être humain lui donnant la matière première pour penser et réfléchir.
  • Le principe de la quantité et de la qualité (les nombres et les statistiques / la quantité et la mesure) permet l’accès à l’univers : l’être humain commence par la qualité pour passer ensuite à la quantité et vice-versa.
  • Les éléments de la connaissance humaine du monde extérieur sont : la matière, la dimension, l’endroit et le mouvement. Ces éléments produisent la fonction et l’évolution.
  • Le monde objectif dans la Révélation se base sur la dialectique du conflit entre survivre et périr donnant lieu à la victoire de l’anéantissement. De cette dialectique, on peut déduire ce qui suit :
  • La dialectique des contraires dans une même chose : « (embryon) formé aussi bien qu’informe » {al-Hajj : 5}
  • La dialectique des paires (ou du couple) ou l’influence réciproque : « Louange à Celui qui a créé tous les couples » {Yasîn : 36}
  • La dialectique de phénomènes ou attitudes contradictoires : la nuit et le jour, l’immoralité et la piété, la guidance et l’égarement.
  • La liberté est le fondement de la vie humaine, c’est la valeur suprême sacrée, garantie de l’adoration à Allah, Exalté soit-Il. Quant à la servitude, celle-ci n’est sollicitée ni par Allah ni par autrui.

La méthodologie de Chahrour suscite plusieurs remarques:

  • Se baser sur quelques phrases tronquées ne constitue point une théorie ou des repères méthodologiques, cela ne peut mener à une compréhension profonde. Le fait d’établir des confrontations terminologiques entre les expressions coraniques, sans la moindre preuve, est non valable comme la distinction établie entre les termes : Qur’an, Livre, Révélation, Dhikr, et Furquan. Ce qui constitue un danger encore plus grand, c’est le fait de reconnaitre comme établie la signification de ces termes.
  • Vérifier l’interprétation par la réalité, quelle réalité ?
  • Vérifier l’interprétation par les valeurs de l’époque, quelles valeurs ? Qui les détermine ? Selon quelle vision, croyance ou philosophie ?
  • Vérifier la validité de l’interprétation selon les lois de la raison – et de la logique – selon quels genres : formel, abstrait, démonstratif ? Selon quelle logique : positiviste, matérialiste ou pragmatique ? Quels sont les critères du choix?
  • Ratifier l’interprétation en accord avec les vérités des sciences contemporaines – naturelles et biologiques – : quel est le degré de fiabilité de leurs théories ? Qu’en est-il des philosophies ayant produit ces théories comme la relativité, l’évolution et le Big Bang ? Celles-ci ont connu un certain succès pendant un siècle ou un demi-siècle pour faire face actuellement à des critiques virulentes. Y a-t-il un exégète, spécialiste dans ces sciences, qui pourrait nous expliquer la parole du Tout-Puissant : « À Allah appartient le royaume des cieux, de la terre, et de ce qu’ils renferment (…) » (Al-Ma’idah : 120), ou : « Et il n’existe rien qui ne célèbre Sa gloire et Ses louanges. Mais vous ne comprenez pas leur façon de Le glorifier. Certes c’est Lui qui est Indulgent et Pardonneur. » (Al-Isrâ’ : 44). La plupart de ces spécialistes n’ont pas la foi ; les musulmans parmi eux ne connaissent ni le Coran ni la coranologie de façon profonde pour leur permettre de le bien comprendre.
  • Ratifier l’interprétation des ayas de la législation et des lois à travers l’étude de la sociologie ainsi que de celle des sciences humaines : c’est prétendre ce que même les spécialistes ne disent point malgré leur grand nombre ainsi que malgré leur savoir dans le monde islamique et arabe. Il faut affirmer que le fait de semer le doute à propos de tout ce qui est ancien n’est basé ni sur une preuve objective ni sur une critique sérieuse.

Ces traits généraux dont la méthodologie – si l’on peut qualifier ainsi l’approche de Chahrour – montrent à quel point il change totalement la vision du Coran : c’est le variable changeant qui remplace, selon lui, l’invariable stable. Il se réfère à la réalité pour juger la Révélation non pas le contraire ; il se réfère aux théories humaines, contestées, pour juger les règles attestées ayant fait leur preuve. Cette prétendue méthodologie est improductive puisque impossible à tester. Il y a véritablement un « vide » méthodologique permettant toutes sortes d’interprétations sans le moindre contrôle.

Il est insolite de trouver chez Chahrour l’idée que l’interprétation contemporaine du Qur’an est valable pour toutes les époques et dans tous les pays tant que celle-ci est en concordance avec une époque et avec un pays. C’est une idée tout à fait inutile puisque réduisant à l’extrême notre compréhension des spécificités de la Révélation comme : la globalité, l’humanité, l’universalité ainsi que sa validité en tous temps et en tous lieux. Adopter cette approche renvoie à confondre de manière désastreuse l’absolu et le relatif pouvant corrompre la religion et la vie des êtres humains.

  1. Quelques exemples illustrant ses opinions :

Il ne suffit pas d’étudier l’approche de Chahrour comme nous l’avons fait précédemment mais il faut, pour donner une image complète de sa lecture, voir de près quelques exemples :

  • Ce qu’il a dit à propos des fondements de la croyance, et de l’Entité divine : parlant de l’univers avant l’existence, il dit : « Quelqu’un pourrait m’interroger : qu’est qu’il y avait avant l’existence de l’univers tel qu’on le connait ? Est-ce Allah ou le néant ? Ma réponse est la suivante : Tous les deux. Une autre question : N’y a-t-il pas ainsi dualité ? Je lui répondrais : C’est une dualité linguistique, mais une Existence univoque. Il importe de définir le néant à travers nos perceptions, non pas en tant que tel. Si l’Entité en termes de définition, c’est l’Existence d’Allah alors le néant c’est la connaissance d’Allah à travers toutes les créatures avant leur existence. »[15] Ce sont des propos extrêmement dangereux.
  • Il nous faut admettre que le concept de l’unicité a évolué vers le mieux dans les consciences ; le concept abstrait d’Allah, hors de toute comparaison ou de toute ressemblance, a également évolué dans les esprits des gens par rapport à l’époque prophétique. L’abstraction va de pair avec le progrès de l’humanité, sur le chemin de hanafite (le progrès et l’évolution). Quant au concept de l’unicité d’Allah, – l’anthropomorphisme d’Allah – celui-ci évolue avec la progression de l’humanité sur le chemin de l’abstraction. Cela signifie que l’humanité s’éloigne de ce type de polythéisme impossible à pardonner toutefois, elle risque de tomber dans le polythéisme de la rigidité en s’éloignant de la pensée des hanafites. Il y a là une tentative de forger un modèle aux coutumes, à la législation ou à la jurisprudence prétendant que ceux-ci sont définitifs, sans aptitude à évoluer : c’est le polythéisme caché ou l’incrédulité mineure donnant les traits de la stabilité et de la permanence aux variables quoique ce sont des Attributs exclusivement en rapport avec Allah, Exalté soit-Il[16]. Ce sont des propos extrêmement dangereux.
  • Il n’y a pas d’abrogé et d’abrogeant dans le Coran puisque chaque aya renvoie à un champ d’observation ainsi que chaque sentence à un domaine. Commentant l’aya suivant : « Si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah est Omnipotent ? » (AL-Baqarah : 106), il dit : Celui-ci concerne plutôt les législations abrogées portant sur les choses prohibées dont celles de Moussa, devenues licites dans la législation de Issa. Nous en trouvons la preuve dans l’aya : « (…) et je vous rends licite une partie de ce qui était interdit (…) » (Âl-Imrân: 50). Avec le message de Muhammad, paix et bénédiction d’Allah soient sur lui, la prohibition s’étend à d’autres pratiques telles le saphisme, le testament et l’héritage. Nous trouvons d’autres dont la législation a été modifiée, par rapport au message de Moussa, paix d’Allah sur lui, comme les jugements concernant l’adultère et l’homosexualité[17].
  • La Sunna prophétique. C’est la tradition du Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui ; autrement dit, tout ce qu’il a dit, fait, ou approuvé sans être du registre de l’inspiration divine. Cet aya : « et il ne prononce rien sous l’effet de la passion (3) ce n’est rien d’autre qu’une révélation inspirée. (4) » (An-Najm), n’est pas une preuve en soi. Pour les exégètes disant que le Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, ne parle que par inspiration, ce n’est qu’illusion. La Sunna verbale – mutawâtir (rapportée par plusieurs personnes) ou ahâd (rapportée par une seule) – n’est donnée qu’à titre indicatif. Il faut néanmoins préciser qu’il n’y a point de différence entre ce qui est rapporté dans tous les ouvrages de hadiths ou dans un seul. La Sunna précise des sentences changeant selon le temps et le lieu, conformément aux juristes des fondements du fiqh. Le seul critère pour admettre ou pour refuser ces sentences, c’est leur conformité à la sage Révélation ainsi qu’à la réalité vécue. La Sunna est le premier prototype de l’Ijtihad ainsi que le premier choix pour un cadre pratique choisi par le Messager, paix et bénédictions soient d’Allah sur lui, afin de concrétiser la Révélation, choix parmi bien d’autres à sa suite. En d’autres termes, ce n’était que la première islamisation dans la réalité vécue. La Sunna est comme un miroir reflétant l’interaction entre la Révélation et une société réelle sans illusion ni invention[18].
  • L’intégrité des Compagnons du Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, ainsi que leur consensus à propos des différentes affaires les concernaient ainsi que leurs contemporains. Quant au consensus, actuellement, c’est celui pratiqué par nos contemporains dans les institutions parlementaires. Pour résoudre leurs problèmes, ils doivent se mettre d’accord sans avoir recours ni aux Compagnons du Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, ni aux savants illustres… Là, il faut nous arrêter devant un point de très grande importance à savoir que toute législation – même religieuse – exige, selon le domaine, des preuves : scientifiques, statistiques, sociales, économiques ou politiques. Toute loi est une restriction de la liberté, laquelle liberté est ce qu’il y a de plus précieux dans la vie [19].
  • Par rapport aux Compagnons du Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, les contemporains sont plus aptes à comprendre Le Saint Coran grâce au progrès des connaissances modernes. Il n’y a donc plus aucune utilité de reprendre l’héritage du passé (Compagnons, successeurs et Imams). Chahrour se prétend donc plus savant que les Compagnons du Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui ! Il dit : « Les Compagnons, résidents de la Médine et de la Mecque, avaient un avantage sur les bédouins (al a’ rab) à savoir une meilleure compréhension des limites énoncées par Allah car vivant dans des régions urbaines, plus civilisées que celles désertiques. Donc, en tenant compte du progrès civilisationnel entre nous et les Compagnons, nous sommes à même de mieux comprendre la Révélation d’Allah que les gens du VIIe siècle. »[20] Cependant, il adresse ses critiques aux musulmans – voire aux Arabes – pour ne pas avoir bénéficié de l’apport des philosophies humanistes. Il y a là, selon lui, l’un des plus grands problèmes de la pensée arabe contemporaine dont celle islamique, il s’explique : « Le fait de rejeter, parce qu’incorrect ou infondé, tout ce que la pensée humaine a produit depuis les Grecs nous empêche de profiter véritablement ou d’interagir positivement avec les philosophies humanistes. »[21]
  • Selon lui, les érudits de l’Islam n’ont pas compris les fondements de leur religion ainsi que le concept de la Sunna, il dit : « Le problème de la littérature et de la jurisprudence islamiques, c’est que celle-ci n’a pas pu jusqu’à nos jours, convaincre – musulman et non musulman – de l’universalité du Message et que Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, est envoyé comme miséricorde pour tous les êtres vivants. Passer outre cette idée tend à rendre la législation islamique, rigide nous empêchant de saisir ses fondements. Cela nous empêche également de comprendre véritablement la Sunna prophétique, laquelle compréhension pourrait nous permettre d’engendrer une vision contemporaine et renouvelée de la législation islamique et de ses principes ainsi que de la Sunna prophétique.[22]
  • La législation ne peut être comprise qu’à la lumière de la théorie dialectique, il dit : « Pour comprendre ceci, il est nécessaire de connaitre deux caractéristiques contradictoires de l’Islam. Ce sont la rectitude et le hanafite[ii] parmi lesquels le mouvement dialectique – ainsi que son évolution tant quantitative que qualitative – est provoqué par les oppositions internes dans la vie humaine et ce, dans les domaines : de la connaissance, de la sociologie et de l’économie. Sans cette vision, il est impossible de comprendre l’Islam de façon contemporaine tout en étant persuadé de sa validité en tout temps et en tout lieu… La force, le pouvoir et l’hégémonie de la religion proviennent de ces deux caractéristiques à la fois présentes dans un même aya : « Dis : « Moi, mon Seigneur m’a guidé vers un chemin droit, une religion droite, la religion d’Abraham, le soumis exclusivement à Allah et qui n’était point parmi les associateurs. » (al-An ‘Am : 161). La force de la religion islamique y réside. Ici, une question s’impose : Comment la force de l’islam se trouve-t-elle dans ces deux concepts opposés ? Pour répondre, il faut dire que cette opposition engendre une multitude infinie de possibilités concernant la législation ainsi que le comportement humain permettant de couvrir tous les secteurs de la vie humaine dans tous les lieux et dans tous les temps jusqu’à la fin des mondes. »[23]
  • Pour être comprise, la législation nécessite un arrière-plan mathématique. « Si le hanafite ou le changement est une loi de la nature, que signifie donc le droit chemin ou les invariants ? Pour comprendre, il faut avoir recours aux mathématiques, ce qu’on appelle les fonctions continues ou les mathématiques de Newton avec le nouveau concept de l’analyse mathématique ainsi que celui des points distinctifs de nature déterminée. L’analyse mathématique est une science qui instaure une relation de dépendance avec un ou plusieurs mutants. Cette relation de dépendance continue pourrait prendre différentes formes que nous pouvons recenser ainsi :
  • Fonction courbe, « Hanif » avec une valeur maximale et un point final distinct parmi les points de repos de la courbe.

2- Fonction courbe « Hanif » avec une valeur minimale uniquement.

3- Fonction courbe « Hanif » avec deux valeurs maximale et minimale telles que les fonctions d’onde. Cette courbe possède deux points distincts : le maximum et le minimum. La première dérivée est nulle aux deux extrémités et au point d’inflexion qui correspond au changement de pente du maximum au minimum et inversement ; autrement dit, il y a le point d’équilibre entre le minimum et le maximum avec la dérivée seconde nulle.

4 – Fonction droite parallèle à l’axe des abscisses, sans maximum ni minimum. Chaque point est à la fois maximum et minimum.

5 – Fonction courbe avec un maximum et un minimum, mais asymptotiquement, ce qui signifie que la courbe s’approche de la droite pour ne la toucher qu’à l’infini.

6 – Courbe avec une limite maximale positive et une limite minimale négative.

Ces fonctions décrivent des phénomènes naturels. Concernant les fonctions courbes, leurs valeurs maximales et minimales forment une droite parallèle présentant une caractéristique particulière. En atteignant la valeur maximale, elle ne peut être dépassée. En atteignant la valeur minimale, il est également impossible de descendre en dessous. Les limites doivent être respectées si deux valeurs maximum et minimum sont présentes. La courbe atteint l’infini avec l’asymptote et ne peut descendre en dessous si la droite est « droite ».

Nous constatons que la législation islamique présente les mêmes caractéristiques : courbure et rectitude. Cela signifie que celle-ci est valable en tout lieu et en tout temps, mobile dans le cadre des limites. Pour se réaliser, la législation et le comportement islamiques doivent être basés sur le concept des limites, donc des limites droites permettant le mouvement hanafite. En fait, nous trouvons dans le Coran les « limites d’Allah », ce sont les lignes directrices à travers lesquelles on pourrait être des hanafites. Avec le concept de (Al-Furqan), ces limites tracent le droit chemin : nous devenons hanafites entre ces limites droites.

Allah, Exalté soit-Il, nous a octroyé toutes les éventualités : (1) limite minimale uniquement, limite maximale uniquement ou les deux limites ensemble. 2) rectitude (limites maximale et minimale fixes) ; (3) le cas d’asymptote ; une ligne s’approche de l’extrémité (la droite) sans être tangente qu’à l’infini ; (4) le cas d’une limite maximale positive et d’une limite minimale négative. Ainsi, nous n’avons qu’à déterminer les ayas des limites divines constituant l’apogée de la législation, de l’éthique et des cultes. Il faut tenir compte d’une autre branche distinctive du Message à savoir les instructions, c’est un autre domaine de spécialisation. Ainsi, le Message de Mohammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, comprend le droit chemin (les limites fixées par la législation, les cultes et l’éthique (Al-Furquan) en plus d’autres instructions sans rapport avec la législation, les actes d’adoration ou l’éthique.

De ce qui précède, nous trouvons que Chahrour a abouti à des résultats très graves dont :

  • Le cas de limite minimale:

Ce cas existe dans les versets mentionnant les femmes prohibées en mariage :

“وَلَا تَنكِحُوا۟ مَا نَكَحَ ءَابَاۤؤُكُم مِّنَ ٱلنِّسَاۤءِ إِلَّا مَا قَدۡ سَلَفَۚ إِنَّهُۥ كَانَ فَـٰحِشَةࣰ وَمَقۡتࣰا وَسَاۤءَ سَبِیلًا (22) حُرِّمَتۡ عَلَیۡكُمۡ أُمَّهَـٰتُكُمۡ وَبَنَاتُكُمۡ وَأَخَوَ ٰ⁠تُكُمۡ وَعَمَّـٰتُكُمۡ وَخَـٰلَـٰتُكُمۡ وَبَنَاتُ ٱلۡأَخِ وَبَنَاتُ ٱلۡأُخۡتِ وَأُمَّهَـٰتُكُمُ ٱلَّـٰتِیۤ أَرۡضَعۡنَكُمۡ وَأَخَوَ ٰ⁠تُكُم مِّنَ ٱلرَّضَـٰعَةِ وَأُمَّهَـٰتُ نِسَاۤىِٕكُمۡ وَرَبَـٰۤىِٕبُكُمُ ٱلَّـٰتِی فِی حُجُورِكُم مِّن نِّسَاۤىِٕكُمُ ٱلَّـٰتِی دَخَلۡتُم بِهِنَّ فَإِن لَّمۡ تَكُونُوا۟ دَخَلۡتُم بِهِنَّ فَلَا جُنَاحَ عَلَیۡكُمۡ وَحَلَـٰۤىِٕلُ أَبۡنَاۤىِٕكُمُ ٱلَّذِینَ مِنۡ أَصۡلَـٰبِكُمۡ وَأَن تَجۡمَعُوا۟ بَیۡنَ ٱلۡأُخۡتَیۡنِ إِلَّا مَا قَدۡ سَلَفَۗ إِنَّ ٱللَّهَ كَانَ غَفُورࣰا رَّحِیمࣰا (23)” (النساء)

 « Et n’épousez pas les femmes que vos pères ont épousées, exception faite pour le passé. C’est une turpitude, une abomination, et quelle mauvaise conduite ! (22) Vous sont interdites vos mères, filles, sœurs, tantes paternelles et tantes maternelles, filles d’un frère et filles d’une sœur, mères qui vous ont allaités, sœurs de lait, mères de vos femmes, belles-filles sous votre tutelle et issues des femmes avec qui vous avez consommé le mariage ; si le mariage n’a pas été consommé, ceci n’est pas un péché de votre part ; les femmes de vos fils nés de vos reins ; de même que deux sœurs réunies – exception faite pour le passé. Car vraiment Allah est Pardonneur et Miséricordieux ; (23) » (An-Nisâ`)

D’après Chahrour, Allah, Exalté soit-Il, a mentionné dans ces deux ayas la limite inférieure de l’interdiction du mariage, cette limite inférieure présente les types de femmes parentèles, degré de relations incestueuses : il y a là une limite à ne pas transgresser. Par contre, en guise d’Ijtihad, nous pouvons la dépasser au cas où la médecine ajouterait les cousines paternelles ou maternelles car ayant des effets négatifs sur la progéniture ou la répartition des biens : une loi interdisant une telle union ne serait pas une transgression des limites d’Allah.

  • Le cas de la limite maximale : (Les pénalités de vol et d’assassinat)

“وَٱلسَّارِقُ وَٱلسَّارِقَةُ فَٱقۡطَعُوۤا۟ أَیۡدِیَهُمَا جَزَاۤءَۢ بِمَا كَسَبَا نَكَـٰلࣰا مِّنَ ٱللَّهِۗ وَٱللَّهُ عَزِیزٌ حَكِیمࣱ” (المائدة،38)

« Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main, en punition de ce qu’ils se sont acquis, et comme châtiment de la part de Dieu. Dieu est Puissant et Sage. » (Al-Ma’idah : 38)

Chahrour trouve que ces deux ayas précisent la peine maximale pour le vol à savoir l’amputation de la main : la peine du vol ne doit jamais être plus sévère. Cependant, il y a des cas où la peine pourrait être moindre. Par conséquent, il revient aux juristes de déterminer- en fonction de circonstances objectives – le vol méritant la peine maximale ainsi que la peine pour chaque cas. Les juristes doivent également, chacun selon son pays et selon son époque, définir les spécifications du vol passible de la peine maximale à savoir l’amputation de la main.

De même, Allah Exalté Soit-Il, a dit :

“وَلَا تَقۡتُلُوا۟ ٱلنَّفۡسَ ٱلَّتِی حَرَّمَ ٱللَّهُ إِلَّا بِٱلۡحَقِّۗ وَمَن قُتِلَ مَظۡلُومࣰا فَقَدۡ جَعَلۡنَا لِوَلِیِّهِۦ سُلۡطَـٰنࣰا فَلَا یُسۡرِف فِّی ٱلۡقَتۡلِۖ إِنَّهُۥ كَانَ مَنصُورࣰا” (الإسراء،33)

« Et ; sauf en droit, ne tuez point la vie qu’Allah a rendu sacrée. Quiconque est tué injustement, alors Nous avons donné pouvoir à son proche [parent]. Que celui-ci ne commette pas d’excès dans le meurtre, car il est déjà assisté (par la loi). » (Al-Isarâ`: 33)

“یَـٰۤأَیُّهَا ٱلَّذِینَ ءَامَنُوا۟ كُتِبَ عَلَیۡكُمُ ٱلۡقِصَاصُ فِی ٱلۡقَتۡلَىۖ ٱلۡحُرُّ بِٱلۡحُرِّ وَٱلۡعَبۡدُ بِٱلۡعَبۡدِ وَٱلۡأُنثَىٰ بِٱلۡأُنثَىٰۚ فَمَنۡ عُفِیَ لَهُۥ مِنۡ أَخِیهِ شَیۡءࣱ فَٱتِّبَاعُۢ بِٱلۡمَعۡرُوفِ وَأَدَاۤءٌ إِلَیۡهِ بِإِحۡسَـٰنࣲۗ ذَ ٰ⁠لِكَ تَخۡفِیفࣱ مِّن رَّبِّكُمۡ وَرَحۡمَةࣱۗ فَمَنِ ٱعۡتَدَىٰ بَعۡدَ ذَ ٰ⁠لِكَ فَلَهُۥ عَذَابٌ أَلِیمࣱ” (البقرة، 178)

« Ô les croyants ! On vous a prescrit le talion au sujet des tués : homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme. Mais celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire face à une requête convenable et doit payer des dommages de bonne grâce. Ceci est un allégement de la part de votre Seigneur et une miséricorde. Donc, quiconque après cela transgresse, aura un châtiment douloureux. » (Al-Baqarah : 178)

Dans ces ayas, Allah, Exalté soit-Il, a bien montré que la sanction maximale pour la personne qui tue injustement, doit être l’exécution. Il dit : « Que celui-ci ne commette pas d’excès dans le meurtre », c’est-à-dire que cette limite ne doit pas être dépassée, en tuant les parents du meurtrier par exemple. Ce sont les juristes qui doivent définir pleinement les conditions des cas passibles de la peine maximale : assassinat ou meurtre prémédité. D’autres cas de meurtre ne mériteraient pas cette sanction comme l’homicide involontaire, ou le cas d’auto-défense, etc. Notons aussi le cas où la famille de la personne tuée pardonne au meurtrier : « Mais celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire face à une requête convenable et doit payer des dommages de bonne grâce… » Ici, l’Islam montre que la jurisprudence a le droit de rendre le jugement adéquat cas par cas et ce, jusqu’à la fin des temps. Pour l’homicide involontaire, le Qur’an désigne la limite inférieure :

“وَمَا كَانَ لِمُؤۡمِنٍ أَن یَقۡتُلَ مُؤۡمِنًا إِلَّا خَطَـࣰٔاۚ وَمَن قَتَلَ مُؤۡمِنًا خَطَـࣰٔا فَتَحۡرِیرُ رَقَبَةࣲ مُّؤۡمِنَةࣲ وَدِیَةࣱ مُّسَلَّمَةٌ إِلَىٰۤ أَهۡلِهِۦۤ إِلَّاۤ أَن یَصَّدَّقُوا۟ۚ فَإِن كَانَ مِن قَوۡمٍ عَدُوࣲّ لَّكُمۡ وَهُوَ مُؤۡمِنࣱ فَتَحۡرِیرُ رَقَبَةࣲ مُّؤۡمِنَةࣲۖ وَإِن كَانَ مِن قَوۡمِۭ بَیۡنَكُمۡ وَبَیۡنَهُم مِّیثَـٰقࣱ فَدِیَةࣱ مُّسَلَّمَةٌ إِلَىٰۤ أَهۡلِهِۦ وَتَحۡرِیرُ رَقَبَةࣲ مُّؤۡمِنَةࣲۖ فَمَن لَّمۡ یَجِدۡ فَصِیَامُ شَهۡرَیۡنِ مُتَتَابِعَیۡنِ تَوۡبَةࣰ مِّنَ ٱللَّهِۗ وَكَانَ ٱللَّهُ عَلِیمًا حَكِیمࣰا” (النساء، 92)

« Il n’appartient pas à un croyant de tuer un autre croyant, si ce n’est par erreur. Quiconque tue par erreur un croyant, qu’il affranchisse alors un esclave croyant et remette à sa famille le prix du sang, à moins que celle-ci n’y renonce par charité. Mais si [le tué] appartenait à un peuple ennemi à vous et qu’il soit croyant, qu’on affranchisse alors un esclave croyant. S’il appartenait à un peuple auquel vous êtes liés par un pacte, qu’on verse alors à sa famille le prix du sang et qu’on affranchisse un esclave croyant. Celui qui n’en trouve pas les moyens, qu’il jeûne deux mois d’affilée pour être pardonné par Allah. Allah est Omniscient et Sage » (An-Nisâ’ : 92.)

 La limite minimale est précisée dans cet aya : « Celui qui n’en trouve pas les moyens, qu’il jeûne deux mois d’affilée ». Autre limite est le fait d’affranchir un esclave ou plus, si nécessaire.

  • Le cas de la limite minimale et maximale ensemble :

Allah, Exalté soit-Il, dit :

“يُوصِيكُمُ اللَّهُ فِي أَوْلَادِكُمْ ۖ لِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ الْأُنثَيَيْنِ ۚ فَإِن كُنَّ نِسَاءً فَوْقَ اثْنَتَيْنِ فَلَهُنَّ ثُلُثَا مَا تَرَكَ ۖ وَإِن كَانَتْ وَاحِدَةً فَلَهَا النِّصْفُ ۚ وَلِأَبَوَيْهِ لِكُلِّ وَاحِدٍ مِّنْهُمَا السُّدُسُ مِمَّا تَرَكَ إِن كَانَ لَهُ وَلَدٌ ۚ فَإِن لَّمْ يَكُن لَّهُ وَلَدٌ وَوَرِثَهُ أَبَوَاهُ فَلِأُمِّهِ الثُّلُثُ ۚ فَإِن كَانَ لَهُ إِخْوَةٌ فَلِأُمِّهِ السُّدُسُ ۚ مِن بَعْدِ وَصِيَّةٍ يُوصِي بِهَا أَوْ دَيْنٍ ۗ آبَاؤُكُمْ وَأَبْنَاؤُكُمْ لَا تَدْرُونَ أَيُّهُمْ أَقْرَبُ لَكُمْ نَفْعًا ۚ فَرِيضَةً مِّنَ اللَّهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلِيمًا حَكِيمًا • وَلَكُمْ نِصْفُ مَا تَرَكَ أَزْوَاجُكُمْ إِن لَّمْ يَكُن لَّهُنَّ وَلَدٌ ۚ فَإِن كَانَ لَهُنَّ وَلَدٌ فَلَكُمُ الرُّبُعُ مِمَّا تَرَكْنَ ۚ مِن بَعْدِ وَصِيَّةٍ يُوصِينَ بِهَا أَوْ دَيْنٍ ۚ وَلَهُنَّ الرُّبُعُ مِمَّا تَرَكْتُمْ إِن لَّمْ يَكُن لَّكُمْ وَلَدٌ ۚ فَإِن كَانَ لَكُمْ وَلَدٌ فَلَهُنَّ الثُّمُنُ مِمَّا تَرَكْتُم ۚ مِّن بَعْدِ وَصِيَّةٍ تُوصُونَ بِهَا أَوْ دَيْنٍ ۗ وَإِن كَانَ رَجُلٌ يُورَثُ كَلَالَةً أَوِ امْرَأَةٌ وَلَهُ أَخٌ أَوْ أُخْتٌ فَلِكُلِّ وَاحِدٍ مِّنْهُمَا السُّدُسُ ۚ فَإِن كَانُوا أَكْثَرَ مِن ذَٰلِكَ فَهُمْ شُرَكَاءُ فِي الثُّلُثِ ۚ مِن بَعْدِ وَصِيَّةٍ يُوصَىٰ بِهَا أَوْ دَيْنٍ غَيْرَ مُضَارٍّ ۚ وَصِيَّةً مِّنَ اللَّهِ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَلِيمٌ • تِلْكَ حُدُودُ اللَّهِ ۚ وَمَن يُطِعِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ يُدْخِلْهُ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا ۚ وَذَٰلِكَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ • وَمَن يَعْصِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ وَيَتَعَدَّ حُدُودَهُ يُدْخِلْهُ نَارًا خَالِدًا فِيهَا وَلَهُ عَذَابٌ مُّهِينٌ (النساء: 11 – 14)

« Voici ce que Dieu vous enjoint au sujet de vos enfants : au fils, une part équivalente à celle de deux filles. S’il n’y a que des filles, même plus de deux, à elles alors deux tiers de ce que le défunt laisse. Et s’il n’y en a qu’une, à elle alors la moitié. Quant aux père et mère du défunt, à chacun d’eux le sixième de ce qu’il laisse, s’il a un enfant. S’il n’a pas d’enfant et que ses père et mère héritent de lui, à sa mère alors le tiers. Mais s’il a des frères, à la mère alors le sixième, après exécution du testament qu’il aurait fait ou paiement d’une dette. De vos ascendants ou descendants, vous ne savez pas qui est plus près de vous en utilité. Ceci est un ordre obligatoire de la part de Allah, car Allah est, certes, Omniscient et Sage (11) Et à vous la moitié de ce laissent vos épouses, si elles n’ont pas d’enfants. Si elles ont un enfant, alors à vous le quart de ce qu’elles laissent, après exécution du testament qu’elles auraient fait ou paiement d’une dette. Et à elles un quart de ce que vous laissez, si vous n’avez pas d’enfant. Mais si vous avez un enfant, à elles alors le huitième de ce que vous laissez après exécution du testament que vous auriez fait ou paiement d’une dette. Et si un homme, ou une femme, meurt sans héritier direct, cependant qu’il laisse un frère ou une sœur, à chacun de ceux-ci alors, un sixième. S’ils sont plus de deux, tous alors participeront au tiers, après exécution du testament ou paiement d’une dette, sans préjudice à quiconque. (Telle est l’) Injonction d’Allah ! Et Allah est Omniscient et Indulgent (12) Tels sont les ordres d’Allah. Et quiconque obéit à Allah et à Son Messager, Il le fera entrer dans les Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement. Et voilà la grande réussite. (13) Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager, et transgresse Ses ordres, Il le fera entrer au Feu pour y demeurer éternellement. Et celui-là aura un châtiment avilissant. (An-Nisâ’ : 11-14)

Chahrour souligne dans cet aya deux expressions révélatrices à savoir « Telle est l’injonction d’Allah » et «et transgresse Ses ordres ». D’après lui, le pluriel du terme « limites » tolère le mouvement entre elles sans qu’il y ait transgression. Il souligne également le pronom possessif à la troisième personne dans « Ses ordres » désignant uniquement Allah, Exalté soit-Il ! Quoique dans l’aya précédent, sont cités Allah, Exalté soit-Il, et Son Messager : « Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager, et transgresse Ses ordres ». Chahrour en conclut que l’unique source pour poser les limites de la législation jusqu’à la fin des temps, c’est Allah Seul. Le Prophète, paix et bénédiction d’Allah soient sur lui, ne lui revient guère ce droit sinon ce serait « leurs ordres », un adjectif possessif pluriel pour le pronom « ils » ; il aboutit à la conclusion suivante : toute limite ou toute instruction de la part du Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, ne peut être que temporaire.

Dans ce contexte, l’aya de l’héritage précise, d’après lui : la limite maximale pour l’homme, et la limite minimale pour la femme. En d’autres termes, l’homme est responsable à 100 % 100 tandis que la femme n’a aucune responsabilité économique. Cette inégalité – apparente – justifie que l’homme touche le double du quota de la femme. La limite inférieure, celle de la femme est de 33,3 %, alors que celle de l’homme est de 66,6 %, c’est la limite maximale. Si l’homme touche 75 % et la femme 25 %, on aurait dépassé les limites législatives d’Allah, Exalté soit-Il ; si l’homme touche 60 % et la femme 40 %, on ne les aurait pas transgressées. IL y a là le rôle de la jurisprudence pour évaluer les conditions objectives et historiques réduisant la différence entre les quotas des deux. Ce rapprochement est permis jusqu’à l’égalité totale entre les quotas comme l’héritage en solo qu’il faut envisager cas par cas ; il faut également prendre en considération l’évolution historique. Pour ce faire, il faut avoir des preuves concrètes et statistiques pour ne pas décider – répondant à des réactions impulsives – en prenant parti pour la femme ou pour l’homme[24].

V- Quels sont les aboutissements des opinions de Chahrour :

  1. L’approche de Chahrour concernant le Saint Qur’an risque de faire planer la confusion sur les dogmes. D’aucuns prétendent que les ayas de l’héritage ne sont pas explicites dans le Coran, c’est vrai selon la vision de Chahrour mais complètement erroné selon les savants de l’Islam ; il en va de même pour les versets du mariage, du divorce et des rites. Selon lui, ceci fait partie du « Livre Source » (Um-Alkitab) ou des « ayas sans équivoque » et non pas des « ayas qui peuvent prêter à des interprétations diverses » traitant des lois universelles.
  2. Le fait de changer le sens des termes déjà définis par les Ulémas pour leur donner une nouvelle interprétation – erronée – est extrêmement dangereux pour la pensée de la communauté islamique ainsi que pour sa survie. Nous en trouvons des exemples nombreux dont : le « système » comme étant une restriction ; la « stabilité » comme étant un état de stagnation contraire au mouvement et au progrès ; la « sécurité » comme étant une censure de la liberté et un recours à la facilité et au repos ; l’« artificiel » comme étant à l’opposé du naturel ; la « chasteté » comme une régression ; la « dégradation » comme étant le modernisme ; l’« administration » et la « souveraineté » comme étant nécessairement synonymes de l’autorité et de la contrainte ; la « suprématie de l’homme » comme étant une discrimination – rejetée – entre les genres ; les efforts au travail pour le gain ainsi que l’optimisation des biens comme étant de l’égoïsme et de la cupidité ; etc.

  3. Tout cela pourrait plonger les musulmans dans un chaos intellectuel allant jusqu’à confondre entre les deux concepts de la foi et de l’Islam, laquelle confusion ne peut être tolérée même par les ennemis de cette religion. La seule explication est le fait de comprendre la religion et d’interpréter le Qur’an de façon fantaisiste.
  4. La prétention qu’il n’y a pas d’abrogation dans le Qur’an risque de rendre inutiles des sourates entières avec ses obligations et ses législations bien que celles-ci aient été les dernières révélées. Selon Chahrour, l’abrogation est un phénomène général à quelques exceptions près car inadéquat au temps présent. Il dit : « Toutes les « nouvelles » dans le Qur’an – y compris celles des Récits des Messagers et des Prophètes, les séquences des batailles de Badr, Uhud, Al-Ahzâb, Tabūk et la conquête de la Mecque, la sourate al-Tawbah – ne sont que des textes historiques dont on ne peut tirer la législation. Ces « nouvelles » ne font pas partie du Message puisqu’ayant des circonstances historiques bien déterminées pour leur Révélation. »[25] Cet avis inquiétant fait partie de sa tendance au renouveau risquant de faire du Texte coranique : soit « un texte historique » au sens de prédire non pas de légiférer soit une « historicité du texte » au sens de comprendre de façon personnelle les versets législatifs.
  5. Celui qui ne suit pas le Prophète Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, est un musulman non pas un croyant. Quelles seraient les conséquences de tels propos : confusion, doute ? Est-ce de la liberté d’expression de les répéter provoquant des actes de contre extrémisme ?
  6. Chahrour distingue, de façon très superficielle, entre les deux concepts de prophète et de messager. Selon lui, l’infaillibilité de Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, n’est valide que lors de la transmission du Message non pas en tant que Prophète. Il n’envisage pas les cas où ces deux rôles s’entremêlent.
  7. Selon lui, le Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, empêche mais sans prohiber, permet mais sans rendre licite. Par exemple, il a permis la visite des tombes mais cela ne la rend pas licite pour autant car permise seulement à son époque. Nous trouvons que le Qur’an ne l’a pas interdite à travers cette aya : « La course aux richesses vous distrait, jusqu’à ce que vous visitiez les tombes. » (At-Takkathur 1,2) Quant à la médisance, le Qur’an ne l’a pas prohibée mais interdite seulement par le Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui : donc refus ponctuel non condamnation permanente. Chahrour aboutit à des résultats erronés à cause d’une vision très limitée, ne pouvant en aucun cas avoir une force de persuasion ni par sa logique ni par sa substance. Celle-ci contredit le Qur’an décrivant le Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, par : « et il ne prononce rien sous l’effet de la passion (3) ce n’est rien d’autre qu’une révélation inspirée (4) » (An-Najm).
  8. Chahrour rejette tous les efforts des anciens et des modernes bien que ceux-ci ont été vantés par les étrangers tout comme par les ennemis de l’Islam. Leurs bienfaits ont édifié une nation et une civilisation dont le monde entier a profité. Chahrour dénonce l’inaptitude et l’ignorance de ses contemporains, incapables d’exploiter les apports de cette nouvelle ère où règne : les satellites, l’internet, l’ingénierie génétique, les nouvelles écoles linguistiques et littéraires, etc. Tous ces avantages sont négligés en ce qui concerne le Qur’an.
  9. Chahrour accorde une confiance totale aux contemporains pour la seule raison qu’ils vivent dans la même époque que lui. En revanche, il mésestime complètement les érudits du VIIe siècle (les Compagnons qu’Allah, Exalté soit-Il, les agrée et leurs successeurs). Cette attitude n’est ni objective ni réfléchie car, selon lui, un simple contemporain est apte à comprendre les lois de l’univers mieux que des savants tels Newton, Galileo, Darwin, Planck, Einstein. Par exemple, une courte sourate telle Al-`Adyâte ou les trois premiers ayas de la sourate Al-Mursalate peuvent être mieux compris par n’importe quelle personne instruite que par les exégètes du Saint Coran tels Ibn `Abbas, Ibn Massoud, Al-Chafeiy, At-Tabary et Ibn Taymiyah. Il pourrait, selon lui, les saisir même s’il ne connait point la philosophie du chaos créatif et du surréalisme ainsi que les théories des savants de différents domaines comme Freud, Toynbee, Max Fabre, etc.
  10. L’approche dialectique sur laquelle il s’appuie, est susceptible de refléter une vision conflictuelle vis-à-vis de la vie ainsi que des questions religieuses, laquelle vision risque de semer la violence, l’animosité et l’agressivité. Par contre, la vision islamique est basée sur 1- l’équilibre : « Et quant au ciel, Il l’a élevé bien haut. Et Il a établi la balance, (7) » (Ar-Rahman), 2- la complémentarité et l’harmonie : « Et de toute chose Nous avons créé [deux éléments] : de couple. Peut-être vous rappellerez-vous ? (49) » (Adh-Dhariyat), 3- sur le bien : « Et Il vous a comblés de Ses bienfaits apparents et cachés… (20) » (Luqmân), 4- et enfin, la lutte pour repousser le mal afin d’établir la justice et d’abolir la corruption : « Et si Allah ne neutralisait pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue. Mais Allah est Détenteur de la Faveur pour les mondes. (251) » (Al-Baqarah). Nous retrouvons cette même vision dans les théories du chaos, de l’athéisme ainsi que de celles se prétendant révolutionnaires.
  11. Il faut souligner que toute la production de Chahrour sème le désaccord menant à la rigidité, et à l’étroitesse d’esprit loin de ses prétentions au renouveau et à la créativité. En fait, il n’ajoute pas le nouveau à l’ancien, ni l’authentique de chacun d’eux à l’autre mais il insiste à négliger tout ce qui est du passé car qualifié de traits négatifs. Il met en pratique sa devise : «Aucun renouveau sans se délivrer des fondements. » Autrement dit, démolir l’ancienne structure.
  12. Il est à retenir que Chahrour n’a point recours à d’anciens ouvrages ou même de nouveaux et ce, à quelques exceptions près : il n’y a donc ni référence ni preuve pour ce qu’il avance. Il se considère lui-même comme étant sa propre référence, impossible à suivre à moins d’être un disciple sans le moindre esprit critique. Y a-t-il une personne pouvant à elle seule détenir la Vérité avec un « v » majuscule ? Même les prophètes trouvaient des gens qui possédaient une partie de la vérité avant leur avènement comme le cas de Hanafites, avant le Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui.
  13. Il est à noter que ce qui gêne le plus les lecteurs avisés, c’est de trouver dans ses ouvrages de nouvelles appellations pour certains référents et ce, sans donner la moindre justification. Il impose, en quelque sorte, sa propre vision à autrui en ce qui concerne leur teneur et leur signification. Nous trouvons cela avec les différents noms du Qur’an comme les termes : le Livre, le Dhikr, al-Fourqan, la mère du Livre, les sept réitérés (al-sab` al mathany). Al-Mushaf n’est ni le Coran ni le Livre : Chahrour considère que Le Qur’an en est une partie tandis que le Livre en est une autre.

Chahrour s’est appuyé sur un ensemble de termes spécifiques proposant une interprétation différente de celle des érudits ; celle-ci est fondée sur sa conviction que, selon Abu Ali al-Farisi « la synonymie n’existe pas en langue arabe »[26]. Comme mentionné précédemment, il constate toute absence de synonymie dans le Qur’an et les hadiths, il s’explique à ce propos : « Hadith, le meilleur des Hadiths, le Trône, le Marchepied, la divinité, la seigneurie, la prophétie, le message, le patrimoine, la modernité, l’authenticité, la récitation, etc. ». Il considère également que la conjonction « wa » (et) n’a qu’une seule fonction, celle de la « conjonction de différence » entre des termes différents. Celle-ci peut indiquer la différence, il est vrai, mais peut jouer le rôle d’un élément d’ajout ou de clarification.

A ce point de notre démonstration, il serait utile de présenter quelques exemples de ses définitions bizarres :[27]

  • Le Qur’an : Selon lui, c’est l’ensemble des ayas équivoques ou ayant des interprétations diverses (celles de la prophétie ainsi que ses détails) qui traitent des lois cosmiques comme les astres, les planètes, les séismes, les vents ainsi que les eaux des ruisseaux, des sources et des fleuves … etc. Ceux-ci traitent également des lois qui régissent l’Histoire, les communautés ainsi que de la naissance des nations et leur anéantissement. Il s’agit aussi du Ghayb (l’inconnu) dans le passé comme la création de l’univers, de l’être humain ainsi que des nouvelles des nations disparues (les Récits coraniques y compris ceux du Messager, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Quant au ghayb dans le futur, cela concerne : le Jour dernier, le Souffle dans la trompe, le Compte au Jour dernier, le Paradis et l’Enfer.
  • Le Livre : C’est l’ensemble des sujets révélés au Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, sous forme de ayas ou de sourates ; en d’autres termes, c’est tout ce qui est enregistré dans le Moushaf, depuis la sourate al-Fatiha jusqu’à la toute dernière An-Nas, appelé la sage Révélation. Ce Livre comprend La Prophétie (le Qur’an et les sept réitérés), le Message (La mère du Livre et ses détails) ainsi que les détails du Livre, les sourates représentées dans la « table des matières ». Il emploie le terme « Livre » pour les ayas du Message seulement partageant cette caractéristique avec les livres de Moussa et d’Issa : c’est la législation. Pour lui, les croyants de la communauté de Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, rejoignent les adeptes des juifs et des chrétiens en tant que « gens du Livre ».
  • Le Livre clair : C’est l’ensemble des ayas de tous les Récits coraniques, regroupant l’inconnu du passé y compris ce qui concerne le Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui.
  • Les Sept réitérés : C’est un aspect de la prophétie ainsi qu’une partie du Saint Qur’an à savoir ces syllabes vocaliques – au nombre de onze – au début de certaines sourates comme : alif-lâm-mîm, alif-lâm-sâd, kâf-ha-`ein-sâd, ha-mîm, ta-sîn-mîm. Celles-ci représentent le dénominateur commun de la parole désignées par le Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, par : « groupements de mots », citées également dans le Livre par « meilleur discours ». Ce concept – des sept réitérés – constitue avec le Coran le livre de la prophétie car preuves du défi et de l’inimitabilité.
  • Al-Fourqân: Ce sont les dix Commandements de Moïse et de Muhammad ainsi que la sagesse chez Issa : c’est le chemin droit selon le la sage Révélation cité dans les deux versets 151 et 152 de la sourate al-An`âm.
  • La Parole: Il s’agit, à travers un ensemble d’ayas, des nouvelles concernant les événements cosmiques et humains, anciens ou contemporains (de l’époque du Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, portant sur les batailles et l’Hégire). Il n’y a ni sentence ni législation dans ces ayas.
  • Le Dhikr (Le Rappel) : C’est l’expression articulée avec laquelle on adore Allah, Exalté-soit-Il, pour tous les ayas du Livre, indépendamment de leur compréhension. C’est la version qu’Allah, Exalté soit-Il, s’est engagé à préserver : « En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien » (Al-Hijr : 9).
  • Le Message (la Mère du Livre et ses détails): Ce sont les ayas de la mère du Livre (le Livre accompli) ainsi que les ayas qui les détaillent : « Alif, Lâm, Ra. C’est un Livre dont les versets sont parfaits en style et en sens, émanant d’un Sage, Parfaitement Connaisseur. » (Hûd : 1) Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, est devenu le Messager d’Allah grâce à ce Livre et à ces ayas, ceux-ci sont susceptibles d’obéissance ou de refus : « Et obéissez à Allah et au Messager afin qu’il vous soit fait miséricorde ! » (Âl-Imrân : 132). La Révélation l’a désigné par le terme « Livre » comme sens second pour ceux de Moussa et d’Issa.
  • Les versets sans équivoque (la mère du Livre): Ce sont les ayas sans équivoque qui constituent une partie du Message comme le dit Allah, Exalté soit-Il : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre (…) » (Al-Imrân : 7). Leur nombre s’élève à 19, achevés, ne tolérant aucune interprétation portant sur : les interdictions, les commandements, les limites, les rites et les valeurs.
  • Les ayas donnant les détails de la mère du Livre: Ceux-ci constituent une partie du Message développant les ayas sans équivoque, leur nombre dépasse 993 ayas cités une seule fois. Ce nombre peut être modifié car résultant de recherches menées pour la première fois depuis la Révélation du Message. Ces ayas traitent des : interdictions, ordres, prohibitions, limites, rites et valeurs : « Nous leurs avons, certes, apporté un Livre que Nous avons détaillé, en toute connaissance, à titre de guide et de miséricorde pour les gens qui croient. » (Al-`Arâf : 52) 
  • Les ayas équivoques (prêtant à plusieurs interprétations) : Selon lui, ce sont les ayas du Coran, en plus des sept réitérés expliquant les lois cosmiques et humaines grâce auxquelles Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, est devenu Prophète d’Allah, Exalté soit-Il : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses. » (Âl-Imrân : 7) Ces derniers tolèrent acceptation et refus ; seule une partie seulement est sujette à être interpréter à travers d’autres ayas les détaillant.
  • La Descente (al-Inzâl) : C’est la modification de la Révélation d’une forme inaccessible pour l’être humain à une autre accessible. La descente a été faite en une seule fois à l’exception des Récits concernant le Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, vu sa spécificité : « Le mois de Ramadan au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement ». (Al-Baqarah : 185).
  • La Révélation descendue (at-Tanzîl) : Il s’agit d’un transfert objectif de la Révélation transcendant la conscience humaine. C’est la Révélation progressive, sur 23 ans, qui s’est faite par étapes après sa descente initiale entièrement au mois de Ramadan. Quant aux Récits concernant la vie de Mohammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, ceux-ci regroupent les deux sortes de révélation (Inzâl et tanzîl) vu leur nature unique par rapport aux autres Récits coraniques. De même, la Révélation initiale et celle progressive du Message (la mère du Livre et ses détails) sont indissociables car ce Message émane directement d’Allah, Exalté soit-Il.
  • L’interdit (haram) : Il s’agit d’une interdiction absolue, éternelle et immuable – sans la moindre exception – qu’Allah, Exalté soit-Il, se réserve exclusivement car symbole de Sa souveraineté. Ces interdictions sont, en réalité, autant de restrictions au comportement de l’être humain. Celles-ci étaient nombreuses dans le message de Moussa, sous forme de commandements et d’interdictions, pour se limiter à 14 dans le Message de Muhammad, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui.
  • L’ordre de s’abstenir: Il est circonstanciel, contraire à l’injonction tandis qu’ordonner et interdire sont constants. C’est la législation les concernant qui dépend de l’Ijtihad car chaque époque et chaque société possède ses propres marques : circonstances, lieu, niveau cognitif. C’est pourquoi Allah, Exalté soit- Il, l’a confié au pouvoir législatif : « Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez. » (An-Naḥl : 90). L’interdiction peut provenir du Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui : « (…) Prenez ce que le Messager vous donne ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous en ; et craignez Allah car Allah est dur en punition. » (Al-Ḥashr : 7) ; ou à travers les lois établies. Ces ordres ne sont pas obligatoires sinon ceux-ci deviendraient des interdictions. Par exemple, un médecin peut ordonner à un malade d’arrêter de fumer tandis que les autorités peuvent interdire de fumer dans les lieux publics.
  • Adam: Il est le père des humains non pas de toute l’humanité. Avec lui, commence l’Histoire de l’humanité dans sa prise de conscience ; autrement dit, l’être humain qui possède raison et éloquence, est de la descendance d’Adam.
  • Le Trône: C’est l’ensemble des ordres et des interdictions d’Allah, Exalté soit-Il : « Le Maître du Trône, le Tout Glorieux, (15) Il réalise parfaitement tout ce qu’Il veut. (16) » (Al-Burouj : 15,16). Cet aya associe le Trône à la volonté divine ; celui-ci ne désigne donc pas un espace car Allah, Exalté soit-Il, transcende l’espace et le temps car c’est Lui qui les a créés ainsi que toute chose, c’est Lui qui impose Sa volonté.
  • Le Marchepied: Puisque le Trône représente les prescriptions et proscriptions divines, le Marchepied symbolise la Science d’Allah, Exalté soit-Il : « Il connaît leur passé et leur futur. Et, de Sa science, ils n’embrassent que ce qu’Il veut. Son Trône “Kursiy» déborde les cieux et la terre, dont la garde ne Lui coûte aucune peine. Et Il est le Très Haut, le Très Grand. » (Al-Baqarah : 255). Le Trône est relié au Marchepied car les interdictions et les commandements relèvent de la Science de Celui qui interdit et commande.
  • L’Esprit (Ar-Rou): C’est le savoir et la législation en rapport avec l’être humain. Cela a commencé avec son apprentissage des noms, le tout début de la pensée humaine basée sur la non-contradiction, puis c’est la phase de l’abstraction. La Révélation a été nommée ar-Rouḥ dans cet aya : « Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un esprit [le Coran] provenant de Notre ordre. » (Ash-Shoura : 52) Allah, Exalté soit-Il, lui a également révélé le savoir et la législation. Par conséquent, l’être humain représente l’existence objective et matérielle tandis que le savoir et la législation représentent l’être humain en pleine conscience ; tout cela s’exprime à travers la langue porteuse de la pensée : l’être humain = individu (objectif) + esprit (subjectif) », l’esprit = (savoir + législation) à travers une langue fondée sur la non-contradiction.

Chahrour opte pour le choix des significations insolites des mots, non recensées dans les dictionnaires tout en négligeant celles employées couramment sous prétexte que ce sont celles en adéquation avec les termes coraniques : c’est une quête inlassable pour tout ce qui est nouveau. Par exemple, il interprète des termes comme : « son seigneur » par « son père Azar », le terme « sain » par « un cœur emporté » dans cet aya : « Quand il vint à son Seigneur avec un cœur sain. » (As-Safat : 85 » [28] Un autre exemple avec le terme « les femmes » « nissa’a » dans l’aya suivant : « On a enjolivé aux gens l’amour des choses qu’ils désirent : femmes, enfants, trésors thésaurisés d’or et d’argent, (…) » (Al-Imran :14) Il dit que certains exégètes interprètent ce terme comme étant le pluriel de « femme » or, celui-ci est dérivé du terme (نَسَأ : nasa ’) ayant le sens de « retard » ; spontanément, l’être humain préfère tout ce qui est récent. Ce même terme renvoie aux mâles et aux femelles dans la sourate « Les femmes : 34 » ; le terme « les hommes » dans le même aya désigne les deux sexes, vu que les hommes sont plus efficaces que les deux ![29]

Conclusion:

De ce qui précède, il s’avère que la production de Chahrour ne pourrait être considérée comme une apologie du Saint Qur’an. Toutes ses prétentions expriment une admiration pour ses idées ainsi que pour certaines de ses conclusions sans tenir compte des ouvrages des anciens et des contemporains.

Il faut souligner que les ouvrages de Chahrour se placent dans la droite lignée de l’école moderniste occidentale. Celle-ci considère que les sciences naturelles et sociales des occidentaux sont le socle permettant de comprendre le Texte coranique ainsi que la législation islamique, voire toute la religion. Chahrour, ainsi que certains adeptes de ce courant, ont tendance à s’inspirer des principes de la philosophie matérialiste (surtout marxiste) pour en déduire des idées qu’ils estiment valables pour mieux comprendre la religion que ce soit le Qur’an ou la Sunna, le patrimoine ou les exégèses, les fondements ou le Fiqh et finalement l’Histoire. Il faut préciser que la plupart des écrivains de ce courant ont situé leurs productions sur deux niveaux : cognitif (les grandes perceptions selon une vision philosophique) ou méthodologique (critique globale de la méthodologie traditionnelle tout en proposant des approches alternatives pour l’interprétation et pour l’exégèse sous l’appellation de « lecture »). Quant à Chahrour, il est allé encore plus loin en passant au niveau de « l’activation » de sa philosophie pour l’appliquer dans sa méthode de l’interprétation ; de là, il s’est lancé dans le domaine législatif pour aboutir à des conclusions très graves tant sur le plan des principes fondamentaux que sur celui des questions secondaires. En voilà les raisons :

  • La production de Chahrour ne répond pas aux exigences scientifiques de la recherche, conçues et approuvées par les chercheurs soit locaux ou internationaux comme : la précision des sources, l’identification des preuves ou des références, l’intérêt porté à l’authentification des citations ou des avis pour les attribuer à leurs auteurs. Il ne respecte pas non plus d’autres paramètres comme : l’examen des sens et des connotations ; la distinction entre les mots et les structures ; la prise en compte du contexte et son rapport avec l’avant et l’après selon une méthodologie bien claire ; la démarcation entre la racine et ses dérivés, l’invariant et le variable, la mesure et le mesurable ; etc. Bref, docteur Chahrour est incapable de défendre ses opinions, d’avancer des preuves ou de documenter ses citations : ce sont les bases rudimentaires de toute science.
  • Son approche ne prend pas en compte le contexte intellectuel traitant les sujets de façon désordonnée jusqu’à parvenir à des idées extrêmes voire pouvant mener à l’extrémisme. Cela pourrait engendrer des ripostes brutales et justifiées car Chahrour refuse tout compromis.
  • Il dénigre le prestige des savants reconnus par leur appartenance au courant modéré de l’Islam. Par ailleurs, il place les grands Imams dans la case des arriérés, des ignorants et des extrémistes, que ceux-ci soient parmi les anciens ou les contemporains. Comme signalé précédemment, il insiste à altérer délibérément des concepts et des termes traitant toute la communauté islamique d’ignorants semant ainsi la discorde entre savants et intellectuels.
  • De façon très claire, Chahrour promeut un agenda occidental tout particulièrement en ce qui concerne les fondements de l’Islam dont :
  • La manipulation de concepts fondamentaux tels l’Islam, le Qur’an, la législation, la prophétie et la Sunna.
  • La valorisation de tout ce qui est contemporain (le progrès occidental) pour le préférer à tout ce qui est ancien même si cela provient du Prophète, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui.
  • Son appel à l’historicité du Saint Qur’an ainsi que la relativité de la Sunna pour la confiner seulement à l’époque prophétique.
  • La manipulation de questions relatives à la femme et à la famille comme :
  • Les lois de l’héritage surtout pour la femme.
  • Les lois du mariage rendant licite des types déviants tels le mariage temporaire (المتعة), et celui dit misyar (المسيار) ou encore la cohabitation ou friendship .(الخدن)
  • Le vestimentaire de la femme musulmane ainsi que celui de l’homme.
  • Rendre licite l’adoption rendant un fils ou une fille adoptés des héritiers. Rendre illicite le mariage avec le fils ou le frère par adoption.
  • Rendre la polygamie illicite, exigeant le divorce de la première épouse avant d’épouser la seconde.
  • Enfin, il n’y a aucun mal pour essayer de comprendre et d’apprendre puisque c’est le devoir de tout un chacun mais il faut faire preuve d’humiliation face à ses acquis. Il incombe toujours au chercheur de partager les résultats auxquels il a abouti tout en respectant les termes et les concepts reconnus par les spécialistes. Par ailleurs, il devrait jouir d’une ouverture d’esprit pour les discussions et les critiques. Malheureusement, Chahrour – après près de quarante ans dans ce domaine – n’a répondu que rarement aux remarques ou critiques qu’on lui a adressées, tout en négligeant d’approfondir ses connaissances à travers la lecture des références du patrimoine ou de la production contemporaine, refusant de changer quoi que ce soit en ce qui concerne ses opinions.

A notre avis, ce qu’il y a de plus dangereux – dans ce phénomène représenté en Chahrour – c’est son attrait pour l’Occident œuvrant pour la falsification du discours religieux sous prétexte de le renouveler. Ces tentatives trouvent un certain écho dans les cercles qui se revendiquent hors de l’engagement pour l’Islam ; ceux-ci sont prêts à saper ses fondements et ses piliers. Ce type de pensée est valorisé de plus en plus dans les médias dans le but d’en faire la propagande ; malheureusement, l’argent et la publicité peuvent réussir à véhiculer ces idées beaucoup plus que par le biais de la culture et de la publication.

Traduit par:

Amira Mokhtar**

Révisé par:

Prof. Hedaya Mashhour***

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* Doctorat en sciences politiques, directeur exécutif du « Centre de la Civilisation » pour les études et les recherches.

[1] (Note de la traductrice) Tous les ayas en français sont tirés du site: https://share.google/LAmoNauOeBoGhn3IY. C’est la traduction effectuée par le Complexe du Roi Fahd.

[2] L’allégation selon laquelle l’islam autorise et encourage la prostitution des femmes esclaves tant qu’elles ne sont pas contraintes. (Site web Bayan al-Islam, en réponse aux idées fausses sur l’islam.).

=http://www.bayanelislam.net/Suspicion.aspx?id=01-07-0018&value=&type

[3] Guide pour une lecture contemporaine de la sage Révélation : méthodologie et terminologie. (Beyrouth : Dar Al-Saqi, Première édition, 2016), p. 26. Mohammad Chahrour,

[4] L’allégation selon laquelle le Saint Coran affirme la divinité d’Issa (que la paix soit sur lui). Le site web Bayan al-Islam s’attaque aux idées fausses concernant l’islam.

=http://www.bayanelislam.net/Suspicion.aspx?id=01-04-0087&value=&type

[5] L’allégation selon laquelle le Paradis et l’Enfer n’existent pas et ne sont qu’un moyen de tromper les gens est réfutée. Le site web Bayan al-Islam s’attaque aux idées fausses concernant l’islam.

=http://www.bayanelislam.net/Suspicion.aspx?id=01-03-0011&value=&type

[6] À revoir l’ouvrage de Taha Hussein La poésie antéislamique et celui de Amin al Kholy Etudes littéraires ainsi que le chapitre de l’interprétation dans l’Encyclopédie des connaissances islamiques. Ajoutons également Une Introduction à l’art narratif de Mohammad Amad Khalf Allah ainsi que certains ouvrages des disciples d’Amin Al Kholy tel celui de Nasr Hamed Abou Zaid.

[7] A cette école, appartiennent Abu al-Qasim Haj Hamad, Nasr Hamid Abu Zayd, Muhammad Chahrour, Hassan Hanafi, Muhammad Arkoun et d’autres.

[8] Muhammad Chahrour. Document fondateur de la Fondation pour les études intellectuelles contemporaines. Voir le lien suivant :

=https://nadyalfikr.com/showthread.php?tid=4380

[9]. Guide pour lecture contemporaine de la sage Révélation : méthodologie et terminologie. Référence déjà citée, p. 16 (adaptée). Mohammad Chahrour.

[10] Chahrour a qualifié ces caractéristiques de « secrets de la langue arabe » pour les inclure dans son ouvrage Le Livre et le Coran : lecture contemporaine publié en 1990 par l’Institut d’études intellectuelles contemporaines de Beyrouth, de la page 741.

[11] Assécher les sources du terrorisme. (Beyrouth : Fondation Al-Ahali pour les études intellectuelles contemporaines, première édition, 2008), p. 15. Muhammad Chahrour,

[12] (cf.) Muhammad Chahrour. Guide pour une lecture contemporaine de la sage Révélation : méthodologie et terminologie. Op.cit., p. 20-30 (adaptée). Et la méthodologie employée pour aborder la sage Révélation selon les lectures contemporaines. Site web de Muhammad Chahrour, sur le lien suivant : =https://shahrour.org/?page_id=3

[13] L’illicite dans le Coran : associer des partenaires à Allah ; désobéir aux parents ; tuer ses enfants à cause de la pauvreté ; commettre l’adultère ; tuer une personne sauf pour une cause juste ; s’approprier les biens des orphelins ; falsifier les poids et les mesures ; porter un faux témoignage ; rompre les alliances ; épouser un proche parent (relation incestueuse) ; pratiquer l’usure ; consommer de la charogne, du sang, du porc et tout ce qui est sacrifié à un autre qu’Allah ainsi que les animaux étranglés, battus, tombés d’une hauteur, tués par un animal sauvage ou dévorés par une bête sauvage ; tout ce qui est sacrifié sur des autels ou utilisé pour la divination par flèches ; le péché et la transgression sans fondement et le blasphème. (cf.) Muhammad Chahrour, La Mère du Livre dans le détail : lecture contemporaine de la gouvernance humaine… l’incohérence des juristes et des infaillibles. (Beyrouth : Dar al-Saqi, Première Édition, 2015), p.253-254.

[14] Voir Muhammad Charhour : Guide pour une lecture contemporaine de La sage Révélation : méthodologie et terminologie. Op.cit., p. 30-36 (adaptée). Et la méthodologie suivie pour aborder la sage Révélation selon les lectures contemporaines. Site web de Muhammad Shahrour. Op.cit.

[15] Muhammad Chahrour. Vers de nouveaux fondements pour la jurisprudence islamique – Jurisprudence féminine : testaments, héritage, tutelle, polygamie, vestimentaire. (Damas : Al-Ahali pour l’impression, la publication et la distribution, première édition, 2000), p. 39.

[16] Muhammad Chahrour. L’Islam et la foi : un système de valeurs. (Damas : Al-Ahali pour l’Imprimerie, l’Edition, et la Distribution, première édition, 1996), p. 378-379

[17] (Op.cit.) Muhammad Chahrour. Assèchement des sources du terrorisme, p. 38.

[18] Muhammad Chahrour, Vers de nouveaux fondements pour la jurisprudence islamique – Jurisprudence féminine : testaments, héritage, tutelle, polygamie, vestimentaire. (Op.cit., pp. 62-63).

[19] Op.cit., pp. 64-65.

[20] Muhammad Chahrour, Le Livre et le Coran : une lecture contemporaine. (Beyrouth : Fondation Al-Ahali pour les études intellectuelles contemporaines, 1990), p. 472.

[21] Op. cit., pp. 30-31.

[22] Op. cit., p.446

[23] Op. cit, pp. 447-449.

[24] Op.cit., pp. 450-459. Notez que Dr. Chahrour avait présenté ces limites de manière sommaire dans son premier ouvrage Le Livre et le Coran (1990) pour les développer ensuite dans un autre Vers de nouveaux principes pour la jurisprudence islamique – Jurisprudence des femmes : testaments, héritage, tutelle, polygamie, vestimentaire. (2000)

[25] Muhammad Chahrour, Assécher les sources du terrorisme. (Beyrouth : Fondation Al-Ahali pour les études intellectuelles contemporaines, première édition, 2008), p. 39.

[26] Cette conception est en effet remise en question par les linguistes classiques et modernes qui ont rejeté l’opinion d’Abu Ali al-Farisi, la jugeant aberrante car celle-ci ne tient pas compte du rôle des différents dialectes des tribus arabes. Certaines tribus utilisaient un nom pour désigner une même chose tandis que d’autres en utilisaient un autre. Ces variations dialectales jouaient un rôle important pour la synonymie totalement délaissée par docteur Shahrour en raison de son adhésion totale à l’opinion d’Abu Ali al-Farisi, la considérant à tort comme la seule valable quand toutes les autres s’avèrent erronées.

[27] Voir : Glossaire des termes utilisés dans la Révélation de la Sage Révélation. Id. p.12 Site web de Muhammad Chahrour.

http://shahrour.org/

[28] Cf. http://shahrour.org/?topic=10000

[29] Cf. https://ar-ar.facebook.com/Dr.Mohammad.Shahrour/posts/1328430337273763

** Chercheur et traducteur égyptien.

*** Professeur de langue française. Département de langue française. Faculté des lettres, Université du Caire.

[i] Note de la réviseuse : Nous avons adopté le système de la translittération pour tous les noms propres pour éviter de reprendre les noms des Prophètes à l’occidentale ainsi que pour les termes fondamentaux (comme Qur’an, aya et sourate) pour éviter une traduction non satisfaisante.

[ii] Note de la traductrice : sens littéral : éloignement de tout chemin à part celui qui mène à Allah Seul. C’est la religion qui représente la rectitude et la modération dans tous les aspects de la vie, et c’est la religion de la nature saine inhérente à tout être humain. Notons que Chahrour l’emploie dans un sens totalement opposé.

عن أميرة مختار

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