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Faqihates, Muftiyates et chaykhates dans l’histoire islamique

Faqihates, Muftiyates et chaykhates dans l’histoire islamique *

                                                             Par

Prof. Hoda El Saadi**

Prof. Omayma Abou Bakr***

Première partie

L’Histoire oubliée des muftiyates et faqihates

Par Prof.  Hoda El Saadi

La femme occupait-elle une place au sein de l’activité religieuse durant les époques premières et moyennes? Avait-elle participé à ce domaine? Possédait-elle une présence dans ces activités?  Le travail religieux durant cette période se déclinait en maints secteurs qui englobaient des domaines multidisciplinaires à savoir: le Hadith, la justice, le Fiqh, al’Iftaa[1], la prédication, l’enseignement, la rhétorique, les cercles scientifiques (Macheikha), Zaouïa (Centres d’apprentissage). Mais y avait-il des domaines ou la femme était présente et d’autres ou elle ne l’était pas? Est-il vrai, comme certains le croyaient que la femme est seulement habilitée aux sciences transmises effectuées par l’étude et le récit comme le Hadith ? Est-elle inapte aux sciences de l’intellect qui demandent des capacités mentales, un esprit analytique ainsi que des connaissances étendues? Nous allons essayer à travers notre recherche de répondre à toutes ces interrogations. Nous allons essayer également de mettre en relief leur rôle non négligeable dans les différentes disciplines religieuses: le rôle de la femme s’est limité seulement au Hadith ou au contraire s’est étendu pour englober d’autres secteurs du travail religieux concernant les sciences transmises ainsi que celles de l’intellect.

Avant de présenter le rôle des femmes, nous allons d’abord donner une simple définition des diverses activités religieuses. 

Le Faqih, juriste / jurisconsulte: C’est une personne spécialiste en jurisprudence islamique (le fiqh), des jugements de la Charia (loi islamique), des règles du culte et des transactions à travers l’Ijtihad[2] . Il n’est pas obligatoire que la personne enseigne les jugements de la loi islamique mais il suffit qu’elle les connaisse pour mériter le titre de Faqih.  Ceux qui sont encore en phase d’apprentissage et d’étude sont appelés « Mutfaqih »[3]  ou étudiant en Fiqh (la jurisprudence islamique).

Muhaddith, rapporteur de hadiths: C’est une personne ayant le savoir de tout ce qui concerne le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) en paroles et en actes. Les musulmans ont établi des règles strictes pour les narrateurs de hadiths ou ceux exerçant les sciences du Hadith. Celles-ci découlent de l’importance du Hadith pour la Charia car elle constitue la deuxième source pour la législation islamique. Le Muhaddith a une grande responsabilité envers la société islamique et la Charia. (Hassan, Hanafy, 1998. Page 337)

Le Mufti: C’est le Faqih qui a terminé les études des jugements islamiques pour devenir capable de donner des solutions et de porter un jugement sur des différends concernant la Charia. Il possède «un don à travers lequel il est capable de déduire les jugements islamiques à travers des preuves provenant de la charia» (Ahmed Aysawi, 1967. Page 255) La personne désirant être un mufti pour émettre des fatwas[4] doit avoir des qualités particulières: «Adulte raisonnable, juste tandis que la fatwa du pervers est non acceptée. » (Alkhatib el Baghdadi page 300). Le mufti équitable en qui nous avons totale confiance occupe une place élevée au sein de la société islamique.

Le maître: C’est un Faqih qui enseigne la Charia dans un établissement d’apprentissage ; généralement, il est aidé par un assistant qui le remplace parfois ou un assistant qui répète ce qu’il a déjà expliqué aux étudiants. Le maître de cette époque correspond au maître de conférences de nos jours qui occupe le sommet de la pyramide académique. Le Faqih enseignant doit être un savant en sa matière tout en se référant aux ressources reconnues, aux hadiths authentiques et aux narrations exactes. (Aissa, 1982. Page 360)  

L’enseignant et l’éducateur: Ces sont des surnoms qu’on donnait à ceux exerçant la profession de l’enseignement et de l’éducation dans le premier niveau éducatif qui avait lieu à la maison ou au Kuttâb[5]. Là, on enseignait le Coran aux enfants ainsi que les principes de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture (Aissa. Page 247-255)

Le prêcheur: Le prêcheur est la personne qui s’appuie sur le Coran et le Hadith pour conseiller les individus en leur rappelant leurs devoirs et leurs responsabilités envers Allah ainsi que Son châtiment et Sa colère. Il y a trois types de prédicateurs : le prêcheur « le Khatib » qui prêche à travers le sermon du vendredi, il se distingue par son éloquence et par une voix nette et claire ; puis, le prêcheur qui conseille les musulmans au sein des cercles consacrés à la science et enfin, le prêcheur « le lecteur du Korsy » (de la chaire).  C’est un prêcheur (titulaire) qui raconte les récits de nos pieux ancêtres, en récitant des versets coraniques et des Hadiths du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) pour inciter les croyants à suivre la bonne voie tout en évitant les sujets de controverse. Nous devons distinguer entre le second et le troisième type selon l’endroit où ils tiennent leur discours : le prêcheur-lecteur, dans les rues et non pas dans une place déterminée ; pour exercer sa prédication, il ne lisait pas dans un ouvrage mais se fiait à la mémoire. Par contre, le prêcheur ou le lecteur- korsy  (la chaire) est toujours assis sur une chaise dans un lieu précis  comme la mosquée ou l’école. (Ibn Al hagh, 1929. Page 144- 152).

Cheikh al rabt / soufi: Al rabt ou zaouïa / centres d’apprentissage, ce sont les surnoms des centres de soufisme. Le cheikh de ce cercle en est  responsable ; il a pour mission d’apprendre aux dévots la récitation du Noble Coran et le zikr, En plus il doit gérer le lieu : s’occuper des repas et soutenir les fidèles[6].  

Nous avons constaté dans l’ouvrage des « Classes » que le taux de présence de la femme exerçant les sciences du Hadith est supérieur à celui de la femme pratiquant les sciences mentales. Cet ouvrage cite beaucoup de femmes qui exerçaient la science du Hadith, le récitaient, le transmettaient et l’enseignaient. Dans cette étude, nous avons délibérément écarté les femmes travaillant dans le domaine du Hadith car nombre de chercheurs se sont déjà penchés sur ce sujet. Nous allons nous consacrer aux sciences mentales vu que celles-ci demandent un effort soutenu ainsi qu’une pensée déductive. Il est à souligner que la femme jouait un rôle non négligeable, celui de macheikha rabt et des zaouïas[7]/ centres d’apprentissage.

D’après un examen des ouvrages des « Classes », nous avons établi le tableau suivant rassemblant le nom des femmes ainsi que leur classification selon les fonctions occupées ou selon leurs activités dans les domaines religieux. Ce tableau, présenté dans l’ordre chronologique, offre une image claire du travail de la femme dans les différents secteurs. 

Les femmes muftis Les Mutfaqihat Les lectrices/ El moulkiats Les prédicatrices Les cheikhs du rabt Les enseignantes
Zainab bint Abi Salamah al-Makhzumiya (mort en 7 AH),

Al-Dhahabi, Sir Media, Partie 3, page 200

 

Fatima bint Yahya bin Yusuf (morte en 309 AH)Kahala, Women’s Media, Volume 4, page 15

 

Khadija bint Sahnoun bin Saeed Al-Tanukhi (d. 270 A.H.)

Kahala, Women’s Media, Volume 5, page 311

 

Samra bint Nahik (Les jours du messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, Ibn Abd al-Bar, al-Isti’ab, vol. 4, p. 1863

Sahar Al-Alam, Volume 4, pp. 277-279 

Aisha bint al-Mustanjid al-Faruziyyah (d. 640 AH)

Al-Safadi, Al-Wafi dans Morts, Volume 16, page 608

Mawla pour Abi Imamah Al-Jawzi, page Al-Safwa, Volume 2, page 453

Quartier Hagmeya Bint Al-Usabiyah de Damas (m. 90 A.H.)Al-Dhahabi,

Hagmeya Bint Al-Usabiyah de Damas (m. 90 A.H.)

Al-Dhahabi, Sahar Al-Alam, Volume 4, pp. 277-279

Khadija bint Muhammad bin Ahmad al-Khuzjani (mort en 372 AH)

Kahala, Women’s Media, Volume 1, page 341

Umm Issa bint Ibrahim Al-Harbi (mort en 338 AH)

Al-Jawzi, Adjectif de l’élite, tome 1, page 651

Maymoona bint Saqulah (mort en 393 AH),

Kahala, Women’s Media, Volume 5, page 140

 

Zain Al-Arab bint Abdul Rahman bin Omar bin Al-Hussein (mort en 704 AH)

Ibn Hajar, Al-Durar Al-Katina, tome 2, page 117.

Le célèbre Fakhr al-Nisa Ibn Khalkan, Al-Wafi Balawyat, vol. 2, p. 172 en a été témoin.

 

Omara  Bint Abdul Rahman (mort en 98 AH)

Ibn Saad, Al-Tabaqat, tome 8, pp. 480-481

 

Ain Al-Shams bint Al-Fadl bin Al-Mutahhar bin Abdul Wahed (d. 610 AH)

Kahala, Informer les femmes, Volume 3, page 383/Kahala, Drapeaux des femmes, Volume 4, page 94

Amah al-Wahed, fille du juge Abi Abdullah (d. 437 AH)

Al-Khatib Al-Baghdadi, Histoire de Bagdad, tome 14, page 446

 

 

Khadija bint Musa bin Abdullah (mort en 437 AH)

Al-Khatib Al-Baghdadi, Histoire de Bagdad, tome 14, page 446

Faihdah  de Sheikha (mort en 827 AH)

Al-Sakhawi, Brilliant Light, tome 12, p. 114

 

Sayeda  Bint Abdul-Ghani Al-Abdari (morte en 647 AH)Al-Safadi : Al-Wafi dans Morts, tome 16, page 65  
Hafsa bint Sirin (mort en 100 AH),

Al-Jawzi, Sifat al-Safwa, tome 2, pp. 247-248

 

Khadija bint Al-Hassan bin Ali bin Abdulaziz Al-Qurashiah (d. 640 AH)

Safadi, décédé

 

Fatima bint Muhammad Ahmad al-Samarqandi (contemporain du roi juste Nur al-Din, décédé en 569 AH)

 

Khadija Al Shahjaniyeh (T?)

Al-Khatib Al-Baghdadi, Histoire de Bagdad, tome 14, page 446

 

Aisha bint Ali bin Abdullah Al-Rifai (d. 837 AH)

Al-Sakhawi, Brilliant Light, 12e partie, page 77

Umm al-Qasim, la tante d’al-Sakhawi (d. 860 AH)

Al-Sakhawi, Brilliant Light, tome 12, p. 148

 

Les femmes muftis Les Mutfaqihat Les lectrices/  El moulkiats Les prédicatrices Les cheikhs du rabt Les enseignantes
Umm Issa bint Ibrahim bin Ishaq Al-Harbi (mort en 328 AH),

Al-Jawzi, Sifat al-Safwa, tome 1, page 651

Zainab bint Abi Al-Barakat Al-Baghdadi (vit au VIe siècle de l’hégire)

Kahala, Women’s Media, Volume 2, page 57

Fatima bint Muhammad bin Makki Al-Amili (elle était présente en l’an 786 AH)

Al-Amili, Ayoun Al-Sham’a, tome 4, p.42

Hamda bint Wathiq bin Ali bin Abdullah (né en 466 AH)

Al-Safadi, Al-Wafi dans Morts, Volume 13, page 165

Bint Al-Khawas (T?) Al-Sakhawi, Tuhfat Al-Ahbab, page 155 Asmaa Bint Musa Al-Dhaji (d. 902 AH)

Kahala, Women’s Media, Partie 1, page 65

Ummah Al-Wahid bint Abdullah Al-Hussein Al-Muhati (mort en 377 AH)

Al-Jawzi, L’adjectif de l’éveil, Volume 1, page 651

Aisha bint Muhammad bin Abi Al-Fath Sitt Al-Aish, Le Caire (d. 840 AH),

Al-Sakhawi, Brilliant Light, tome 12, pages 78-79

Al-Mawardia (d. 466 AH) Al-Jawzi, La description de l’élite, volume 2, page 264 Zainab bint Omar Kennedy bin Saeed bin Ali (d.?), Al-Safadi, Al-Wafi in Deaths, Vol 14, page 66 Aisha Al-Ba’ouniyah (d. 922 AH)

Al-Ghaza, Les planètes en marche, tome 1, page 287

Aisha bint Al-Fadl Al-Kisani (née avant 460 AH)

Kahala, Women’s Media, Volume 3, page 185)

Umm Hani bint Nur al-Din Abu al-Hasan (mort en 871 AH),

Al-Sakhawi, Brilliant Light, tome 12, p. 157

Yasmina al-Sir ou Scar (d. 502 AH),

Kahala, Women’s Media, Volume 5, page 295

Fatima bint Fazimaran (T?)

Al-Ghaza, Les planètes en marche, tome 2, p.238

Aisha bint Ibrahim bin Siddiq (T?)

Ibn Hajar Al-Saqlani, Al-Durar Al-Latina, Volume 2, page 345

Fatima bint Muhammad Ahmad al-Samarqandi, (contemporain du roi juste Nur al-Din, décédé en 569 AH)

Kahala, Women’s Media, Volume 4, page 94

Zubaydah bint Asaad de Constantinople (d. 1194 AH), Al-Muradi, Book of Silk Al-Durar, Volume 2, p. 117 Zainab bint Abi Al-Barakat Al-Baghdadi (6ème siècle AH)

Kahala, Women’s Media, Volume 2, page 57

Asmaa Bint Al-Fakhr – Le palais mamelouk Ibn Hajar, Al-Durar Al-Latina, Volume 1, page 360

 

 

Les femmes muftis Les Mutfaqihat Les lectrices/  El moulkiats Les prédicatrices Les cheikhs du rabat Les enseignantes
Fatima bint Ahmed Al-Rifai Al-Kabeer (mort en 609 AH);Kahala, Women’s Media, Volume 4, page 27     Zainab bint Ahmed al-Marwazi – Zain al-Nisa’ (mort en 543 AH) Al-Safadi, Al-Wafi in Deaths, Vol. 15, Pg. 64, Part 17, P. 169    
Umm  al Bakaah  Khadija bint Hassan (morte en 641 AH);Al-Saadi, Al-Wafi dans Morts, Volume 13, page 297     Daw el sabah , Bint Mubarak – Surtout les savants (d. 585 AH), Al-Safadi Al-Wafi, Vol. 16, page 370    
Umm el Bakaa  Khadija bint Hassan (morte en 641 AH);Al-Safadi, Al-Wafi dans Morts, Volume 13, page 297     Daw AL Sabah  , Bint Moubarak – en particulier les savants (d. 858 AH); Al-Safadi, Le compagnon de la mort, volume 16, page 370    
Fatima bint Ayyash al-Baghdadi (morte en 714 AH);Ibn Hajar, Les perles cachées, tome 3, p.266     Taj Al-Nisa Bint Rustam Bani Abi Al-Raja Al-Asbahani (d. 611 AH) Al-Safadi, Al-Wafi in Deaths, Volume 1, p. 374    
Fatima bint Muhammad bin Ahmed Al-Akbari (mort en 776 AH); Al-Amili, notables chiites, tome 4, p. 42     Zainab bint Fatima bint Ayyash al-Baghdadi (mort en 796 AH), Ibn Hajar, les perles cachées,    
Fatima bint Muhammad Ibn Makki al-Amili (existait en 786 AH) al-Amili, notables chiites, tome 4, p. 42          

 

Les femmes muftis Les Mutfaqihat Les lectrices/  El moulkiats Les prédicatrices Les cheikhs du rabt Les enseignantes
Zainab bint Fatima bint Ayyash (mort en 796 AH);Ibn Hajar, Les perles cachées, tome 3, p.266          
Dahma bint Yahya Al-Murtada (mort en 837 AH); Kahala, Women’s Media, Volume 1, page 420          
Aisha Al-Baounia (morte en 922 AH);Al-Ghaza, Les planètes en marche, tome 1, page 287          
Khadija bint Muhammad al-Bayloni (mort en 930 AH);La conquête des planètes ambulantes, tome 1, p.92          
Khadija bint Muhammad al-Amiri (mort en 935 AH), Al-Ghaza, Les planètes en marche, tome 2, p.141          
Bay Khatun (mort en 942 AH); Al-Ghazy, Les planètes en marche, tome 1, page 109          
Bint Ali Al-Nashar (mort en 1031 AH); Al-Amili, Notables des chiites, tome 13, tome 14, page 169          
Quraish bint Abdul Qadir al-Tabariah (mort en 1107 AH); Kahala, Women’s Media, Volume 4, page 91          

Comme le montre le tableau précédent, il y avait des femmes muftis « muftiya » et des femmes mutfaqihat (étudiantes du fiqh) ; elles travaillaient dans : la fatwa, la prédication, l’enseignement et l’éducation dans les zaouïa. Cependant, le tableau ne cite pas celles qui pratiquaient la science du hadith pour les raisons déjà mentionnées. Nous n’avons pas voulu rediscuter ce sujet car assez épineux et ce dossier est presque clos. Nous avons donc limité notre étude aux six domaines signalés dans le tableau. Commençons par le Fiqh qui est une discipline ou le nom des femmes apparait comme étant une faqiha ou comme étant étudiante en Fiqh et ce, dans plusieurs références. En examinant le tableau, nous observons que la date de décès de ces faqihates  remontait au premier siècle de l’hégire / septième  après JC  et jusqu’au douzième siècle de l’hégire/ dix-huitième siècle après JC. Les pionnières étaient « Zainab bint Abi Salamah al-Makhzumiya » (morte en 7 AH), elle était parmi les meilleures Faqihates de son époque à Médine (Al-Dhahabi, 1996, volume 3. Page 200) ainsi que « Hagmeya Bint Al-Usabiyah de Damas » connue sous le nom de Um AL Dardah, (morte 90 AH) ; (Al-Dhahabi, Volume 4. P. 207-279). Il y a aussi « Omara Bint Abdul Rahman » (morte en 98 AH) qui était proche de Aicha, l’épouse du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) et de certains des Compagnons du Prophète ; elle a maitrisé les sciences du Coran et de la Sunna ainsi que les sources du Fiqh islamique.  Les   Médinois revenaient toujours vers elle pour savoir tout ce qui concerne les Ibàddate[8] et les transactions.  Plusieurs fatwas lui sont attribuées comme celle de l’interdiction de vendre les produits frais – fruits ou légumes – pas mûrs car ces derniers peuvent se gâter ; cela peut causer du tort lors de la vente des produits agricoles. (El Soyouty 1951, Tome 2. Page 51) Omaraa a également interdit à sa nièce d’imposer le Hadd[9]  (peine impérative) dans le cas d’un homme qui a volé des bagues en fer. Elle a dit : «Omaraa te fait savoir qu’on ne coupe pas la main à moins d’un quart de dinard»

Omaraa jouissait du respect et de la confiance de la société  à Médine, les savants et les historiens la citaient avec déférence ; Ibn Saad la qualifiait  dans son ouvrage «Les Grandes Classes» par la savante. (Ibn Saad 1321 H, partie 8. P. 480-481)

Après avoir passé en revue les trois premiers siècles de l’Hégire, le tableau nous présente les femmes muftis du quatrième siècle : Umm Issa bint Ibrahim bin Ishaq Al-Harbi ; Al-Jawzi, Sifat al-Safwa, tome 1. Page 651). Ummah Al-Wahid bint Abdullah Al-Hussein Al-Muhamaly (morte en 377 AH) était parmi les meilleures apprenantes du Fiqh de «Madhhab[10] Al Chafei », les « furûd[11] », les obligations et les mathématiques. Elle était également l’une des références en jurisprudence islamique concernant l’héritage et la succession. (Al-Jawzi, tome 1. Page 652) 

En ce qui concerne les femmes muftis des deux siècles, cinquième et sixième,  le tableau nous présente : la savante et  pieuse « Aisha bint Al-Fadl Al-Kisani »  qui était une   Faqiha (juriste / ou jurisconsulte), (née avant 460 AH); Kahala, 1991, Volume 3. Page 185) ainsi que « Fatima bint Muhammad Ahmad al-Samarqandi ». C’était l’une des femmes Faqih d’Alep (Syrie) ayant étudié le Fiqh de Mazhab Al Hanafy ; elle a laissé plusieurs ouvrages en Fiqh comme références pour les jugements de la jurisprudence islamique à Alep. On disait aussi que c’était elle qui a donné la permission de ne pas faire le jeun[12] dans des circonstances bien précises ; elle avait deux bracelets, elle les vendait avec l’argent pour faire des repas chaque jour du mois de Ramadan». (Kahala, Volume 4. Page 94)

Pour passer aux deux siècles septième et huitième de l’hégire, nous trouvons que le tableau présente les noms des femmes muftis comme la muftiya «Fatima bint Ahmed Al-Rifai Al-Kabeer» (morte en 609 AH); Kahala, Women’s Media, Volume 4, page 27; ainsi que la pieuse  « Umm el Bakaa  Khadija bint Hassan » (morte en 641 AH) (Al-Safadi, Al-Wafi dans Morts, Volume 13, page 297) qui exerçait également la Fatwa. En cette même époque, il y a deux autres femmes muftyates   célèbres au huitième siècle de l’hégire à savoir «Fatima bint Ayyash al-Baghdadi» et sa fille «Zainab» ; la mère Fatima (morte en 714 AH) maitrisait parfaitement le fiqh. Ibn Taymiya a même fait son éloge pour son intelligence et sa précision. Beaucoup ont profité de ses connaissances à Damas (Syrie) puis elle est venue au Caire devenant célèbre et réputée (Ibn Hajar El Askalany, 1993, tome 3. P.266).  Zainab  (morte en 796 AH) a hérité  de sa mère la maitrise du Fiqh devenant aussi pieuse qu’elle ; il est surprenant de constater qu’elle a été connue dans l’ouvrage  des « Classes » par « Zainab bint Fatima bint Ayyash al-Baghdadi » portant ainsi le nom de sa mère – réputée et célèbre par ses qualités et par son savoir –  non pas celui de son père.  Aussi, nous avons La Faqiha « Um Al Ezz Nasr bint Ahmed » (morte 730, AH), elle a appris le Fiqh à travers de nombreux Cheikhs du Caire, elle était brillante et réputée dans ce domaine ; son père était fier d’elle regrettant que son fils n’ait pas atteint le même niveau de savoir que sa sœur (Ibn Hajar Al Asqalani, volume 4. Page 942). Il y a la Faqiha chiite Fatima bint Muhammad ibn Ahmed ibn Aduallah  Al-Akabery Baghdadi (morte en 796 AH, Ibn Hajar) ainsi que « Fatima bint Muhammad Ibn Makki al-Amili »  chiite vivant en 786 AH ; son père invitait les autres femmes à suivre son exemple. Al-Amili, 1938, tome 4. P. 42). Nous avons également une autre faqiha digne d’intérêt, c’est « Dahmaa bint Yahya Al-Murtada »  qui a  écrit des ouvrages en Fiqh comme « Explication  d’Al Azhar » en quatre volumes  et « Explication du système Kofi en fiqh et les oblgations en Islam» (Kahala, Volume 1. Page 420). C’est l’une des rares auteures dont les ouvrages de références ont cité leurs publications.[13]

Parmi les faqihates les plus célèbres, au dixième siècle de l’hégire, il y a « Aicha Al-Ba’ouniyah » (morte en 922 AH) – connue sous le nom de cheikha soufie Aldimashqiat (damascène) – écrivaine et savante citée dans les références. Elle était venue au Caire, à l’époque du Sultan El Ghori el Mamelouki, pour apprendre ; habilitée pour la Fatwa et l’enseignement, elle a écrit plusieurs ouvrages que nous allons citer dans notre deuxième partie. Les références mentionnent qu’elle a rencontré plusieurs Macheikh[14]. En ce même siècle, nous trouvons aussi, la faqiha « Khadija bint Muhammad al-Amiri » (morte en 935 AH), connue dans les ouvrages de références par la « pieuse Faqiha » (Al-Ghaza, tome 2. P.141). Il y a également Khadija bint Muhammad al-Bayloni (morte en 930 AH), la Cheikh Hanafiya[15] ,  spécialisée dans la doctrine al Hanafi qu’elle a étudiée malgré l’adhérence de son père et de ses frères à une autre doctrine – celle d’Al Chafei – (Al Ghazi,  tome1. P.192). Nous trouvons aussi « Bay Khatoun » une faqiha adhérant à la doctrine Al Chafei (morte 942 AH ) qui a étudié  « Nawawi » et « Ihya ulum al dine » (Revitalisation des sciences de la religion) de l’Imam Abu Hamed Al- Ghazali. (AlGhazi , Tome 1. P.109) Il y avait aussi au début du 11e siècle, la faqiha chiite Bent Aly Al Nachar (morte 1031 AH) désignée par « la pieuse faqiha » dans les références ; elle a hérité de son père 4000 ouvrages des plus rares (Al Amily, Tome 13, volume 14. Page 169).

Le tableau nous présente dans le douzième siècle de l’hégire / dix-huitième siècle JC, la faqiha « Quraish bint Abdul Qadir al-Tabariah » (morte en 1107 AH), elle l’a appris de son père. (Kahala, Volume 4. Page 91).  Nous remarquons qu’elle appartenait aux époques tardives de l’Histoire islamique, période écartée par notre étude. Nous devons néanmoins la mentionner pour montrer à quel moment exactement les femmes ont disparu du domaine du Fiqh. Après cette faqiha, nous n’avons trouvé aucune trace dans les ouvrages de références à quelques exceptions près dans les ouvrages du fiqh chiite.

Nous remarquons après cette étude diachronique, selon l’ordre chronologique, des « Faqihates » qu’il y avait une baisse décroissante de leur nombre jusqu’à leur disparition au 12e siècle. En ce moment, le Faqih n’est plus une personne indépendante pouvant déduire et émettre les décisions de la Charia mais un fonctionnaire d’État dépendant de ses établissements et de son système (Roded, 1994. P. 84). Ces exemples cités constituent un signe confirmant l’existence d’un héritage riche dans un contexte culturel ; ceci permet la présence prégnante de ces Faqihates dans l’exercice du Fiqh au cours de cette longue période. Nous remarquons leur rôle dans la déduction des dispositions de la Charia grâce à leurs capacités mentales et analytiques ; elles ont laissé un héritage précieux, oral et écrit, ainsi que de nombreux ouvrages dans ce domaine. Les savants et les historiens ont fait leur éloge, les considérant comme une référence fiable pour certains sujets et pour certaines fatwas.

À part les femmes qui ont exercé le Fiqh, il y avait d’autres en phase d’apprentissage du Fiqh nommées « Mutfaqihat ». D’habitude, ces femmes – dès la fin de cette période – exerçaient le fiqh  et émettaient des fatwas ; parfois, on les nommait simultanément  la « Faqiha et la Mutafaqiha»,(Makidisi 198. P. 172). Ces deux appellations ont presque le même sens mais pour plus de précision, il faut dire qu’il y avait des femmes étudiant le Fiqh sans accéder au statut des faqihates dans les références car elles n’ont pas émis des fatwas.  Citons à titre  d’exemple : « Fatma Bint Yehia ibn Youssef » (morte 319 AH), qualifiée dans les références par la « savante Mutfaqihat » ( Kahala , vol 4. Page 15), « Khadigat bint Mohamed ibn Ahmed al khawargani » Mutfaqihat de Mazhhab Hanbali,  (morte 372 AH), « Khadija bint Al-Hassan bin Ali bin Abdulaziz Al-Qurashiah aldimashqia » Damascène (morte 640 AH) ; (Safadi, vol 13. Page 297) « Zainab bint Abi Al-Barakat Al-Baghdadi », au sixième siècle (elle a étudié le Fiqh et la littérature) (Kahala, Volume 2. Page 157); « Ein Shams Bint el Fadel ibn el Mutaher ibn Abdel wahed » (morte 610 AH). (Kahala, vol 13. Page 382)   

Voilà « Aicha bint Aly ibn Mohamed ibn Abi Elfatha » appelée Set Elaiche cairote, (morte 840 AH) qui a grandi dans une atmosphère scientifique, lisant le Noble Coran, elle a reçu l’accréditation par plusieurs Cheikhs, égyptiens et syriens. Elle consultait les ouvrages de la doctrine Hanbali qu’elle maitrisait parfaitement grâce à son intelligence ainsi qu’à ses compétences intellectuelles très appréciées par son entourage. (El Sakhawi, vol 12. Page 157). Nous avons aussi, « Um Hani Mariam Bint Nour el dine Abou el Hassan Aly » (morte 871 AH) ayant grandi dans un climat scientifique auprès d’un père savant très réputé ; le grand-père maternel responsable de son éducation était juriste, d’où son empressement pour l’étude du fiqh. A son tour, elle a incité ses quatre enfants à se spécialiser chacun dans l’une des quatre doctrines de l’Islam, (El Sakhawi vol. 12. Page 157).  La dernière que nous avons pu répertorier comme experte du fiqh, c’est « Zobiyda bint Assad » appartenant à une époque tardive de notre étude.  Nous l’avons néanmoins ajouté à notre tableau pour montrer à quel moment les femmes ont abandonné le domaine du Fiqh et Al Tafaqah[16] . (El mouradi, 1874, vol 2. Page 117) Nous pouvons considérer toutes ces femmes comme des exemples honorables dans ce domaine.

Une autre discipline exercée par les femmes avec beaucoup de succès, c’est la « fatwa » ou fatyia ». C’est le fait d’émettre des avis religieux concernant des sujets litigieux de la charia ; la personne qui émet la fatwa est nommée « Mufti[17] » ou « Muftiya », elle doit posséder certaines qualités précisées par les savants.  

Le Mufti doit être adulte, sain d’esprit digne de confiance car la Fatwa du vicieux ou du corrompu n’est point acceptée. Qu’il soit esclave ou homme libre, la liberté n’est pas parmi les conditions obligatoires pour une fatwa correcte conformément   aux règles religieuses ; finalement, il faut qu’il soit spécialiste de la loi islamique. (Al Khatib Al Baghdadi, v11. P. 156) Tous les savants se sont mis d’accord que la personne émettant une fatwa doit être : très cultivée, maitrisant parfaitement le Fiqh – ses branches et ses sources – , connaissant les paroles des compagnons du Prophète et de ses partisans,  des fidèles et des Imams du Fiqh ainsi que l’exégèse, averti de tout ce qui a été adopté  ou refusé par la Sunna[18] et le noble Coran. Avec tout ce qui précède, il lui faut maîtriser la langue arabe, les règles de la grammaire et de la conjugaison. (Al kourtoby 1968, v 2. P.207)  Les femmes sont autorisées à devenir « muftiya » car être un homme n’est pas obligatoire, elles avaient  donc accès à ce domaine et nous avons pu suivre un certain nombre d’entre elles.

L’Iftaa a commencé en Islam avec les questions des fidèles au Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui), Dieu a dit dans le Noble Coran : « Ils s’interrogent (sur la succession), dis-leur : « voici ce qu’Allah prescrit au sujet de l’héritage des collatéraux»[19]. Après le décès du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui), ils interrogeaient les compagnons les plus proches du prophète qu’ils soient hommes ou femmes pour savoir la conduite à adopter dans telle ou telle circonstance, pour régler un problème sur lequel la jurisprudence islamique n’est pas suffisamment claire. À cette époque l’Ifta cherchait à sauvegarder la « Sunna » la Tradition. Aicha, l’épouse du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui), avait joué un rôle primordial car les fidèles s’adressaient toujours à elle pour savoir les détails de la vie quotidienne du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui).  

À la suite de la disparition de cette génération des compagnons du Prophète[20] – hommes et femmes – les fidèles ont perdu une source très importante. A partir de cette époque, deuxième siècle de l’hégire et huitième siècle JC, les fidèles ont commencé à demander conseil aux personnes fiables reconnues pour leur maitrise du savoir religieux « la charia », ses sources et ses disciplines. L’Iftaa a commencé à se cristalliser au sein de la société islamique car à ses débuts celui-ci était indépendant de l’État, une activité libre pour toute personne possédant les caractéristiques déjà mentionnées. (Massoud, 1996. P.409)

Les femmes ont donc commencé à travailler dans ce domaine d’où ces nombreuses Faqihates classées dans l’ordre chronologique dans le tableau précédent. Nous avons « Khadigha bint Sahnoun bint saied AlTahnouky »  (morte 270 AH) parmi les plus réputées au troisième siècle de l’hégire dans les pays du Maghreb ; elle se distinguait par  le savoir,  la vertu ainsi que par le sens du jugement. Elle a appris Al Mazhab EL Malleki au Maroc par son père qui lui demandait conseil, on lui demandait la fatwa dans certaines questions religieuses. (Kahalah, volume 5. Page 311)

 Quant à « Um Eissa Bint Ibrahim al Harbi » (morte 338 AH), elle était connue comme étant une savante maîtrisant le fiqh, (el Gawzi ,vol 1. Page 651) ; la Faqiha « Uma el Wahed Bint el kadi Abi abduallah ibn Ismail  el Mahmaly , (morte 377AH), était citée par les références car elle émettait des « fatwas » avec Abi aly ibn Hourayra, ( el Gawzi, vol 1. Page 652) ;   aussi Fatma Bint Mohamed ahmed el Samakandi (morte 596 AH), vivant à l’époque du Roi El Adel  Nour El Dine, était réputée comme Faqiha du Mazhab el Hanafi (Kahala, Vol 4. Page 94) ; la muftia chiite « Fatma Bint Mohamed Ibm Meqy  el Amely », déjà mentionnée,  était célèbre pour son avis judicieux et ses fatwas, les femmes l’interrogeaient à propos de la prière en période de menstruation[21]. (El Amely, vol 4. Page 42)      

Tous ces exemples montrent clairement comment l’Ifta était étroitement lié au Fiqh vu que les faqihates étaient des savantes pieuses ayant des compétences particulières prodiguant fatwas et conseils car les deux domaines étaient fortement liés. « Aicha el Ba’ouniyah » (morte 922 AH) présente un autre exemple d’une faqiha ayant le savoir et le pouvoir d’exercer l’Iftaa ; les références affirment qu’elle avait l’accréditation pour « l’Iftaa et l’enseignement ». Le terme « accréditation » ici indique que la fatwa avait un statut officiel ; c’était la toute dernière mufti répertoriée dans les références consultées. Après le dixième siècle de l’hégire, nous n’avons plus trouvé des femmes dans ce domaine.

De tout ce qui précède, nous constatons qu’il y avait des « fatwas » à titre officieux loin des autorités et des restrictions officielles. Nous avons remarqué une présence prégnante dans le domaine de la « Fatwa » de la plupart des femmes – accompagnatrices ou fidèles – au premier siècle de l’Hégire auxquelles les musulmans avaient recours pour des questions religieuses. Graduellement, l’ « Iftaa » devient dépendant des autorités prenant ainsi un aspect plus officiel puisqu’en rapport avec l’administration juridique de l’État islamique en cette époque. N’empêche que la fatwa non officielle persistait toujours car beaucoup de personnes préféraient avoir recours au mufti non-dépendant de l’État. La présence des femmes a continué faiblement jusqu’à disparaitre totalement comme le montre le tableau. Après le dixième siècle de l’hégire, l’Ifta a commencé à devenir graduellement un travail officiel ; au treizième siècle, il n’y a plus lieu à l’« Ijtihad[22] » individuel  ou au travail indépendant. L’État ottoman a établi ce qu’on appelait « l’Organisation de l’Ifta », le sultan a créé une structure officielle pour émettre les fatwas ; des fonctionnaires y travaillaient sous la direction d’un contrôleur ou d’un surveillant général nommé « amin el Fatwa[23] », sous la présidence du « Cheikh El Islam » qui était au sommet de la hiérarchie des autorités islamiques à l’époque de l’Etat ottoman.

Auprès du domaine de l’Ifta, il y avait un autre domaine ou les femmes ont travaillé c’est celui de la prédication et de l’orientation religieuse. Comme on l’a déjà précisé au début de notre recherche, la responsabilité du prêcheur est de rappeler aux individus leurs devoirs envers Allah tout en leur rappelant son châtiment et sa récompense. Nous distinguons trois types de prêcheurs : le prédicateur (Khâtib) celui qui dit le sermon du vendredi ; le prêcheur qui exhorte les fidèles dans des cercles et enfin, le prêcheur conteur.

A l’exception du prêche concernant le sermon du vendredi, la femme avait une présence remarquable comme nous le confirme le tableau précédent avec le nom de nombreuses femmes répertorié d’après les différentes références. « Samraa bint Nahik » est mentionnée comme étant l’une des patronnes de « l’orientation et de la prédication » ; celle-ci était un exemple de femme pouvant assumer la responsabilité de la prédication dans les marchés à l’époque de Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) pour prôner la vertu et dénigrer le vice allant parfois jusqu’à donner des coups de fouet aux récalcitrants. Cet exemple important nous montre que la prédication aux débuts de l’islam se faisait par la parole et par l’acte mais plus tard, cette responsabilité incombait au mohtaseb[24] / Saheb Al Hisba (titulaire de Hisba) fonctionnaire de la cité musulmane[25] ou l’agent d’autorité chargé de veiller sur la bonne conduite des fidèles.

Toutes les prêcheuses de notre tableau, après Samraa, exerçaient la prédication uniquement par la parole : « Maymouna bint Sakoula » (morte 393 AH )  (Kahala volume 5. Page 140) ; au cinquième siècle de l’hégire avec  Khadija bint Musa bin Abdullah (morte en 437 AH) et « Khadija Al Shahjaniyeh (Al-Khatib Al-Baghdadi » (Histoire de Bagdad, tome 14. Page 446) ainsi que Al-Mawardia  (morte 466 AH) s’adressant seulement aux femmes (Al-Jawzi, La description de l’élite, volume 2. Page 264)

Avec « Hamda bint Wathiq bin Ali bin Abdullah » (née en 466 AH), nous avons l’exemple d’une femme organisant des conseils de prédication pour hommes et femmes. (Al-Safadi, Al-Wafi, Volume 13. Page 165) Au sixième siècle de l’hégire, Yasmina al Syrondyia (morte 502 AH) est reconnue par la prédication et l’interprétation des versets du noble Coran tout comme Zaneb bint abi Barakat al-Baghdadi au sixième siècle de l’hégire à  Rabat et à Bagdad ( Kahala, v 5, p 295, v 2, p 57). Zainab bint Ahmed al-Marwazi connue par « Zain al-Nisa » (morte en 543 AH) organisait des cercles pour la prédication à la Mecque et à Bagdad pour hommes et femmes (Al-Safadi, Al-Wafi, Vol. 15. P. 64) ainsi que Douhaa el sabah, Bint Mubarak – al al-Baghdadi (morte 585 AH) à Rabat (Al-Safadi, Vol. 16. Page 370) et Shams el Dohaa bint Mohamed Abdelgelil  al-Baghdadiaa (morte 588 AH) (Al Safadi, vol 16. P. 184).

Aux septième, neuvième et dixième siècles de l’hégire, nous pouvons remarquer l’absence de toute information concernant les femmes s’adonnant à la prédication. Avec « Taj Al-Nisa Bint Rustam ibn Abi Al-Raja Al-Asbahani » (morte 611 AH), nous tenons à souligner qu’elle était  « Cheikha Al Haram » à la Mecque (Al-Safadi, Al-Wafi , Volume 10. P.374) ; ce poste exigeait certaines qualités vu ses responsabilités dans le monde islamique, celui-ci occupe une place importante pour les fidèles de cette communauté. Actuellement, cette autorité religieuse n’est plus conférée aux femmes. 

Si nous réexaminons le tableau, nous pouvons remarquer que le classement suit un ordre chronologique. Les prêcheuses, contrairement aux Muftiyates, ne jouissaient pas d’une présence remarquable dans la première époque islamique car la société n’en avait pas vraiment besoin ; en revanche, ce n’est qu’à partir des époques suivantes que leur rôle gagne en importance.

Les musulmanes du temps du Prophète ainsi que celles de l’époque suivante jouissaient d’un niveau supérieur en sciences religieuses leur permettant d’émettre la Fatwa pour des problèmes de la vie quotidienne ; ce rôle s’est intensifie avec la corruption qui s’est propage sur les deux plans politique et social. Après le 10e siècle, nous avons remarqué l’absence de femmes dans le domaine de la prédication. Nous pouvons interpréter ceci par les mêmes raisons   dites plus haut concernant les muftiyates : la prédication dépendant de l’autorité tout comme l’Ifta, il en résulte un fonctionnaire soumis à l’État. Il existe une autre interprétation en lien avec la première raison : à l’époque mamelouke, certains ont eu recours aux superstitions, aux mythes et aux hérésies d’où des restrictions imposées par l’Etat à tous ceux qui exerçaient le métier. C’est le début de la prédication officielle et la fin de celle libre et indépendante[26].

À côté de toutes ces disciplines religieuses, il y a une autre à laquelle la femme s’est adonnée celle de Machiekha al rabt et les zaouïa. Nous avons défini ce domaine important au début de notre étude : elle était responsable de la gestion et de la surveillance des établissements religieux. La femme qui assumait cette responsabilité était désignée par «Cheikhat». Le tableau nous permet de constater qu’au cours de la première époque de l’Islam, ce poste n’existait pas. Les femmes répertoriées appartenaient à des périodes ultérieures, du sixième au neuvième siècle de l’hégire, période où le soufisme s’est propage ainsi que les zaouïas et les rabts.

Malgré le nombre restreint – onze femmes seulement – nous avons pu déduire pour une «cheikha de rabt»: ses qualités, ses activités, ses missions et ses responsabilités. Toutes ces femmes généreuses, pieuses et savantes, organisaient des cercles de lecture et de l’enseignement du Noble Coran. A côté des responsabilités administratives assumées de la meilleure façon, elles offraient de la nourriture, des vêtements et le logement aux veuves, aux vieilles femmes ou aux pauvres. Tout cela attire notre attention sur les capacités administratives des femmes à cette époque et leur participation active au travail social et éducatif. Les zaouïas et les rabts étaient des refuges pour les femmes sans argent ou sans protection. C’étaient des établissements éducatifs et des institutions de formation qui nécessitaient le recrutement de personnes pour la récitation et l’enseignement du Noble Coran.

D’après ces femmes, nous distinguons celles des «Cheikhats» qui avaient le double rôle d’établir et surveiller le rabt et d’autres qui surveillaient seulement.  «Aisha bint Ali bin Abdullah Al-Rifai» (morte 837 AH) a fondé un endroit près de la Mecque connue par son nom et elle a fait don d’une maison ; en même temps elle gérait fort bien la Macheikhaa. (Al-Sakhawi, vol 12. Page 77) Il y a également Bint Al-Khawas dont le père avait construit le rabt pour lui confier la gestion assumée parfaitement par elle. (Al-Sakhawi, Tuhfat Al-Ahbab. Page 155) « Aicha bint Al mostangad al Emam » connue par Al firougyia (morte 640 AH) a créé le rabt et le gérait (Al safady vol 16, p. 608). Cependant « Zainab bint Omar Kindy bin Saied bin Aly Um Mohamed bint al hagh  zaki aldine al dimashiky » citée dans les références comme ayant créé un rabt en lui consacrant des dons mais sans préciser  si elle a assumé elle-même sa gestion ou si elle l’a confié à quelqu’un d’autre (Al Safady vol 14, p. 66). Cependant nous remarquons qu’il y avait des femmes qui créaient des rabts et les géraient tandis que d’autres assumaient seulement la gestion sans en être les propriétaires.  Cela indique que le poste de gérante de rabt était un poste pour lequel une femme pouvait être nommée et non un poste par volontariat. Les références ont cité « Zin al Arab Ibn Abdel Rahman ibn Omar ibn al Hussien» (morte 704 AH) qui a assuré la direction de Macheikhat Rabt al Soukatouni ainsi que celle de Macheikhat rabt  al Haramen à la Mecque (Ibn Hagar AL Asqalani , vol 2, page 117).  Fahda el cheikha (morte 827 ah) a assumé la responsabilité Macheikhat Rabt al zaheria en bas de la Mecque, c’est celui créé par « Aicha bint Abduallah ibn attia el Refahei », déjà mentionné ; elle a aussi dirigé Macheikhat el Sakhawi. (1934, vol 12. Page 114) Les verbes utilisés « assumer, assurer la direction » affirment que Macheikhat el rabt était pour les femmes un poste occupe par nomination et ce parfois, pour deux établissements en même temps – rabt ou khanik – comme avec Fatama bint Khazmiran qui était cheikha pour deux khaniks ensemble les dirigeant avec succès (Alghazi, vol 2, page 238). Toutes les Cheikhates assumaient parfaitement leur responsabilité avec un impact positif sur la vie religieuse de la société musulmane tout spécialement pour la prise en charge des veuves, des divorcées ou des vieilles dames ; elles leur enseignaient également les principes de la religion. Voilà un sujet très intéressant pour de futurs chercheurs surtout en ce qui concerne la comparaison entre leur rôle et celui joue par les religieuses chrétiennes « les mères et les sœurs » dans les monastères européens au Moyen-Age.  

La dernière colonne du tableau concerne l’un des plus importants domaines à savoir celui de l’enseignement et de l’éducation C’est un vaste domaine ayant plusieurs niveaux, comme nous l’avons déjà précisé. Il y a deux niveaux pour l’éducation en Islam : l’un primaire ou les enfants apprenaient le Coran et les principes de la lecture et l’écriture et l’autre supérieur centré sur l’étude du Fiqh et des principes de la Charia.

La femme a participé activement aux deux niveaux cites ci-dessus et ce, depuis les débuts de l’Islam. Les épouses du Prophète, ainsi que les femmes de son époque, jouissaient d’un niveau élevé en sciences religieuses ; elles étaient capables de les enseigner mais ce n’est que plus tard qu’elles ont été nommées a des postes de façon officielle. Nous confirmons que les femmes n’ont pas été nommées à des postes éducatifs auprès des écoles sans pour autant les dévaloriser mais ceci leur a conféré plus de respect et plus de crédibilité ;  à cette époque,  les postes éducatifs étaient d’une certaine façon lies aux Awqaf  (les biens religieux) d’où la possibilité de la corruption des enseignants (Chamberlain 1957. Page 140-143).

Les cercles d’études et d’enseignement avaient lieu dans les maisons et dans les mosquées puisque les femmes n’avaient pas accès aux établissements scolaires. Dans les biographies, les historiens racontaient sans le moindre embarras qu’ils ont reçu le savoir à travers des femmes (Tritton, 1957. Page 140-143). D’après la classification du tableau, nous avons un groupe divisé en deux colonnes pour les enseignantes : l’une pour le Fiqh et l’autre pour le Noble Coran ainsi que les principes de la lecture et de l’écriture. Il est possible que toutes les Fakihâtes déjà mentionnées ont enseigne le Fiqh puisqu’elles ont terminé son étude approfondie, donc habilitées à enseigner la jurisprudence. Seul un petit nombre de ces femmes ont été citées, de façon claire par les références comme ayant exercé ce métier. Pour plus de précision, nous n’avons cité que le nom des femmes citées dans les ouvrages de références comme ayant enseigné le Fiqh. Nous remarquons que toutes appartenaient à des époques ou le Fiqh s’était développé pour devenir une science clairement définie.

Les enseignantes répertoriées sont : Mawla l’Abi Imamah dont le  nom exact ne figure pas ; elle enseignait aux femmes « le Coran , la Sunna , les obligations et le Fiqh » dans une mosquée à Homs. Cela affirme que les femmes organisaient des cercles scientifiques dans les maisons et dans les mosquées. (Al-Jawzi, Volume 2, page 453). Il y a aussi la Cheikha « Chahda connue par Fakhr al nesaa » (morte 574, AH) qui organisait des cercles pour enseigner aux petits et aux adultes (Ibn Khalkan, 1948, vol. 2. Page 172). « Fatima bint Muhammad Ahmad al-Samarqandi » déjà mentionnée, enseignante du Fiqh à l’époque du roi Al Adel Nour al-Din ainsi que « Aisha Al-Ba’ouniyah » faqiha, mouftiya et enseignante. Finalement, il y a Bint aly Al Nashar faqiha chiite (morte 1031 AH) qui enseignait le fiqh et la récitation du Coran. (Almalyk, partie17, tome 14. Page 169)

En ce qui concerne les instructrices, elles étaient responsables de l’éducation primaire en plus de l’enseignement du Coran, les principes de la lecture et de l’écriture. On l’appelait “éducatrice” quand les cours avaient lieu dans les maisons de familles riches ; il est intéressant de constater que cela était considéré comme métier pour la femme pouvant ainsi gagner de l’argent. « Sayeda  Bint Abdul-Ghani Al-Abdari » (morte  647 AH)  était une savante pieuse  en Tunisie , “Son père prenait soin de son éducation  pour obtenir l’habilitation lui permettant d’être institutrice pour femmes afin de gagner  sa vie.” (Al-Safadi : volume  16. Page 65). Nous avons aussi « Aisha bint Ibrahim bin Siddiq » qui enseignait le Coran à de nombreuses femmes (Ibn Hajar Al-Asaqlani, Volume 2. Page 345) ; « Umm al-Qasim » (morte 860 AH), la cousine du père d’al-Sakhawi  qui la mentionnait dans son ouvrage (Al-Sakhawi, Brilliant Light, tome 12. Page 148). Il y a également « Asmaa Bint Al-Fakhr » – la tante du juriste Nour el Dine Al Sayagh ayant vécu à l’époque mamelouke ou la famille Al Sayagh avait une grande présence dans les deux domaines de la science et de la jurisprudence.  Asmaa enseignait aux femmes le Coran et la science. (Ibn Hajar, Al-Asaqlani, vol 1. Page 360) En dernier lieu, « Asmaa Bint Musa Al-Dhajai » (morte 902 AH) lisait et enseignait le Noble Coran aux femmes. (Kahala, volume 1. Page 65)

Après cette longue présentation, nous pouvons assurer que la femme était très active et jouait un rôle important dans le domaine du travail public durant les premières et moyennes époques de l’Islam : faqiha avec des aptitudes intellectuelles ; muftia (juriste) avec un don en déduction pour extraire les jugements à partir de preuves légales ; prêcheuse orientant les fidèles en leur donnant des conseils tout en leur rappelant leurs devoirs envers Allah et la société ; Cheikhat el rabate  ou zaouia avec des capacités administratives à haut niveau ;  institutrice active dans le domaine de l’éducation à ses différents niveaux enseignant le Coran, la Sunna ainsi que le Fiqh. Tout cela nous permet de conclure que la société islamique au cours des premières et moyennes époques, avec ses traditions, n’a pas interdit – mais a toléré très naturellement – la participation et la présence des femmes dans la sphère religieuse publique. Il est vrai qu’elles n’ont ni occupé le poste de juriste ni de gérante d’établissements publics mais les savants et les historiens les citaient avec respect et considération ; les femmes étaient appréciées et réputées comme des références fiables. 

Deuxième partie

Analyse et comparaison de sujets importants

Par Prof. Omayma Abou Bakr

1- Problématiques critiques concernant l’analyse de l’Histoire des femmes au Moyen-Age :

Les chercheurs se sont intéressés à la vie des femmes, leurs conditions de vie ainsi qu’à leurs professions au cours de la période du Moyen-Âge en Occident (vers le IXe jusqu’au XVe siècle). Ce sont des théoriciens de deux écoles ou plus précisément de deux courants: le premier concerne la question de la relecture et de l’analyse des anciennes dates comme étant des textes picturaux ou comme étant des récits représentatifs révélant le mécanisme de la formation sociale et culturelle des individus et des diverses catégories de la société à savoir les femmes dans le cas que nous envisageons. C’est le champ des études de «la nouvelle historicité » ou «la nouvelle Histoire culturelle». (Bynum 1992, Berkhofer 1995» Kawserny 2001)[27]

Le second courant est celui des théories féministes qui « fouillent » dans des sources déjà connues et d’autres méconnues à la recherche de détails concernant la vie quotidienne des femmes à ces époques révolues. Le but en est de mettre ces détails en relief tout en leur conférant l’importance qu’ils méritent afin de prouver la présence efficace et positive des femmes dans divers domaines à des époques reculées. Par ailleurs, il est primordial de faire évoluer les cadres analytiques et théoriques utilisées jusqu’à présent et à travers lesquels les femmes ainsi que les sources étaient abordées. Il faut adopter une nouvelle perspective pour la réinterprétation de toutes ces données.

Donc, l’importance de l’étude de l’Histoire des femmes au Moyen-âge pour les écoles féministes résident en trois points :

A- le premier reflète la présence positive des femmes dans l’Histoire contre les idées reçues qui ne tiennent pas compte des activités des femmes auprès de celles des hommes. L’Histoire traditionnelle considère que les grandes dates sont faites uniquement par les hommes d’État ou par les savants religieux (les Oulémas).

B- le deuxième concerne l’étonnement des historiens quant à la « nature » des relations hommes / femmes au cours de Moyen-Age. Celle-ci était foncièrement différente de ce que notre conscience « moderne » conçoit à propos de la discrimination  sexiste. 

Les historiens découvraient que les limites tolérées par la société dans les divers domaines de la vie n’étaient pas tracées de façon stricte comme nous pouvons l’imaginer ; celle-ci était également différente par rapport à la société de l’époque actuelle. Tout ceci étaye la théorie dominante selon laquelle le système des relations entre les deux sexes, la nature et le rôle de chacun d’eux se développent à travers et par la société. Celui-ci subit des changements à travers les siècles et les époques notamment en Europe. C’est à partir de là que les constantes et les hypothèses historiques changent incitant les chercheurs à réévaluer leurs conjectures quant au passé, voire le présent qu’ils étudient. (Stuard 1978)    

C- le troisième et dernier point réside dans l’étude du contexte social que ce soit sur le plan public ou privé. Plusieurs travaux effectués en Occident ont réfléchi une fois de plus sur les désignations des différentes époques de l’Histoire de l’Europe comme «l’Âge des Ténèbres», «la Renaissance» « les Temps Modernes» ainsi que sur l’évolution de la civilisation occidentale. Il est difficile de concevoir des époques « sombres » en Europe puisqu’il y avait certaines opportunités pour les femmes dans le domaine religieux – collectives ou individuelles – comme à travers les mémoires et les inspirations mystiques. La «renaissance» n’a pas touché la condition des femmes après le seizième siècle lequel a assisté à un renouveau des moyens de production et de consommation et ce, jusqu’à la Révolution industrielle au XIXe siècle. La, une nouvelle donne se met en place avec les mécanismes du marché ne dépendant plus de la sphère privée de la famille. (Buchanan 1996, Stuard,7)[28] Dès cette époque, les chercheurs et les analystes ont remarqué les débuts de la distinction entre public et privé dans l’Histoire de l’Europe avec comme résultat le confinement du rôle des femmes au seul cadre privé – c’est-à-dire la maison, la famille, les enfants, les domestiques – contrairement à l’implication des hommes dans le cadre public avec tout ce que cela implique comme domination et valeur atteignant son apogée à l’époque victorienne. Cette évolution a diffusé le concept «de la femme ou de la vraie femelle» entrainant des comportements adaptés à ce schéma négatif comme la soumission, la faiblesse ainsi que des capacités limitées de l’intellect.[29]

Nous constatons un développement similaire dans le domaine des études historiques au Moyen-Orient. Récemment, nous distinguons des recherches de grande valeur se focalisant sur l’Histoire des femmes dans les sociétés islamiques et arabes avant l’époque moderne. Celles-ci ont montré que les femmes jouissaient d’une liberté d’action dans la sphère publique ainsi que de leurs droits légitimes. Ces droits se sont excessivement réduits avec les débuts de la « modernisation » et de l’idée de « l’État-Nation » imitant ainsi le modèle occidental des institutions de l’Etat avec ses règles strictes sur les plans : administratif, juridique, social et politique. Les études d’Amira Sonbol, Afaf Lotfi El-Sayed Marceau, Nelly Hanna, Judith Tucker, Nicky Cady et Beth Baron (voir la bibliographie) représentent cette tendance à repenser les hypothèses de stagnation et de retard dans certaines périodes de notre Histoire comme l’époque ottomane depuis le XVIe siècle jusqu’au XIXe siècle avec le règne de Muhammad Ali en Égypte.

Amira Sonbol (1996/1999) indique la raison de telles hypothèses et généralisations: «La perception de l’ère moderne comme le contraire de l’ère traditionnelle a provoqué l’incompréhension de nombreuses questions concernant l’Histoire des femmes musulmanes. Les études de leur Histoire au Moyen-Orient dans ses époques antérieures étaient rares puisque celles-ci se focalisaient – surtout avec les historiennes – sur les débuts de la modernité. » (Page 14) Les études d’Amira Sonbol dans le domaine des lois de la famille et notamment celles du divorce affirment qu’en dépit des changements apparents du statut des femmes musulmanes avec la modernisation que «les femmes dans la société islamique traditionnelle étaient très actives participant à la prise de décisions liées à la vie personnelle et juridique… ainsi que celles concernant les relations sociales et les rapports entre les deux sexes» Au cours des deux derniers siècles, les mutations modernistes « ont nui à l’activité sociale des femmes. Dans le processus de la construction de l’État-Nation, l’État a contrôle de plus en plus les familles ainsi qu’aux lois les concernant ; des critères ont été fixes sous prétexte de réformer et d’actualiser le statut des femmes avec un impact certain sur leur condition» (P. 19)

Redécouvrir les sociétés arabes et islamiques comme l’Egypte ou d’autres pays avec leurs différentes catégories – en particulier les femmes – constitue une étape indispensable pour comprendre la réalité actuelle en s’appuyant sur le mouvement de l’Histoire. A titre d’exemple, Raouf Abbas nous explique comment le point de vue de l’école orientaliste altère l’Histoire de l’époque ottomane en l’accusant de décadence et d’isolement. Dans l’introduction de sa traduction du livre de Nelly Hanna Les commerçants du Caire à l’époque ottomane (1997), il dit : « La société peut se développer selon un cadre historique différent de l’approche occidentale. De là, on aboutit à des conclusions erronées concernant l’époque ottomane en général et le développement de l’Égypte à cette époque-ci en particulier… (confirmant) que la culture nationale arabo-islamique avait à cette époque ses propres facteurs de développement. L’Occident n’a pas contribué à la renaissance de ses sociétés mais été plutôt l’un des obstacles à son développement» (Page 15)

Dans cet ouvrage, l’auteure reconstitue la biographie de Shahbandar al-Tijjar (chef des commerçants) à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle à partir de documents divers recueillis des registres du tribunal de la charia. Reflétant ainsi une image vivante de la réalité économique et sociale de cette classe à cette époque, elle confirme preuves à l’appui que toute généralisation induit en erreur comme en ce qui concerne la séparation complète entre les deux sphères publique et privé. Elle dit: «Il n’y avait pas de cloison étanche entre les deux sphères publique et privée ; entre le blanc et le noir, il y avait toujours une gamme de couleurs permettant le mouvement entre les deux sphères selon certains critères et selon certaines conditions» (Page 232) Les femmes ne vivaient pas dans l’isolement gérant leurs affaires, leurs propriétés ou les wakfs de leur famille; il y n’avait pas d’obstacles entre leur foyer et la vie à l’extérieur. «Le terme «isolement» – utilisé fréquemment par les chercheurs en évoquant les épouses dans les sociétés du Moyen-Orient – est un terme inadéquat car celui-ci connote une situation de cloisonnement ou d’enfermement. Il est vrai que leur vie tournait autour du foyer mais les femmes restaient attachées à la communauté extérieure par de nombreux liens. En fait, la condition des Cairotes était meilleure que celle des femmes françaises ou anglaises à la même époque. Par exemple, la femme anglaise – à l’époque de Stuart – perdait tout droit de propriété à son mariage et son époux devenait responsable de toutes ses affaires la rendant complètement dépendante de lui : d’un point de vue juridique, le mariage transformait la femme en mineure. La situation des femmes en France avant la Révolution était pareil puisque le mariage donnait au mari le droit de tutelle envers les biens de sa femme.» (P. 235)

En Egypte, après un siècle et demi – au XVIIIe siècle à l’époque de Mohammed Ali – la femme jouait un rôle important dans les affaires financières. Les études de Afaf Lotfi El Sayed Marceau montrent que l’activité en commerce et en investissement (pour la femme moyenne de la bourgeoisie) était libre, liberté dont les femmes ont été privées aux époques postérieures. Quant aux femmes des classes populaires, leur rôle pour fournir des marchandises s’est réduit avec la propagation de l’exportation ainsi que du nouveau modèle européen dans le marché du travail.  La grande liberté dont jouissait les femmes pour disposer de leur argent, de leurs richesses et de leur commerce a complètement disparu à l’ère moderne avec la domination du système économique et ce, pendant l’époque du colonialisme britannique: «Après la fin du XIXe siècle, avec la domination britannique en Égypte, le statut marginal de la femme de l’élite s’est renforcé la qualifiant de «ridicule», d’«émotionnelle» et d’«irrationnelle». L’homme égyptien a adopté la perception de son  «maître» britannique» Afaf Lotfi Al-Sayed Marceau, Livre des femmes, de la famille et des lois du divorce. (Page 57)

À mon avis, cette image s’applique également aux époques dites islamiques – anciennes et moyennes – à partir des époques omeyyades et abbassides jusqu’à celle mamelouke en Égypte et au Levant aux XVe et XVIe siècles. Les recherches de Huda Lotfy portent sur cette époque mais considérées comme l’une des rares études historiques mettant en relief l’histoire des femmes dans la pré-modernité pendant plusieurs siècles à travers des sources négligées pour attirer l’attention sur le rôle des femmes dans la vie publique ainsi que sur les différentes normes sociales régissant la vie des hommes et des femmes.

Ces périodes de l’Histoire – début et Moyen-Âge – méritent davantage d’études ainsi que de théorisation. Par exemple, ces recherches – y compris celle-ci sur les femmes faqihates et muftyates – montrent clairement  la contribution des femmes dans la vie intellectuelle et religieuse au Moyen-Âge et non pas dans les siècles postérieurs. Cela remet en question la fausse idée prétendant que les femmes et les hommes ont toujours joui des mêmes opportunités dans la vie culturelle, dans l’enseignement ou dans la rédaction de livres religieux. Comment ont-elles accédé à une position élevée – sauvegardée dans les références – à une époque pour disparaitre depuis jusqu’à aujourd’hui ?

Ici, la chercheuse doit choisir entre deux théories :

A/ Considérer ces écrits comme des exemples de représentations culturelles et sociales sur les femmes produites par des écrivains sans prendre en considération l’exactitude des faits historiques. Cette approche vise à appliquer une nouvelle perspective à savoir traiter des sources déjà connues pour découvrir de nouvelles significations et de nouvelles connotations. Actuellement, la plupart des recherches occidentales adoptent ce point de vue pour l’étude de l’Histoire des femmes européennes (par exemple les recherches de Caroline Bynum, Susan Stuard) ou sur les femmes au Moyen-Orient (par exemple le célèbre ouvrage de Deniz Spellberg concernant  « Aisha bint Abi Bakr » (1994) et celui  de Fadwa Malti Douglas se focalisant sur  l’image de la femme à travers l’Histoire culturelle arabo-islamique (1991). A titre d’exemple, Stuard nous prévient – dans l’introduction de son ouvrage sur les problématiques de l’Histoire des femmes occidentales au Moyen Âge – que les actions et les propos de ces femmes nous sont parvenus dans les archives à travers des historiens et des écrivains. Il nous faut donc « comprendre la mentalité de ces historiens, vérifier l’exactitude des faits relates et surtout repérer les perceptions qui ne sont que le reflet de leur propre culture. » (P. 15)

B/ Quant à la seconde approche, celle-ci ne nie pas la « dimension implicite » caractéristique principale de ces anciens écrits comme l’a expliqué cette chercheuse : « Les voix ou les paroles des femmes sont plutôt ambigus puisque exprimant des concepts et des perceptions culturels d’une collectivité à travers l’écrivain. Il est difficile d’évaluer à sa juste mesure la valeur de ces voix marginalisées. » (Evans 1994, 2) C’est-à-dire qu’en dépit du doute autour des archives historiques des femmes, un premier pas est de collecter toute la littérature les concernant pour intégrer leur contribution au sein de la mémoire culturelle de la collectivité.

Mohga  Kahf exprime ainsi cette situation difficile en  disant: «Sommes-nous en ces premiers âges de l’Islam avec un discours rapporte des femmes musulmanes ou bien s’agit-il d’un autre créé de toutes pièces par des écrivains et des historiens?»  Elle ajoute que la plupart des études arabes optent de manière définitive pour la première opinion tandis que la plupart des études occidentales pour la seconde. Selon elle, l’interprétation des deux opinions ne peut être faite séparément et elle s’interroge : pourquoi était-il si difficile pour les chercheurs à croire à la créativité des femmes tout en reconnaissant les efforts des hommes quand il s’agit seulement d’enregistrement ou de transfert ?  Cette tendance rejette donc la première approche considérant ces textes dans leur ensemble comme des représentations masculines méritant d’être triées pour retrouver les traces des écrits des femmes dans les domaines littéraire, poétique, religieux, mystique ou politique désignées par Mohga Kahf par « les traces discursives des femmes ». (Webb 2000, 150-152) L’étude de l’Histoire des faqihates, des Muftiyates, des rapporteuses des hadiths et des soufies constitue une étape importante pour récupérer une partie de l’Histoire des femmes concernant la civilisation islamique.

De là, nous pouvons remarquer qu’une tranche importante de la société est mise à l’écart surtout celle des femmes ayant une activité religieuse. Il nous faut analyser leur biographie selon deux perspectives : retrouver les discours de ces femmes tout en tenant compte des perceptions des historiens sur les deux plans culturel et social dans le contexte de l’époque de la production de ces travaux.

 2- La dimension comparative avec la vie religieuse des femmes en Europe :

Quelle est l’utilité de la comparaison entre l’Histoire de la vie religieuse des femmes dans les sociétés islamiques et celle des femmes chrétiennes de l’Europe médiévale ? Cette approche récente, déjà évoquée, s’inscrit dans le cadre des rapports entretenus entre les femmes de sociétés et de cultures différentes avec leur patrimoine religieux. Nous pouvons réaliser cet objectif à travers la comparaison entre différentes dates pour découvrir les choix proposés aux femmes selon leur propre patrimoine ; autrement dit, quels étaient les aspects de la vie religieuse qui leur étaient disponibles ? Au même degré pour toutes ?  Y avait-il des domaines interdits ? Ensuite, ce critère est utilisé comme élément d’analyse ainsi que comme outil de comparaison avec pour point de rencontre la participation active des femmes ; leur présence est perçue comme un facteur essentiel dans la trajectoire de l’Histoire et non plus comme un symbole négatif. Cependant, cette approche ne confronte pas l’Islam et le Christianisme selon les «symboles religieux concernant la femme» ou les « images féminines » façonnées par les savants et les écrivains. Il est intéressant de constater que, selon cette approche, certaines études occidentales classent les religions et leur patrimoine selon une hiérarchie afin de déterminer les systèmes qui tolèrent les activités religieuses des femmes. Dans l’introduction de l’ouvrage «Les femmes dans les religions du monde» (Sharma 1987), Catherine Young a placé l’Islam au quatrième rang après le judaïsme, l’hindouisme et le confucianisme concernant l’absence des femmes. Rita Gross dans son ouvrage «Féminisme et Religion» (1996) a modifié cet ordre pour placer l’Islam à la troisième place après le judaïsme puis le confucianisme. Elle a ajouté qu’il devrait occuper une position encore plus reculée avec ces deux religions pour son intolérance envers les femmes. Par ailleurs, elle explique que le christianisme et le bouddhisme ont mauvaise réputation, bien méritée, pour leur vision négative envers les femmes comme étant «moins spirituelles et plus matérielles que les hommes». (Page 93) D’aucuns peuvent être en désaccord avec telle ou telle évaluation ou avec des conclusions non précises, l’essentiel est de réfuter de ces conclusions à travers des études interculturelles – dépassant les patrimoines – pour évaluer les différences et les similitudes du rôle des femmes. La chercheuse Ursula King (King 1995) a expliqué que les études comparatives ont prouvé que le statut des femmes dans n’importe quelle religion ou dans n’importe quelle croyance est généralement le reflet, même indirect, de la condition des femmes dans cette société. Maintes fois, les sociologues ont signalé que les systèmes religieux «reflètent et rétablissent les valeurs culturelles et les modèles de comportement social» au sein de n’importe quelle société. (Page 15)

Les avis sont partagés à propos de cette question :  un groupe pense qu’il y a une adéquation presque complète entre les concepts culturels / religieux dominant dans une société au sujet des femmes et leur condition réelle ; la propagation des concepts, des images ou des symboles négatifs confirme la mauvaise condition des femmes en cette époque. Quant à la majorité des chercheurs – en particulier  les féministes – elle reconsidère cette hypothèse puisque la présence de tels concepts ne peut nous donner une image complète ;  comment expliquer l’image positive de femmes en ces époques contrairement celle diffusée de femmes soumises. « Le genre et la religion : problématique du symbole» (Bynum, 1986) est un ouvrage important pour un groupe de chercheurs et de chercheuses ; ils ont souligné que très souvent les symboles culturels religieux concernant le masculin et le féminin ne correspondent pas aux types sociaux dans la réalité quotidienne.  King prétend qu’il existe une relation inversée entre ces deux pôles : l’abondance de symboles et d’images figuratives du « féminin » dans l’imaginaire religieux au sein de leur patrimoine correspond à des conditions sociales médiocres pour les femmes ainsi qu’à un mauvais comportement vis-à-vis d’elles en famille et en public. (P. 16)[30] C’est le résultat auquel avaient abouti les nouvelles recherches sur l’héritage chrétien et islamique au Moyen-Âge ; les études occidentales ont confirmé le rôle de « leader » joue par les femmes au début de l’ère chrétienne incarnant les valeurs libérales du message originel du Christianisme contrairement aux nombreuses restrictions imposées par l’institution ecclésiastique. En effet, les chercheurs ont trouvé des figures féminines en ces époques – en particulier des religieuses, des ascètes et des mystiques – pouvant être qualifiées d’autonomes, d’uniques et de géniales.

Nous allons ici exposer rapidement les rôles multiples des femmes dans la vie religieuse notamment pendant le Moyen-Age (XIIe – XVe siècles) que ce soit à travers des adeptes de l’Eglise ou au contraire à travers des dissidentes. Pour une première catégorie, les références indiquent que les femmes n’ont ni occupé de poste au sein de l’institution religieuse ni travaille comme religieuses pratiquant les rituels pendant les cérémonies de prières ; leurs activités religieuses avaient lieu au sein des monastères comme des religieuses jouissant d’un certain degré d’autonomie au sein de l’institution officielle. Certains chercheurs trouvent que le milieu environnant ou le contexte culturel anti-femme humiliant toujours l’ensemble du sexe féminin a rendu l’atteinte du paradis – c’est-à-dire le salut spirituel – plus difficile dans le cas des femmes que dans celui les hommes. Les femmes devaient transcender leur nature “pécheresse” telle qu’elle est représentée dans la culture dominante en faisant deux fois plus d’efforts afin d’entrer en contact avec Dieu (Gloire à Lui). Pour cette raison, le choix de la vie religieuse dans les monastères s’avère le salut pour mériter le Paradis ainsi que pour échapper à son statut inférieur dans l’institution maritale, aux taches pénibles et aux risques de la maternité. (Larrington,1995. Page 115)

Les femmes accédaient à une excellente éducation ainsi qu’a une bonne instruction – lire des livres religieux et noter quelques écrits – dans les monastères, avantages que la majorité des femmes médiévales ne pouvaient avoir. Deux religieuses ont été connues au XIIe siècle – Hildegard Bingen, et Hrad Landsberg – par des écrits traitant des thèmes autres que religieux. Quant à tous les écrits ultérieurs des religieuses, ceux-ci avaient un caractère mystique s’inspirant de la Bible et des premiers érudits de l’Église pour relater leur propre voyage spirituel. Il est à préciser que parfois l’auteure étant incapable d’écrire sa propre expérience, elle la dictait à une autre religieuse ou un autre prêtre plus doué(e) à l’écriture ; c’est ce qui s’est passé avec l’allemande Hildegarde (12 av. J.-C.) et l’anglaise Margaery Kemp (15 av.). Nous pouvons néanmoins affirmer la présence à l’époque moderne de manuscrits orignaux ou les écrivaines religieuses inscrivaient leurs visions mystiques et leurs opinions féministes. Une excellente occasion pour les chercheurs occidentaux d’étudier de près ces textes d’un point de vue : historique, culturel, social et religieux. Ils pourraient découvrir certains thèmes, images et expressions utilisés par ces femmes dans le but de les placer dans le contexte culturel de son époque comme avec les célèbres écrits des religieuses du monastère connues en Allemagne : Helfta (au13e siècle), Hildegard mentionnée plus haut et Julian Norwich d’Angleterre (au 14e siècle). Tous ces écrits étaient caractérisés par la présence d’un thème commun à savoir la représentation figurative de la « maternité » du Christ en mettant l’accent sur les « soins maternels pour le Messie le Sauveur ». (Bynum, 1982) Sans entrer dans les détails, les chercheurs ont pu relier ces écritures et ces symboles à leur contexte pour discuter leur rapport avec l’environnement culturel de l’époque :  s’agit-il de perception sans lien avec la réalité ? y a-t-il un impact sur cette réalité, des conséquences sur le développement de l’héritage chrétien quant à sa vision de la théologie ? (Etc.)

Il faut dire que ces chercheurs ont eu la chance de découvrir ces écrits même si ceux-ci ont été dictés ou ont été publiés par des ecclésiastiques. Comme nous l’avons déjà mentionné, nous devons nous appuyer pour l’étude de l’héritage islamique sur des propos épars attribues aux faqihates et aux soufies.

La deuxième catégorie de femmes menant une vie religieuse était celle des ascètes pieuses qui ne vivaient pas à l’origine dans des institutions ou des monastères mais ont commencé aux premiers siècles du christianisme (avant le XIe siècle) à se retirer dans des régions isolées pour habiter dans des grottes ou dans le désert, loin de tout contact humain. Plus tard, elles ont vécu – pour plus de sécurité – dans un couvent séparé mais rattaché à une église ou à un monastère ; l’ascète est complètement isolée pour la dévotion, la méditation et la prière sans contact avec le monde extérieur si ce n’est qu’à travers une fenêtre s’ouvrant sur l’intérieur de l’église permettant de lui passer ses besoins nécessaires. Au fil du temps, cette vie choisie par beaucoup de femmes s’est transformée en quasi-profession lorsque certaines d’entre elles – ayant acquis une grande réputation pour leur piété et leur mysticisme – sont devenues le centre d’intérêt des voyageurs et des pèlerins venant vers elles pour quémander des conseils spirituels et des bénédictions. L’une des plus célèbres religieuses anglaises est Julienne (Julian of Norwich (1342-1429), qui a laissé un célèbre écrit de quatorze révélations mystiques : Les révélations de l’amour divin. De là, des saintes et des mystiques se sont imposées dans l’héritage chrétien.

Quant à la troisième catégorie, c’est un groupe qui a pratiqué la vie religieuse à travers le prêche hors de l’institution ecclésiastique. Parmi les femmes les plus célèbres, il y a les « béguines » très présentes à la fin du XIe et au début du XIIe siècles en Europe du Nord surtout en Belgique. Ce sont des groupes de femmes qui vivaient dans leur propre communauté ; elles ont voulu concrétiser le compromis difficile à réaliser au Moyen Âge, celui de mener une vie religieuse – dans les agglomérations urbaines – basée sur : la fidélité, la sincérité, la prière, la prédication et les actes de charité. Elles voulaient être des religieuses pratiquant le prêche tout en adhérant à la vie de la communauté sans se soumettre à l’autorité de l’Eglise et de ses diktats. Certains chercheurs trouvent là le premier mouvement séparatiste dans l’Histoire Occidentale. (Bynum 1982) Malgré la réussite de cette expérience durant plusieurs années, ces femmes ont subi l’agressivité ainsi que les critiques des pasteurs et de l’Eglise jusqu’à l’annulation de ces rassemblements. Les chercheurs ont remarqué que le problème provient du fait que ces femmes ont essayé de se créer un espace « mitoyen » : non pas sous la domination de l’Eglise comme les religieuses ou les ermites dans les monastères ni sous la domination d’un mari à la maison jouant leur rôle traditionnel. Il n’y avait que deux seuls rôles soigneusement traces pour les femmes au Moyen-Age : religieuse ou épouse / veuve. Pour les femmes « béguines », elles n’ont pas admis les règles d’isolement dans les monastères tout en pratiquant la vie religieuse. Elles se déplaçaient facilement au sein de la société, entre les villes et entre les gens. (Stoner) Le contexte historique au cours de cette époque ne pouvait tolérer cette situation ambiguë tout particulièrement l’idée de pratiquer la prédication indépendamment de l’Eglise, outrage condamne par la Conférence de Vienne en 1312.

Il nous faut une pause pour établir une comparaison: concernant les chaykhates, el rabat et les zawiyas étudiées dans la première partie, elles étaient également gérantes d’établissements et de rassemblements de femmes pieuses avec pour but de faire des œuvres caritatives. Cette situation n’était point blâmée mais au contraire les références les décrivaient avec considération et respect. Il est vrai que ces établissements ont disparu graduellement jusqu’à l’époque actuelle avec les nouvelles institutions de l’Etat moderne. Est -t-il possible de considérer ces établissements « el Rabat », ces chaykhates et ces gérantes comme un exemple   pionnier des initiatives féminines en Islam ? En effet, elles ont réussi à créer un espace dédié aux femmes au sein de la société musulmane capable de leur assurer le soutien moral et financier ainsi que de résoudre les problèmes de certaines d’entre elles comme : les orphelines, les veuves, les divorcées ou les abandonnées.

En ce qui concerne la quatrième catégorie c’est celle des « hérétiques » ignorant complétement la foi chrétienne prônée par l’Eglise au Moyen-Âge, laquelle catégorie réunissait la plupart du temps des femmes de sectes ou de doctrines ayant refusé l’autorité de l’Eglise et l’autorité du Pape. Cette majorité féminine avait pour raison la permissivité de participer à des activités et d’occuper des postes, droit confisque par l’Eglise. Nous n’allons pas nous étendre sur ce sujet car dépassant le cadre de cette étude.

De tout ce qui précède, il s’avère que les femmes chrétiennes au Moyen-Âge vivaient dans la même situation que leurs contemporaines dans les sociétés musulmanes : trouver dans la vie religieuse des opportunités leur permettant la réalisation de soi, l’indépendance morale et affective, l’autonomisation, etc. Certaines d’entre elles ont inscrit leur nom dans le patrimoine en tant que saintes sans être des « savantes » dans le sens de faire des études approfondies dans les diverses disciplines spécialisées en sciences religieuses ou en sciences traditionnelles. De là, elles n’étaient pas autorisées à émettre des décisions, des opinions en jurisprudence ou des fatwas pouvant circuler dans un cercle plus large, d’hommes et de femmes.

3- Aïcha Al-Ba’ouniyah:

Aïcha était une femme érudite, pieuse, juriste et muftiya. Elle était également écrivaine, poète et écrivaine d’une série d’ouvrages religieux et mystiques : « Des royaumes honorables et les antiquités prestigieuses », «D’Al-Fath Al-Hanafi», et un recueil réunissant poésie et prose: «La naissance prodigieuse du Prophète, que la paix et les prières de Dieu soient sur lui» publié au Caire en 1883 après JC. Aicha présente un bon exemple de la femme érudite et de la juriste active. Elle était décrite comme participant à la vie publique par des voyages entre les contrées ainsi que par le contact avec les savants de son époque pour échanger autour de questions religieuses, de fatwas voire de littérature. Elle est également concernée par certaines problématiques soulevées précédemment comme celle des ouvrages perdus ainsi que du degré de fiabilité pour les propos qui lui sont attribués. Cependant, tout ce qui nous est parvenu mérite d’être étudié car il y a là les traces d’une voix féminine – juriste et savante – dans l’Histoire.

Aicha Al-Ba’ouniyah a échangé des poèmes de louanges et des énigmes, linguistiques et littéraires, avec Abi Al-Thana’ Mahmoud bin Aja, auteur de recueils en Egypte lors de sa visite au Caire. Elle a fait de même avec l’écrivain Al Sayed Alcherif Abdel Rehim Alkahery la surnommant « paradis de la science » tout en vantant sa prose et sa poésie. Parmi ses œuvres, figurent de merveilleux poèmes mystiques dans lesquels elle a utilisé les symboles de l’héritage soufi en particulier les images de la manifestation de la beauté divine rappelant les vers célèbres de Rabaa El Adaweya ou elle s’adresse directement à Dieu (Gloire à Lui). Quelques vers d’Aïcha :

Mon bien-aimé, mon amour recherché  

                                          Tu es mon but, ma présence

Sois à moi, sois à moi ……………….

Quant à la question de la représentation ou de la figuration historique que nous avons soulevée au début, nous avons découvert – à titre d’exemple – que cette figure importante – Aicha Al Bayouniah – est apparue dans trois références importantes. Les deux références «Les planètes errantes» d’Al Ghazi et «Les pépites d’or» d’Ibn al-Imad ont abordé essentiellement l’aspect scientifique, jurisprudentiel et soufi de ses écrits et de sa personnalité. Zainab Fawar s’est focalisée dans son encyclopédie, La Biographie des femmes distinguées (1896), sur son talent de poète et d’écrivaine. (P. 293) Quant au célèbre savant syrien Abdul Ghani Al Nabulsi, il l’a décrite comme « maitresse femme de la littérature ». Nous remarquons que le panorama historique de Zainab Fawar décrivait Aicha Al-Ba’ouniyah – mariée et ayant un fils unique – comme une exception dans la littérature de son époque connue pour son éloquence ainsi que pour ses dons poétiques. De tout ce qui précède, apparait une figure emblématique à l’encontre de l’insistance des savants et des exégètes dans leurs travaux sur l’infériorité – mentale et intellectuelle – de la femme corroborée par l’idée qu’Allah (Gloire soit à Lui) favorise le genre des hommes au détriment de celui des femmes.

Nous lisons aussi dans la biographie d’Aïcha présentée par Zainab Fawar que «son visage était éclairé par la beauté de son verbe et de l’éloquence des Arabes». Cela signifie que Zainab Fawar affirme par ce détail qu’Aicha Al-Ba’ouniyah avait le visage découvert lors de ses interactions avec les érudits et les historiens de son temps. Dans ce même ouvrage, il est dit que les hommes lui demandaient, en vers, des fatwas auxquels elle répondait de la même manière. Il est donc évident qu’elle vivait dans un milieu social et culturel favorable pour la femme ; elle y jouissait de l’estime et de la considération de son entourage.

Il s’avère donc clairement qu’Aicha avait une énorme production littéraire composée : de poèmes, d’explications, de commentaires, de résumés ainsi que de critiques pour des ouvrages d’autres écrivains et d’autres poètes. Il a été mentionné dans « l’Encyclopédie islamique » qu’elle a composé en poésie l’ouvrage  des « Miracles et les caractéristiques prophétiques d’Al-Suyuti », et  qu’elle a aussi  résumé la lettre d’Al-Harawi Al-Sufi « Les degrés des marcheurs » dans une urjoza[31] intitulée « Signes cachés dans les degrés supérieurs » ; elle  a résumé également dans une autre urjoza « Le merveilleux verbe pour la prière sur le bien-aimé » ( le prophète que la paix de Dieu soit sur lui) d’Al-Sakhawi, le célèbre historien et savant du Hadith  (partie  6, p. 99). Son poème le plus célèbre « La grande conquête pour l’éloge d’Al Amin le Prophète (que la paix de Dieu soit sur lui) » est accompagné d’une explication ; il est dit que cette œuvre a été publié au Caire en 1915 après en marge de l’ouvrage de Ibn Hajjah « Coffre de la littérature ». J.C. Abdul Ghani Al Nabulsi s’en est inspire en écrivant son admirable poème “Sourires des fleurs” (1881 J.-C.) ; il a établi une comparaison entre l’œuvre d’Aïcha et d’autres littéraires.

En conclusion, nous pouvons affirmer que de tels exemples de femmes érudites et faqihates dans l’héritage islamique semblent contredire l’image présentée dans des références comme les ouvrages d’exégèse et de jurisprudence islamique ou abondent les préjugés contre les femmes surtout en ce qui concerne leurs capacités mentales, intellectuelles voire religieuses. Ces mêmes savantes et faqihates sont louées pour leur intelligence et leur supériorité par rapport aux hommes et aux femmes de leur temps pour leur valeur quant à leurs opinions dans les diverses sciences religieuses. Amira Sonbol a expliqué que ce paradoxe, entre discours officiel et réalité historique, pourrait avoir comme explication « une situation sur le terrain à l’opposé du discours officiel : la réalité a incité les juristes à interpréter «la Charia» d’une manière plus conservatrice. Toute tentative d’émancipation des femmes était repoussée par des interprétations encore plus conservatrices» (Page 16)  C’est-à-dire que nous trouvons dans l’Histoire et les références une sorte de lutte entre deux courants contradictoires : le soi-disant discours des savants d’une part et entre la  réalité sociale et politique d’autre part. Mohammad Fadel, dans son étude approfondie sur l’analyse du discours dans les ouvrages jurisprudentiels, révèle une prise de conscience chez les juristes et les savants de ce paradoxe : le fait de reconnaitre la participation intellectuelle des femmes ainsi que de leur production religieuse d’une part et leur marginalisation dans les contextes politique et judiciaire dans les institutions officielles d’autre part (1997, p. 191).

Rien ne pourrait contredire l’image esquissée des faqihates et des muftyates sur leur participation active dans la sphère publique puisque démontrée par des études fiables ; il en va de même en ce qui concerne le fait de jouir de leurs droits légaux dans la période prémoderne. Quant à la problématique de la crédibilité de leurs écrits et de leurs discours, Mohga Kahf estime que même si ces déclarations sont le fruit de l’imagination, les historiens et les écrivains ont présenté les « perceptions » et les « représentations » de la femme érudite et juriste comme étant une locutrice positive et audacieuse avec beaucoup d’interactivité avec son entourage : mécanisme significatif et révélateur en soi.

4- Conclusions finales :

Quand nous comparons les érudites religieuses dans l’Histoire islamique avec les religieuses et les saintes de l’Histoire chrétienne en Europe, nous pouvons trouver des similitudes significatives telles que:

A/ Au sein de chaque patrimoine, la vie religieuse au Moyen-Âge a offert les meilleures opportunités aux femmes pour leur réalisation et pour leur estime en soi. Cette constatation concerne la période précédant les tentatives de politisation ainsi que l’hégémonie de l’État central dans les sociétés islamiques. Il en va de même pour l’autorité de l’Église dans les sociétés chrétiennes.

B/ Cela attire notre attention sur la similitude de la marginalisation par les institutions officielles dans les deux patrimoines.

C/. Les frontières entre les deux espaces public et privé étaient plus flexibles permettant aux femmes une participation active dans la sphère publique au sein de leurs sociétés. En effet, la séparation stricte entre les deux espaces est un phénomène récent survenu dans les deux derniers siècles en Occident suite à la révolution industrielle.

D/ Dans les deux patrimoines, il existe des écrits de femmes méritant d’être étudiés et comparés ; autrement dit, l’approche littéraire par le biais des images et des symboles religieux dans les contextes historique et culturel pourrait révéler le rôle de ces femmes dans l’Histoire intellectuelle et religieuse.

Quant aux différences, nous pouvons constater:

A/. Les femmes de ces siècles mitoyens en Europe n’étaient pas des érudites dans le sens où elles ne « travaillaient » pas dans des disciplines spécialisées et ce, malgré leur statut élevé en tant que saintes et mystiques.

B/ Dans les sociétés médiévales en Islam, les femmes s’occupaient de l’enseignement, de la prédication et des fatwas sans intérêt réel pour l’écriture. Quant aux femmes d’Europe, elles se tournaient davantage vers l’introspection et la contemplation à cause des restrictions imposées par la société et par l’Eglise. Elles exprimaient ainsi leurs expériences religieuses lesquelles méritent encore d’être étudiées.

*****

Traduit par Dr. Manal CHAFEI****

Revisé par: Prof. Hedaya Machhour*****

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* Cette recherche est publiée (en arabe) dans

هدى السعدي، أميمة أبو بكر (2001). المرأة والحياة الدينية في العصور الوسطى بين الإسلام والغرب. القاهرة: ملتقى المرأة والذاكرة. (سلسلة أوراق الذاكرة؛ 2). 54 ص.

** Professeur d’histoire islamique à l’Université américaine.

*** Professeur au Département de langue et littérature anglaises de l’Université du Caire et co-fondatrice du Forum Femmes et Mémoire (FFM).

[1] Émettre des fatwa (Note de la traductrice)

[2] L’ijtihâd (arabe : ijtihād, اِجْتِهاد, effort de réflexion) désigne l’effort de réflexion que les ulémas ou muftis et les musulmans entreprennent pour interpréter les textes fondateurs de l’islam et en déduire le droit musulman ou pour informer le musulman de la nature d’une action (licite, illicite, réprouvée…). (Ndt)

[3] De nombreuses études ont porté sur la littérature du Faqih et la relation  entre le Faqih et le Mutfaqih (cf.) : Abou Baker Ahmed ibn Aly ibn Thabet  Alkhatib Baghdadi l’ouvrage du Faqih et les sources du Fiqh »( Le Caire, imprimerie de EL AMTIYAZ, 1977)

[4] Le Fatwa est, dans l’islam, un avis juridique donné par un spécialiste de la loi islamique sur une question particulière. En règle générale, une fatwa est émise à la demande d’un individu ou d’un juge pour régler un problème sur lequel la jurisprudence islamique ne tranche pas. Un spécialiste pouvant donner des fatwas est appelé un mufti4. (Ndt)

[5] Emplacement consacré à l’enseignement du Coran depuis des siècles. C’est une institution singulière dans le système éducatif égyptien. (Ndt)

[6] Pour plus d’informations sur ces établissements religieux (cf) « Encyclopedia of Islam, Ribat ( Lieden, Brill  1995) , vol, VIII, pp 493-509.

[7] Zaouia, c’est-à-dire « centres d’apprentissage ». (Ndt)

– Plusieurs études ont examiné longuement le sujet de « la femme rapportant les Hadiths »  ; (cf.) en langue arabe l’article de Omayma Abou Baker «  les femmes rapportant les Hadiths dans l’Histoire Islamique »( 14e &15e siècle ) Hagar 5/6 ( Caire Dar Nosouss pour la publication 1998) page 125 -140 ) , et en anglais  (cf.) Huda Lutfi, « AL -Sakhawi Kitab al Nisa as a source for the Socialand Economic Histroy of Muslium Women during the fifteenth Centry A.D «  The Muslim  Word,LXXI(1981), Jonathan Bekey, « Women and Islamc Eduction in the Mamluk Period »In Nikki Keddie (ed), Women in Middle Eastern Historey, ( New Haven, Yale , University Press, 1991).   

[8] (Ibâdate / Pratiques rituelles consacrées par la tradition islamique. (Ce sont la purification rituelle, les prières, les aumônes, le jeûne, le pèlerinage et le djihad). (Ndt)

[9] Hadd, terme du droit musulman, peine stipulée par Allah pour certains délits et crimes. (Ndt)

[10]  Mazhhab : école de pensée juridique. Ce terme désigne ici le système de pensée qui en découle. (Ndt)

[11] Fard / Pl. Furûd ; obligations selon la religion. (Ndt) 

[12] Pendant le ramadan. (Ndt)

[13]  L’héritage – les ouvrages – des faqihates est un sujet très important sollicitant des recherches supplémentaires et des analyses ; les informations sont très brèves voire rares. Nous avons trouvé les titres de quelques ouvrages mais beaucoup ont été perdus ou disparus à travers les époques. Cependant il y avait deux faqihates chiites citées par « El Amely , dans son ouvrage  , Ayaen elchiyia » mais nous n’avons pas pu les répertorier  dans notre tableau  car nous ne savions pas  à quelle période elles ont vécu. En fait, l’ouvrage de « El Amely » recouvre une période historique très large dès les débuts de l’Islam et jusqu’au début du vingtième siècle. Vu l’héritage remarquable de ces deux faqihates, nous nous devons de les signaler souhaitant que cela pourrait inciter d’autres recherches sur l’héritage négligée ou oubliée des faqihates.  La première est Bint Aziz Allah Alhalabi,  elle a écrit deux ouvrages :  « Talik  Ala kitab men yhader El Faqih » ; (des remarques pour  le Faqih débutant), Rasahel fi masehela faqihayia  », ( des messages sur des questions de Fiqh). La deuxième est Ibint Shaa Tahamahasab Elsafadi ; plusieurs faqihates « ont écrit » pour elle des messages concernant les sources de Fiqh Alamely, ( Ayaen El chiyia, partie 14, vol 15,  page 168, partie 6. Page 112 ». Nous devons ici nous attarder sur le verbe « écrit » car cela pourrait suggérer que des savantes rassemblaient probablement ses avis en Fiqh ainsi que ses fatwas dites dans des cercles scientifiques sous forme de messages. C’est une preuve de la participation, écrite et non pas seulement orale, des femmes dans l’Histoire du Fiqh, leur rôle n’était point marginal concernant les dispositions touchant les femmes. Elles participaient également aux débats autour de sujets théoriques ou pratiques. La plupart des chercheurs ne prêtent pas attention aux allusions présentes dans les ouvrages des Classes telles le verbe « écrit ».

 [14] Nagm el Dine AlGhazi « Les planètes errantes avec les cent-dix notables » ; réalisé et réglé par Dr Ghabreil Souliman Sabour, Jounieha , imprimerie des correspondants libanais , 1949) v. 1 page 287. Les références n’ont pas cité clairement qu’Aicha était faqiha mais qu’elle émettait des fatwa.

[15] Adhérant  à Mazhab  AL Hanafi. (Ndt)

[16] Étudier la jurisprudence islamique. (Ndt)

[17] Pour l’homme Mufti et la femme c’est Muftiya. (Ndt)

[18] La Sunna (سنة, « loi », « tradition ») désigne la tradition et les pratiques du prophète islamique Mohamed. (Ndt)

[19] Sourate An-NISÂ

[20] Que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui (Ndt)

[21] Les règles (Ndt)

[22] L’ijtihâd (arabe : ijtihād, اِجْتِهاد, effort de réflexion) désigne l’effort de réflexion que les oulémas ou muftis et les musulmans entreprennent pour interpréter les textes fondateurs de l’islam et en déduire le droit musulman ou pour informer le musulman de la nature d’une action (licite, illicite, réprouvée…). (Ndt)

[23] Secrétaire général de la Fatwa (Ndt)

[24] le muhtasib, ou mohtaseb (ar. مُحْتَسِب ) est un fonctionnaire de la cité musulmane, (Ndt)

Agent d’autorité chargé du contrôle des prix et de la qualité des produits et des services. (Ndt)

[25] Chargé de la police pour contrôler les marchés ainsi que les poids et mesures. De façon générale, son rôle est de veiller à la bonne conduite et éventuellement réprimer les abus conformément à la loi tout en appliquant la doctrine de la hisba basée sur le principe coranique : encourager ce qui est bien et interdire ce qui est mauvais.  Selon al-Mawardi, le muhtasib « doit encore veiller à ce que les bêtes de somme soient bien traitées et n’aient pas à fournir un travail au-dessus de leurs forces »1. (Ndt)

 [26] Ibn El Hag a critiqué les hérésies et les mythes diffuses dans les cercles de prédication religieuse a l’époque mamelouke et a déconseillé d’adresser des discours ambigus au public. (Ibn El Hag – El Mdkal, V 2, page 144- 153). 

[27] Référence à l’ouvrage de Robert Berkhofer « Beyond the Great Story », il y a la une étude détaillée concernant le nouveau concept de la critique historique selon les écoles de la post-modernité. 

[28] – En consultant la plupart des études actuelles concernant la culture et l’Histoire précédant la Révolution industrielle, nous remarquons que les femmes occidentales ont perdu plusieurs de leurs droits pour la participation : dans l’action publique, les affaires commerciales et agricoles, la liberté dans le domaine religieux, etc.  Par exemple, des l ‘époque victorienne en Angleterre, des restrictions ont été imposées séparant les deux sphères publique et privée. Au Moyen-Age, le travail des femmes en commerce n’était pas considéré comme une transgression hors de leur milieu naturel contrairement aux restrictions imposées aux époques postérieures avec la propagation d’idées négatives comme la soumission et la dépendance.

[29] Il y a des spéculations autour des relations existant entre ces concepts de l’héritage occidental moderne ainsi que de la façon avec laquelle ceux-ci se sont propagées dans les sociétés arabes et islamiques.  L ‘élite cultivée et les défenseurs des Lumières « modernes » ont adopté cette vision concernant l’infériorité de la femme.

[30] Les symboles du Christ (étudiés plus loin) ont été utilisés par des prêtres et des religieuses pour esquisser l’image de la Vierge Marie, l’immaculée. Cependant, cette perception positive n’a pas réussi à supprimer les nombreux obstacles pour permettre la participation officielle des femmes au sein de l’Eglise et au sein de la vie religieuse. Il faut dire que la doctrine de la « femme vraie » apparue au 19e siècle en Europe et aux Etats-Unis – idéalisant la femme, symbole de la pudeur et de la bonté – n’a changé en rien le fait de la qualifier de « superficielle » et d’ « irresponsable ».

[31] Poème qui a une forme spéciale (Ndt).

**** Traductrice, enseignante chercheuse, Lectrice à l’Université Al Azhar, Maître de Conférences à l’Université Française d’Égypte.

***** Professeur de langue française. Département de langue française. Faculté des lettres, Université du Caire.

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