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traduction. Fiqh de vie. Vers un Ijtihad Contemporain

Fiqh de vie Vers un Ijtihad Contemporain.[1]

Préface:

          Cette recherche faisait partie d’une étude intitulée: “De la sunna du Prophète vers un fiqh de vie. Modèle de l’enfance.” Ce projet consiste à méditer sur la Sunna (biographie) du Prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur Lui-, comme étant une source tangible qui  nous procure tant de théories que d’authentification. Et ce, dans le but d’élaborer les traits d’une nouvelle vision d’ijtihad considérant la Sunna comme un point de départ pour aboutir en fin de compte aux règles et aux mécanismes latents dans le processus même de l’application du texte absolu (constitué du Saint Coran et de la sunna authentique) sur la vie quotidienne du Prophète -paix et bénédiction d’Allah soient sur lui.

          Le modèle de l’enfance a été choisi car il ne constitue pas en soi une question de controverse, ce qui le rend adéquat à être un champ d’application afin d’en tirer les déductions d’une nouvelle vision d’ijtihad.

          Cette recherche dégage les déductions méthodologiques finalisées au cours des deux premiers chapitres:

Dans le premier chapitre, le chercheur Medhat Maher, présente la vision du Coran concernant le monde de l’enfant, élaborée sur deux axes:

Le premier axe: La présentation du monde de l’enfant dans le texte du Saint Coran.

Le second axe: Les interactions entre l’ « inné », la foi, et les législations, qui tissent les liens de paternité et de filiation.

          Au cours du deuxième chapitre, le chercheur D. Chérif Abd-Rahman passe en revue les hadiths du Prophète -paix et bénédiction d’Allah soient sur lui-, (relevés des sources authentiques du Bukhari et Muslim) qui ont trait avec le thème de l’enfance : législations, signes, ou scènes de Sa vie -paix et bénédiction d’Allah soient sur lui.

Introduction

        Ce projet d’étude est une tentative de déduction des traits d’une méthodologie d’ijtihad, à travers l’étude de la biographie (sunna) du Prophète -paix et bénédiction d’Allah soient sur lui- afin de savoir comment le Prophète a-t-il mis en application les textes absolus révélés sur le réel vécu, relatif et variable. Ce projet a deux objectifs de base:

Le premier est de focaliser l’intérêt des recherches sur la biographie du Prophète -paix et bénédiction d’Allah soient sur lui- la considérant comme étant une source intarissable, susceptible de renouveler et de vivifier tant la méthode que les processus d’ijtihad contemporain.

        Le second but de cette recherche est de suivre l’attitude du Prophète -paix et bénédiction d’Allah sur lui- vis-à-vis des différentes situations qui ont rapport avec l’enfant, sous la rubrique “l’Enfant en islam”. Nous avons estimé que l’étude de ce thème important, qui ne fait pas l’objet de législations multiples, est susceptible de mettre en lumière une vision fondamentale pouvant aider à cristalliser “une méthode d’ijtihad” ou une recherche d’un ijtihad, sans jurisprudence juridique, pouvant être qualifié de fiqh de vie[2].Terme souvent utilisé de nos jours sans définition vraiment explicite, nous espérons que cette étude soit un essai pour identifier les traits marquants de cette conception.

          La méthode que nous avons adoptée au cours de cette étude est de considérer le texte du hadith lui même comme point de départ pour essayer d’en relever toutes les significations possibles, sans pour autant lui imposer aucune interprétation préalable, même celle reconnue par consensus, et sans le détacher de son contexte ou des circonstances conjointes. Cette méthode vise à constituer de par les textes (les hadiths) eux-mêmes, et de par l’accumulation de leurs significations, les traits d’une vision qui s’est esquissée graduellement pour notre sujet.  Ce qui nous rend apte, en fin de compte, à déchiffrer une méthodologie de l’ijtihad, tel que l’a voulu le Prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui. Après des mois de recherches, nous avons réussi à concevoir la position de l’enfant dans la société musulmane, à travers des scènes vivantes dans le Saint Coran et dans la biographie du Prophète -paix et bénédiction d’Allah soient sur lui.

          Dans une dernière étape, nous concrétisons une méthodologie valable à tous les domaines de la vie, une méthodologie de fiqh de vie selon la sunna du Prophète -paix et bénédiction d’Allah soient sur lui- pour agir, déployer les efforts, et assumer le rôle du khalifat sur terre (responsabilité confiée à l’Homme de la part d’Allah).

          De cette accumulation de significations et de la somme des observations, s’est constitué un système d’agencement de cinq éléments intimement cohérents et interactifs, que nous appelons fiqh de vie. Ces éléments sont: les objectifs, les valeurs, les lois de vie, le ghayb (le transcendant), et finalement les législations.

          Dans ce qui suit, nous allons aborder chaque élément à part sur deux niveaux : en premier lieu la définition, et ensuite la démonstration de cette entité en interaction et en activité avec les autres éléments du système, et ce en suivant une approche intégrante, loin de toute approche fragmentaire ou partielle vis-à-vis de notre objet d’étude.

          I – Les Éléments constitutifs du Fiqh de vie.

Tout d’abord, il faut souligner quelques points importants avant de présenter la description de chaque élément:

          – En premier lieu: Ces éléments ne sont point intrus ni contre l’ijtihad, mais ils ont toujours été  latents dans la conscience de la umma (la communauté des musulmans), présents dans la réflexion du chercheur en ijtihad. Ils ont régi l’action de l’individu musulman dans la vie, sans pour autant être explicites. Par contre, ce qui nous a été parvenus de manière explicite et bien détaillée ce sont les législations ou la jurisprudence, qui a fait l’objet de longues études des juristes, au point d’empiéter sur le fiqh de vie. Ce dernier était souvent classé sous des rubriques comme les bonnes mœurs, le raffinement de la morale, et les œuvres méritoires. Ceci est dû à la nature même de la jurisprudence : l’exactitude des législations qui conservent les droits d’Allah Le Très-Haut, et ceux des hommes.

          Néanmoins, l’époque moderne témoigne d’une intrusion de valeurs étrangères  aux croyances et à la mentalité de l’individu musulman, ce qui a affecté sa vision générale, et son action vis-à-vis des législations, optant souvent pour la zone du permis et dispenses législatives, sans se restreindre à ses limites et régulations. Ce tournant culturel et moral engendre à son tour la diffusion  de phénomènes étrangers à la société musulmane, tel l’excès des dépenses au sein de certaines classes sociales. On renonce, progressivement, aux valeurs du khalifat sur terre quant aux responsabilités économiques, au peuplement de la terre : deux piliers de la vision islamique. Ce qui a, sans doute, ses répercussions négatives sur la vie du musulman.

          Quant à ceux qui ont pu déceler cette déviation des valeurs et qui ont opté pour s’impliquer dans la régulation de la vision islamique au sein de la société, ils n’ont pas trouvé d’autre source fiable que les législations de la jurisprudence. Ils se trouvent, alors, engagés à appliquer les sentences du licite et de l’illicite (halal, harâm) sur tous les aspects de la vie, même dans les relations humaines marquées par la compassion et la sympathie et qui sont devenues, de la sorte, des liens contractuels sans âme. Ils s’intéressent, ainsi, aux apparences et aux détails quotidiens infimes tout en renonçant aux causes majeures d’al umma, et aux problématiques de l’existence humaine.

          – En second lieu : Il s’avère que le fiqh de vie ne se restreint pas à  la dichotomie du “fait et de son jugement”, c’est plutôt un mouvement en perpétuel interaction entre ses éléments constitutifs en vue de composer une vision islamique complète qui gère à son tour nos attitudes vis-à-vis des différentes situations. Il n’est point question de connaître le jugement ou la fatwa, mais c’est surtout le fait de s’inspirer par le modèle, de considérer l’objectif, et d’assimiler les valeurs, que présentent la chari’a de l’islam, scellée par la cohérence, la complémentarité et la miséricorde pour toute l’humanité.

          – Enfin, il est à noter que l’interaction entre les éléments du système a lieu dans le cadre de circonstances réelles et précises qui doivent être prises en compte lors de l’ijtihâd. Il ne s’agit pas de théories abstraites, mais ce sont des conditions humaines variables qui doivent être conçues et comprises en y méditant dans l’esprit du ijtihiâd. Il va sans dire que la jurisprudence est d’une importance imminente pour régler le réel de la vie, mais il est indispensable de recourir au fiqh de vie pour l’assimiler, l’enrichir, et le diriger. En fait,  le fiqh de vie se développe et évolue en parallèle avec la réalité vécue, mouvante, et sans cesse renouvelée et suscitant autant de problématiques que de défis quant aux ulémas. Si le fiqh du réel est conditionné par la bonne perception des circonstances vécues, celui de la  vie en diffère catégoriquement puisqu’il réside dans la recherche des valeurs et des objectifs qui manipulent et orientent ce réel.

Revenons donc aux cinq éléments constitutifs du Fiqh de vie.

I- Les objectifs:

Ce sont les buts visés par le char’ (loi de l’islam)  afin d’être accomplis dans tous les domaines de la vie. Ils convergent en fin de compte avec les cinq universaux reconnus, à savoir : sauvegarder la religion, la raison, l’âme, l’honneur, et l’argent. Soulignons que nous entendons ces objectifs dans leur portée individuelle et communautaire. Notre étude met en exergue l’objectif de sauvegarder al umma, comme étant la voûte couvrant tous les objectifs cités, bien que souvent négligée, ce qui nécessite de lui rendre vigueur et activité.

Le fait de s’enquérir sur les objectifs du char’ et de les comprendre est d’une importance éminente avant d’entamer tout processus d’ijtihad. En  fait, ce dernier assume le but ultime de prouver l’Unicité de Dieu, et d’assurer la soumission absolue et complète de toutes les créatures à Allah, l’Exalté, le Très haut, Qui, certes, n’a pas créé l’univers et l’homme dans l’absurde :

“Avez-vous imaginé que Nous vous avons créé sans raison, et que vous ne seriez pas ramenés à Nous? Toute suprématie est à Allah, le Souverain, le Vrai. Il n’est pas de dieu que Lui, Titulaire du Trône sublime” (23/ 115 et 116)[3] 

Par conséquent, le char’ a dû s’acquitter d’assurer les objectifs légués à l’homme par son créateur, et de contrôler les divers aspects de sa responsabilité sur terre (en tant que khalifa), ainsi que son rôle quant au peuplement de la terre. Ceci dans le cadre d’une vision globale qui régit le mouvement du progrès et tout le processus de civilisation.

Le but essentiel de tout fait ne relève que d’une seule alternative: soit repousser un méfait (aspect négatif d’action et de vision), ou chercher un profit (aspect positif constructif). La sauvegarde n’est nullement donc une inertie, mais bien au contraire c’est un processus de créativité à long terme à la lumière d’une vision claire et d’une action engagée. Si l’on est alerte aux objectifs, la raison musulmane du chercheur en fiqh (mujtahid) ne s’arrêtera guère aux particules mais sera plus ouverte aux universaux et dépassera les apparences pour parvenir aux sens et aux réalités majeures.

Dans le cadre du fiqh de vie, il y a une première règle à retenir :

Si un jugement législatif particulier va à l’encontre d’un objectif bien considéré, il faut réviser ce jugement partiel donné de façon à l’adapter à l’objectif législatif plus général.

Il faut être alerte aux appels qui prétendent de faux objectifs, visant à ébranler le système du Fiqh islamique et ses règles d’ijtihad établies et bien déterminées, en provoquant des allégations tels l’esprit du texte, ou l’esprit de l’islam ou de ses universaux.

Les objectifs, ou les fins, ont leur position en premier lieu dans le cadre du fiqh de vie, de sorte que tous les éléments constitutifs du système lui sont subalternes et doivent converger vers la voie de la réalisation des fins. Autrement dit, les fins représentent les critères qui déterminent la boussole de l’action du peuplement de la terre entretenu par l’homme en tant que responsable sur terre (khalifa).

Les objectifs ont de nombreux aspects dans les divers domaines de la vie. Quant à notre objet d’étude, l’enfant en islam, nous constatons que l’objectif d’élever et d’éduquer l’enfant est de le rapprocher de l’accomplissement dans sa religion, dans sa raison, dans son âme, et de  conserver ses biens et sa dignité, dans le but de préparer un individu, et toute une génération capable d’assumer la charge de khalifa. Dans cette  perspective, le prophète -paix et bénédiction d’Allah soient sur lui-, a permis à Hind femme d’Abu Sufiân, de prendre de l’argent de son mari (connu par son avarice) à son insu, afin de conserver sa propre vie et celle de ses enfants, et de leur conserver la dignité : « prend pour toi-même et pour tes enfants ce qui te suffit dignement sans excès ». Cette attitude,  comme beaucoup d’autres attitudes qu’on a retrouvées de la biographie du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, démontre que chaque prescription ou action du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, concernant le sujet de l’enfance est basée sur un ou plusieurs objectifs plus larges.

  • Les Valeurs.

C’est l’ensemble des conceptions humaines suprêmes latentes dans toute action ou parole du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, comme l’exprime ce verset:

“Dis-leurs: Mon Maître m’a guidé sur le droit chemin : la bonne religion, la foi d’Abraham, ce vrai croyant qui n’a jamais adoré de faux-dieux” (6/161).

Détacher l’action de la valeur qui la suscite l’éloigne sans doute du chemin tracé par le Saint Coran et des directives prophétiques.

Si les objectifs ont besoin de déduction lors de l’étude de la biographie du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, par contre les valeurs sont bien claires. On ne peut guère les ignorer, sinon on risque de rendre la Sunna un corps sans âme. Les valeurs sont l’essence même de tout acte ou parole produits par le prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui. D’après cette étude, nous constatons que les valeurs ne sont point un luxe dont on peut se passer, ni une option pour le raffinement après avoir satisfait les besoins, mais bien au contraire, elles représentent un élément de premier plan dans le système du fiqh islamique dont le chercheur doit tenir compte lors de son ijtihad, afin de maintenir une vision complète et équilibrée.

          À cet égard, il faut s’arrêter sur certains points importants:

1) Les valeurs en Islam ne sont point relatives, ni individuelles, voire, elles sont des valeurs absolues, elles ne concernent pas des événements ou des situations définis, ce qui les rend valables pour tout temps et en toutes occurrences. Ce caractère absolu est susceptible de former une base commune émanant de la nature innée de l’homme.

2) Les valeurs islamiques sont de nature hiérarchique et ascendante et dont la priorité diffère selon le cas d’étude ou l’objet d’ijtihad. Chaque domaine de la vie a son propre réseau de valeurs. Concernant notre objet d’étude, la “miséricorde” figure à la tête des valeurs dans le domaine de l’enfance, sans ignorer d’autres valeurs qui lui sont subalternes telles la justice, et l’équité, etc. Par contre, si l’on considère, à titre d’exemple, le domaine de l’économie, nous nous apercevons que la valeur de la miséricorde n’est plus au sommet du réseau des valeurs, mais d’autres valeurs y prennent place comme la droiture et l’honnêteté. Quant au domaine politique “la Justice” est une valeur de premier plan, tandis que les pratiques cultuelles sont régies par l’engagement et la facilitation.

Cet ordre hiérarchique est d’une grande importance vu sa prédominance lors du processus d’ijtihad. Nous aborderons cet aspect en détail plus loin sous la rubrique de l’interaction des éléments du Fiqh de vie.

Pour éclaircir la notion de la miséricorde quant au sujet de l’enfance, nous passerons en revue ce hadith rapporté par Abû Quatada, le prophète – que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui- a dit: ” Parfois je commence la prière en ayant l’intention de la prolonger, mais dès que  j’entends les cris d’un enfant, je me dépêche de la finir (dûment), de peur de causer de la peine à sa mère”. De même ce hadith: “L’envoyé d’Allah -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, pria, et quand il se prosterna vinrent al Hassan et al Hussain sauter sur son dos, alors si quelqu’un voulait les empêcher, il leur fait signe de les laisser. Et quand il eût fini la prière, il les prit sur ses genoux et dit: quiconque m’aime doit aimer ces deux ci.” Et bien d’autres attitudes du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, qui font prévaloir cette valeur.

          À partir de cette étude, nous avons pu conclure que la miséricorde est une valeur primordiale dans le domaine de l’enfance. C’était l’attitude  du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, en jouant avec eux, en les dirigeant, en les éduquant, ou même en leur corrigeant certaines conduites. Nous avons remarqué, de même, que les valeurs de la miséricorde et de l’engagement doivent être en présentes lorsqu’il est temps d’apprendre aux enfants les pratiques cultuelles au cours de l’âge de raison. Et ce par le fait de l’intersection entre enfance et culte en cette période d’âge. On recourt alors au principe de l’encouragement et de l’incitation qui relève de la miséricorde, tandis que la préparation à l’âge des obligations législatives relève du principe de l’engagement. Nous constatons cette notion par le hadith rapporté par Arrabi’ fille de Mu’awidth bin ’Afrâa’, qui a dit: “Le prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, a envoyé aux villages des Ansars aux alentours de Madinah, à la matinée de ’achourâ’, leur disant que quiconque a eu l’intention de jeuner qu’il continue son jeûne, et que quiconque n’en a pas eu l’intention qu’il continue son jour ; ainsi les années suivantes nous avons pris coutume de jeûner ce jour de ’achoura’, et d’apprendre à nos enfants de le jeûner, s’il plaît à Allah, et quand nous allâmes à la mosquée nous leurs fîmes des jouets avec la laine et si l’un d’entre eux criait de faim nous lui donnèrent à manger au moment du repas (iftar).”

        Dans le cadre du Fiqh de vie, les valeurs s’entrelacent avec le reste des éléments. Elles alimentent les objectifs, les lois de la vie, et les législations, elles se lient au transcendant absolu, et elles prouvent la cohérence ou la déviation de l’acte humain de l’essence même de la foi. Ainsi, les valeurs et les fins assument le rôle de critères jugeant la justesse de l’ijtihad et des actes des humains.

  • Les lois de la vie:

        Nous entendons par là les lois divines qui règlent systématiquement l’acte humain, et qui, si l’on est alerte, nous permettent d’aboutir aux résultats visés par la course de la vie.

          L’ijtihad dans les divers domaines de la vie nécessite le déchiffrement des lois divines qui les régissent. Elles influencent les actes de tous les humains sans discrimination, et plus on en a conscience plus on pourra en tirer profit.

          Nous les classifions en deux catégories:

  • La première catégorie: Les lois dépassant la volonté de l’homme; telles que les lois macrocosmiques, les lois qui gouvernent la condition humaine telle la mort, la vie, l’instinct dont la liaison entre parents et leurs descendants (à titre d’exemple le cas de Noé et son fils), de même que les phases communes de la croissance de l’être humain: “C’est Allah qui vous a créés; vous naissez faibles. Puis il fait succéder la force à votre faiblesse, après la force vous redevenez faibles et chenus. Allah créé ce qu’Il veut. Il est Omniscient et Omnipotent.” (30/54).
  • La seconde catégorie: Les lois conditionnées par l’action humaine en tant que cause ou effet, et que la prise de conscience met en vigueur; telle que la loi de coexistence entre les hommes, et qui empêche la corruption sur la terre :
  • “Si Allah ne repoussait pas les humains les uns contre les autres, la terre serait tombée dans le chaos. Mais Allah est généreux pour les hommes.” (2/ 251).

Cette catégorie a ses répercussions dans tous les domaines de la vie; il y ainsi a des lois psychologiques, sociales, historiques, etc. Cette catégorie est un actant important dans le système du fiqh de vie. Nous pouvons les retrouver dans le Saint Coran, et dans les hadiths. Nous pouvons de même déduire plusieurs lois par l’observation de l’expérience humaine et par la raison qu’Allah attribue à quiconque Il choisit.

Cette catégorie se divise à son tour en deux groupes: Lois générales et lois spécifiques.

  • Les lois générales: ce sont les lois objectives, disponibles à tous quelle que soit la croyance (croyant ou incroyant), la race, l’ethnie, ou toute autre particularité humaine. Elles consistent en des faits objectifs, stables n’ayant d’autres repères que l’action humaine: (gérant l’acte humain) “Aux uns et aux autres, nous prodiguerons les dons de ton Seigneur; les dons de ton Seigneur ne sont refusés à personne.” (17/ 20).
  • Les lois spécifiques: Ce sont celles qui concernent un groupe déterminé, ou un domaine particulier de la civilisation. Il y a ainsi des lois propres aux croyants et d’autres propres aux incroyants, des lois économiques, psychologiques, et politiques, etc. De même, il y a des lois gérant la civilisation et le peuplement de la terre à travers les différentes périodes historiques. Ce dernier genre est d’une importance majeure pour le chercheur d’ijtihad afin de comprendre la réalité. Conformément à cette loi, le prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, s’est abstenu de modifier les piliers de la Ka’ba sacrée, et s’est abstenu de combattre les hypocrites, et bien d’autre exemples.

L’ijtihad dans le fiqh de vie permet d’activer les lois divines, ce qui est susceptible de combiner tous les éléments de la pensée méthodique et d’en profiter tout en rejetant les idées destructrices telles l’absurde, le nihilisme, le chaos, le hasard, les légendes, la fatalité, ou toute autre interprétation externe à la vision islamique.

     Il faut noter que la conception de la volonté divine qui gère toutes ces lois, qu’elles soient facultatives ou fatales, spécifiques ou générales, réside dans la conscience même du croyant tout en agissant aves ces lois dans sa vie. Néanmoins, nous rejetons toute nuance du déterminisme philosophique. Nous tenons à valider ces lois qui fructifient l’action humaine basée sur la responsabilité du choix, dans le cadre de la causalité. De fait, la conception des lois dans l’agencement du fiqh de vie nous mène à déployer les efforts, et à profiter de tous les moyens (prendre les causes en considération) sans renoncer à la conception du ghayb; tel est justement l’élément suivant.

  • Al Ghayb (Le Transcendant)

Nous employons ce terme dans une acception très précise, à savoir: tout ce qui dépasse la raison ou les sens, en parallèle avec la réalité perçue. Il interfère, donc, entre l’action et son résultat, sous la forme de plusieurs concepts islamiques présents dans la vie quotidienne, telles al-baraka et al-rizq (la bénédiction faisant fructifier la fortune), le guidance divine, la protection contre Satan. Or, pour l’incroyant, il y aura d’autres concepts tels que le hasard, le pessimisme, ou la chance,  concepts peu adéquates du point de vue du croyant qui attribue toute félicité, ou calamité à la volonté et à la raison divines. Ainsi, le ghayb rend l’homme conscient des limites de son pouvoir et de son savoir, et de sa juste valeur dans l’univers.

Le ghayb est inséparable de la création de l’univers ou de l’homme. Se forme alors, en islam, une vision complexe émanant de la foi en un ghayb  influençant la réalité, ses lois, et ses causalités.

Le ghayb a deux aspects fondamentaux:

Le ghayb absolu: C’est la métaphysique non conçue par les sens ou la raison humaines, et révélée par le Seigneur. La raison est incapable  de comprendre ou de concevoir des vérités métaphysiques majeures, telles que l’essence sublime d’Allah Le Très haut (Il n’y a rien qui Lui soit comparable) (42/11), Ses Attributions, la nature des anges, l’âme, et le savoir du jour dernier, etc. Croire en ce ghayb absolu signifie pour le chercheur en ijtihad, reconnaître en Allah la source absolue de la connaissance et du savoir, et par conséquent puiser seulement dans la révélation et dans la réalité, le savoir et l’éthique.

Le ghayb relatif: C’est tout ce qui dépasse les sens de l’homme, mais qu’il cherche toujours à découvrir par la recherche et les explorations. De fait Allah l’a pourvu de capacités intellectuelles, pour développer ses outils d’exploration :

Allah vous a fait naître des entrailles de vos mères, dépourvus de tout savoir. Il vous a doté de l’ouïe, de la vue, et de l’intelligence. Lui en serez- reconnaissants?” (16 / 78)

Ce qui souligne que les recherches des sciences de l’avenir reviennent à cet espace; le ghayb est l’élément qui pousse le chercheur à élucider les mystères, tout en tenant compte des lois divines et des caractéristiques des  nations.

  Dans l’agencement du fiqh de vie, on ne parvient à comprendre le vécu qu’à travers le ghayb, par l’interaction entre les deux nivaux. Des  facteurs hors de la portée de l’homme, agissent directement sur sa vie, telles: al baraka, al rizq, etc. Cependant, Allah a guidé l’homme pour les acquérir par la piété, et les œuvres de bienséance:

 “Pourtant, si les habitants de ces cités avaient été pieux, Nous leur aurions offert toutes les aubaines bénies du ciel et de la terre, mais ils ont refusé de croire et Nous les avons saisi pour prix de leurs méfaits.” (7 / 96).

De même, nous trouvons dans le Saint Coran et la Sunna du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, le rappel constant du ghayb, à travers les invocations de baraka et rizq, et la demande de refuge contre les calamités. Comme exemple l’invocation de la mère de Mariam:

” (…) et je la mets, elle et sa descendance, sous Ta protection contre Satan, le maudit. Allah a reçu Mariam en bonne grâce et l’a fait grandir dans les meilleures conditions.” (3 /36 et37).

Un autre exemple est le hadith du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui-, où il invoque la protection d’Allah pour al-Hassan et al- Hussain, il disait: ” Votre ancêtre (Abraham) demandaient la protection d’Allah pour Ismaïl et Ishaq, par ces mots: Je cherche protection auprès d’Allah par ses mots les plus parfaits, de tout démon ou reptiles, et de tout mauvais œil.”

Cette conception du ghayb agissant sur la vie de l’homme est  fondamentale dans le processus d’ijtihad quant au fiqh de vie. En fait, on œuvre à réaliser des objectifs déterminés tout en dépendant de la volonté d’Allah, et tout en reconnaissant le savoir limité de l’homme.

Le ghayb, présent dans cet agencement procure une dimension inexistante dans les autres systèmes matérialistes de pensée. Et vu qu’il comporte la révélation divine, il rend accessible le reste des éléments, à savoir: les objectifs, les valeurs, les lois de la vie, et les législations.

5) Les Législations:

C’est le cadre législatif gouvernant tous les actes du musulman. Chaque école juridique a déployé ses efforts afin d’instituer la jurisprudence qui, à son tour, s’est intéressée à décrire  chaque acte selon l’essence de la charge (taklif): (fais – ne fais pas), suivant un arrangement de sentences subsidiaires: (licite (halal), illicite (harâm), exigé (mandoub), répréhensible (makrouh), permis (mubâh). L’ijtihad continue à s’élaborer dans ce domaine afin de juger tout fait réalisé dans un monde en perpétuel  changement.

L’ensemble des législations est constitué de nombres des verdicts qui organisent la vie de l’homme, conformément aux stipulations révélées directement (dans le Saint Coran ou la Sunna). On pourrait en tirer plusieurs exemples à propos de notre objet d’étude comme les législations directes concernant les droits des orphelins:

“Observez la conduite des orphelins, jusqu’au moment où ils atteignent l’âge de se marier. S’il s’avère qu’ils sont devenus capables, remettez-leur leurs biens. Ne vous empressez pas d’en profiter abusivement avant que les orphelins ne soient adultes. Si le tuteur est dans l’aisance, il doit s’abstenir d’en profiter; s’il est pauvre, il peut s’en servir selon le bon usage. Que la remise de leurs biens s’effectue en présence de témoins, Allah suffit cependant pour tenir les comptes de tout.” (4 /6)

Ou pour légiférer les droits des divorcées: “Les femmes divorcées observent un délai d’attente de trois périodes menstruelles [avant de se remarier]. Il leur est interdit de dissimuler ce qu’Allah a créé dans leur matrice, pour autant qu’elles croient en Allah et au Jour Dernier. Durant cette période, leurs époux peuvent en prévaloir du droit de les reprendre, s’ils optent pour l’arrangement. Les femmes ont autant de droits que de devoirs selon le bon usage, même si les hommes bénéficient d’un certain degré de prééminence. Allah est Tout-Puissant et Sage.” (2 /228)

En d’autres cas la législation est indirecte, mais on pourrait la déduire, grâce aux règles du fiqh qui aide le processus d’ijtihad par sa nature claire et simple, même si les conditions (temps, lieu) varient (à titre d’exemple: les règles d’intérêt, et d’innocuité), ce qui rend valables les règles législatives quels que ce soient le temps ou les circonstances.

Les législations se caractérisent par deux aspects : la stabilité et la comptabilité. Ibn Al Quayïm les souligne dans son œuvre I’lâm al Muwaqi’în, en différenciant entre deux genres de jugements: “(…) un genre immuable qui ne change pas d’état même si le temps, ou les lieux, ou l‘ijtihad des ulémas varient; tels les droits, les illicites, les peines légales, ce genre est stable et ne fait pas objet d’ijtihad, et n’est guère différent d’une époque à l’autre. Tandis que le deuxième genre varie selon les exigences, suivant le temps, le lieu, et l’état (…); le législateur y opte pour des alternatives conformément à l’intérêt visé (…). C’est un large domaine où l’on risque de confondre entre les sentences invariables, et les jugements qui tiennent compte des intérêts”.

La législation – comme concept reconnu – est la jurisprudence des sentences émanant du char’ pratiquement acquises par des preuves  détaillées. Cette science s’intéresse aux issues partielles (tout en inscrivant les règles générales susceptibles de gérer le processus d’ijtihad). Elle peut être comparable au rôle de la loi de nos jours. Cependant, on note qu’on l’applique sur tous les aspects de la vie même sur les liens de parenté qui doivent être marqués par la compassion et l’amabilité. Ces liens sont devenus, alors, des rapports juridiques sans âme, ce qui empêche l’ijtihad de répondre aux problèmes d’une réalité en perpétuel changement, que ce soit au niveau partiel, total, ou culturel.

Intervient, alors, le rôle prépondérant du fiqh de vie, de nature complémentaire, et non pas substitut, au fiqh juridique. Il vient suppléer à certaines dimensions:

Il s’intéresse aux détails et les juge en tant que cohérents ou incohérents avec les objectifs, les valeurs, et les lois de la vie, et ne porte pas des jugements de licite ou d’illicite.

Il considère les valeurs comme étant un pilier du jugement légitime pratique, tandis que la jurisprudence se restreint aux causes apparentes, et réglées.

Il offre les alternatives reconnues par les ulémas concernant un problème donné, tout en tenant compte de l’harmonie avec les objectifs, les valeurs, et les lois.

Il a affaire avec les questions majeures, et les entités générales (al umma, la communauté), où l’ijtihad dépasse les problèmes individuels.

Il dispose d’un mécanisme qui le rend à même d’agir avec des questions inédites, et de les traiter d’après des données claires.

À noter, que le rapport entre le fiqh de la législation et celui de la vie, ressemble au rapport entre la zakat, et l’aumône de charité (sadaqa) : toutes les deux sont une obligation rituelle, or la zakat est un des cinq piliers de l’islam, tandis que l’aumône est volontaire. D’autre part, la zakat est détaillée dans les livres des législations, en tant que types et montant, tandis que l’aumône, œuvre distinguant la communauté musulmane, ne fait pas l’objet des études approfondies des livres de Fiqh. Ce qui relève de la nature juridique du Fiqh jurisprudentiel, basé sur le pivot des “droits” (ceux d’Allah Le Très Haut, ainsi que ceux des humains), tout en marginalisant les devoirs émanant de la compassion, et la solidarité humaines.

De là s’avère la relation entre le Fiqh juridique et celui de la vie, l’un est fondé sur des obligations bien déterminées, ou des clauses bien clairs, tandis que l’autre se rapporte aux exigences des valeurs et des objectifs du char’.

À noter que les législations, dernier élément du fiqh de vie, sont conçues comme étant les frontières délimitant l’action du processus d’ijtihad visant le fiqh de vie.

II- Fonctionnement du processus du fiqh de vie

II – 1)  Méthodologie d’activation.

Les éléments déjà cités peuvent être activés séparément tout en ayant des résultats fructueux, mais il vaut mieux en combiner le fonctionnement afin d’aboutir à un système de fiqh guidant la vie au niveau individuel et communautaire. Première norme à retenir, donc, c’est de systématiser la liaison qui en fait un tout cohérent, apte à fonctionner en coordination, dans une réciprocité, tout en enrichissant et régularisant les uns les autres.

Tout d’abord, il faut distinguer entre les composantes de ce système du point de vue contrôle, et régularité. Les objectifs, les lois de la vie, et les législations sont, de par leur nature, plus accessibles à être régularisés (c’est pour cette raison qu’ils figurent parmi les éléments d’jtihad en fiqh), cependant les valeurs, et le ghayb transcendent au contrôle. Une question se pose alors: Comment pourrait –on s’en servir sans risque d’erreurs de méthode? Nous estimons, d’après l’étude, que seule la cohérence de ces éléments, est garant de les contrôler.

Nous citons à titre d’exemple, à l’égard de l’éducation de l’enfant, la valeur de la tendresse ou la miséricorde inhérente (loi de vie), et qui est indispensable pour maintenir une saine croissance corporelle et psychologique à l’enfant. Or, dans quelle mesure doit-on recourir à cette valeur prépondérante? Y a t-il des critères qui délimitent telle valeur pour en tirer profit sans pour autant risquer de nuire à l’enfant? En fait, la tendresse poussée à l’extrême par miséricorde pourrait gâter l’enfant, le rend de faible personnalité et irresponsable. D’autre part, le manque de tendresse nuit à son développement psychologique équilibré. Comment, donc, estimer le juste milieu?  Surgit, alors, l’importance de l’Objectif, qui doit diriger la boussole de la tendresse en tant que valeur. L’objectif d’élever un enfant est de le rendre un individu actif dans la communauté musulmane (al umma) et qui ferait partie de toute une génération mûre psychologiquement et corporellement, assumant la charge du Message (prône). Ayant l’Objectif comme guide, agissant dans la mesure des Lois de la vie qu’Allah a fondées pour purifier l’esprit humain, et dans le cadre bien défini par les Législations, la valeur trouve garant de règlement.

D’autre part, il s’avère d’après l’étude, qu’il existe un certain système qui doit être adopté suivant des étapes consécutives pour aborder tel ou tel problème, tout en conservant une certaine liberté dynamique afin de changer leur ordre, selon la nature de la question abordée.

Ces étapes sont:

  • Fiqh de la question:

C’est le fait de saisir tous les données d’un problème, d’une question précise, d’analyser ses éléments constitutifs et de comprendre son contexte ou les circonstances concomitantes. Le chercheur musulman en ijtihad profiterait de tous les outils, et moyens disponibles et permis, et de tous les expériences possibles soient les siennes ou tiers. Il en résulte un tas d’alternatives entre les points de vue, qui seraient, à leur tour, en choix d’après les étapes suivantes:

  • Déterminer la législation pertinente à la question ou à son domaine:

Que cette législation soit approuvée par consensus, ou qu’il y ait  plusieurs opinions, de façon à rendre clair au chercheur une gestion correcte de son travail: suivre les opinions traditionnelles, ou au contraire innover des solutions inédites par l’ijtihad.

  • Déterminer l’objectif :

Focaliser l’objectif le plus propice à la question ou à son domaine, et effectuer l’équilibre avec le reste des objectifs complémentaires. Organisés de la sorte, ils doivent jouer le double rôle de  “direction” et de “limite”; il faut assurer l’objectif sans abus ni manque. En combinant l’objectif et la législation, on assume la justesse de l’ijtihad, tout en conservant le critère visé par le char’. Le chercheur fait alors le choix entre plusieurs jugements. Il pourrait même assembler deux opinions ou plus, ou les converger, afin d’avoir une opinion pertinente, ou bien il recourt à chercher une nouvelle opinion par son propre ijtihad.

  • Déterminer la valeur régissante dans le domaine de la question:

Déterminer la valeur prépondérante et les valeurs qui s’ensuivent, et les intégrer à la question. Faire prévaloir l’opinion susceptible de réaliser la valeur dominante et refuser l’opinion qui porte préjudice à une valeur islamique bien stable, dans les limites des conditions précédentes.

  • Concevoir les lois divines:

L‘ijtihad dans cette étape doit respecter les lois divines conjointes à la question, ainsi que les caractéristiques de l’époque donnée, et évaluer les résultats pour éluder tout risque (que ce soit dans le domaine scientifique ou pratique). C’est dire que: si le chercheur trouve un jugement en convenance avec les normes établies par le Fiqh, et satisfaisant aux objectifs et aux valeurs du domaine, mais constituant une offense aux traditions ou aux valeurs morales selon les coutumes de l’époque, dans ce cas il doit se servir de l’ijtihad afin d’ajuster la formulation du jugement, ou de sa pratique, pour éviter de transgresser ces traditions.

  • Actualiser le ghayb:

Il faut évoquer le ghayb relatif (l’avenir), affirmant la totale soumission à Allah; et ce, dans le domaine de l’ijtihad théorique, comme garant de la modestie, et de l’échange des conseils.

En suivant ces étapes, le chercheur (en ijtihad), ainsi que tout individu musulman, s’approprierait un raisonnement rattaché, à la fois, au char’ établi, ainsi qu’au réel de la vie. Il faut que tout musulman ait conscience des objectifs, valeurs, et lois de sa religion, et que le chercheur en fiqh prenne ces éléments en considération pour qu’il y ait des jugements appropriés, voire une fatwa judicieuse.

De prime abord, cette méthode pourrait paraître incontrôlable, toutefois, comme nous l’avons déjà présenté, il ya certaines restrictions; nous les reprenons ci-dessous:

1) Première condition: l’intégralité, et la complémentarité de ces éléments; il ne faut pas compter sur les valeurs et négliger les objectifs, ni se rapporter au ghayb sans recourir aux lois causales de la vie.

2) Deuxième condition: le fiqh de vie ne doit guère empiéter sur celui de la jurisprudence, soit en l’annihilant ou en l’arrêtant, mais au contraire il doit le consolider et favoriser son activation. D’autre part la jurisprudence doit s’abstenir de marginaliser les éléments du fiqh de vie.

3) Troisième condition: le point de départ de ces éléments doit être puisé dans la culture islamique pure. La  conception et la définition des éléments doivent se rapporter uniquement aux références islamiques, sans renvoi à aucune culture étrangère.

4) Quatrième condition: adopter une méthodologie scientifique, éludant toute utilisation incorrecte ou courantes de la conception des éléments (les objectifs,  les valeurs et les lois) ou toute dérivation du système, ou négligeant les causes établies et bien claires, ou se basant sur des interprétations évasives des concepts tels l’intérêt, les principes et les fins.

II- 2) Fruits du Fonctionnement du fiqh de vie

 La mise en application du fiqh de vie, est susceptible de mener à des avantages pratiques et scientifiques. Elle pourrait être considérée comme étant  la base du processus d’ijtihad dans plusieurs domaines:

  • Outil d’activation des vertus prophétiques:

Le fiqh de vie, qui suit l’idéale de la vie du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui- trouve dans ses actes des directives et non pas seulement des œuvres propres à la personne vertueuse du prophète. Directives du point de vue de l’accomplissement des objectifs et des valeurs, et non pas uniquement au sens de prescriptions légiférées. Le fiqh de vie peut se vanter d’innovation dans cette perspective. On tend à déduire des “exigences fondamentales” à travers des actes qui étaient inscrits souvent sous la rubrique des vertus prophétiques. Or si l’on y renonce, sous prétexte que quiconque les laisse ne commet pas de pêché, on risque de perdre la valeur, essence même de toute question. L’attitude du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui- a instauré la valeur de la tendresse par miséricorde envers les enfants. Dans diverses situations, il agit avec eux en toute simplicité et modestie, par sa miséricorde, et il blâme ceux qui ne traitent pas leurs enfants avec tendresse. Ainsi que la valeur du “droit” conservé aux enfants et aux serviteurs, à travers son attitude envers Abi-Dthar, le blâmant et l’ordonnant de participer au repas avec son serviteur, de se charger de son habillement et de lui prêter aide en travail.  Il a instauré, aussi, le principe de “participation”, en tenant à faire participer les enfants dans les diverses situations; à titre d’exemple: son attitude envers Ibn Abbas, et Anas,  et envers une fille des Ansars qui s’appelait Um-Khaled, ainsi que de le fait de faire monter Al-Hassan et Al-Hussain  sur le minbar pendant le prêche.

  • Outil d’exégèse:

L’activation des éléments selon un agencement complémentaire, offrirait l’opportunité de comprendre nombre de hadiths qui ne peuvent être interprétés par l’exégèse traditionnelle.

À titre d’exemple le hadith cité dans Al-Bukhari, et rapporté par Abu-Quatada qui dit :” Le prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui- sortit un jour emportant Umama fille de Abu Al-’aas, sur ses épaules. Il commença ainsi la prière, s’il fait l’inclinaison il la laisse par terre, s’il se relève il la reprend de nouveau.” Et le hadith dans al Bukhari rapporté par Um-Kulthoum fille de ’uqba, qui a entendu le  prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui- dire: ” Le menteur n’est pas celui qui essaye de réconcilier deux personnes en disant du bien de l’autre à chacun d’elles.” Dans une autre version Muslim a ajouté: “et je ne l’ai jamais entendu permettre aux gens de dire autre que la vérité sauf en trois cas la guerre, en réconciliant les gens, dans les paroles de l’homme à son épouse, ainsi que celles dites par la femme à son époux.”

Pour comprendre tels hadiths qui s’éloignent un peu de la norme traditionnelle du jugement, il nous faut se référer aux éléments du fiqh de vie. En activant le rôle des valeurs et objectifs, le jugement, dans le premier hadith, pourraient être conçu dans la mesure de l’activation de la haute valeur dans le domaine de l’enfance, qu’est la miséricorde: Assouplir la forme de la Salat, en commun, dans le but important d’apprendre à la communauté une telle valeur prépondérante, surtout dans le cas d’une petite fille qui était, auparavant, indésirable.

Et si l’on conçoit le deuxième hadith d’après l’objectif de conserver al umma, nous trouvons que cet objectif a transformé le jugement du mensonge, fait prohibé, en un mérite si le but est de conserver la famille, nœud de la société, ou dans le but de conserver la société en réconciliant les individus, ou finalement, pour conserver la umma contre toute attaque étrangère.

Toutefois, on doit se restreindre aux conditions déjà citées en ayant recours aux valeurs et aux objectifs. Il faut tenir compte qu’ils n’empiètent pas sur un jugement établi par le char’, c’est-à-dire nulle transgression, ni annihilation  du jugement, mais un allègement conditionné au cours de la pratique.

Intégrer la valeur et l’objectif en tant que des éléments constitutifs du fiqh de vie, permet d’inclure certains hadiths qui pourraient paraître comme des “exceptions”, dans l’envergure de la vision islamique, telle que l’a voulue Allah, et telle que l’a pratiquée le  prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui. Ces hadiths, ne forment pas une exception propre aux cas cités, mais ils font partie d’une vision complète plus large, qui aide à comprendre une religion valable pour tous les temps et tous les lieux. Et le fait de les intégrer dans la totalité de la vision islamique, coupe le chemin à toute manipulation tendancieuse contraire aux repères véridiques de l’islam.

  • Outil d’ijtihad:

Le fiqh de vie présente un outil d’ijtihad pratique et théorique. En dépassant la question du licite ou de l’illicite, il embrasse toute une envergure qui s’étale entre les deux extrêmes. On en a besoin pour décider des cas bien différents et bien variés connus sous le terme de “les équivoques” (mutašabihât), difficile à être décelées par l’individu musulman, et par suite, difficile à éviter, surtout s’ils font partie de sa vie quotidienne.

Il présente de même une potentialité à l’ijtihad vis-à-vis de tout ce qui surgit à partir des innovations ou des découvertes. Il sert à effectuer la comparaison entre les différentes opinions des ulémas, en favorisant l’opinion qui convient le mieux à l’esprit du char’, à ses objectifs et valeurs, et aux conditions de la vie même.

  • Outil d’innovation cognitif:

Le fiqh de vie propose une nouvelle approche des textes traditionnels ou contemporains, en usant des outils tirés de l’essence même de l’islam, disposant d’une grande capacité d’assimilation de tout fait nouveau, afin de faire sortir la communauté de l’embarras à l’ouverture des perspectives. De telles lectures basées sur les données et les conditions déjà précisées sont capables de dévoiler la défectuosité des lectures évasives actuelles. D’autre part, il supporte la créativité dans les différents domaines du Savoir, tout en profitant des nouvelles théories des sciences sociales et humaines, se référant au dogme islamique, dans le but de  satisfaire aux exigences de l’époque.

Conclusion:

Pour conclure, nous signalerons les points de repères auxquels aboutit cette recherche. En fait, ces déductions sont des titres soulevant des sujets qui nécessitent un travail élaboré.

  • Le Fiqh de vie, connecteur entre la pensée et la jurisprudence:

À cet égard, nous proposons de transformer les référents fondamentaux de la pensée (les valeurs, les objectifs, les lois,..) en des principes quasi réglementés, en leur cherchant authentification, à l’instar des principes du Fiqh. Ainsi, ces référents peuvent fonder des justifications au jugement de la pensée comme le font les principes du fiqh aux jugements législatifs. La différence catégorique entre les deux systèmes rend leur sphère de spécialité d’autant plus différente, chacun ayant sa propre vision, et son propre domaine de recherche. Il s’ensuit que chacun d’eux avance des réponses assez différentes aux questions posées; le fiqh de vie répond par: “cohérent ou incohérent”, ou “proche ou lointain”, tandis que le fiqh législatif affirme: licite, illicite, recommandé, haïssable, ou permis.

Nous trouvons une certaine connexion susceptible de rapprochement entre ces deux trajets de fiqh. Ainsi, la pensée toujours marquée par la fluidité en rapport avec la règlementation du fiqh de vie rejoint la pensée de recherche des absolus ou des spéculations du fiqh législatif, à partir de deux points importants communs : traiter les détails, d’une part, et les juger de l’autre. Un jugement qui repose sur la cohérence ou l’incohérence avec le système de fiqh de vie, non pas du point de vue du licite et de l’illicite. Ainsi il pourrait être considéré comme la liaison entre la pensée et le fiqh législatif, jusqu’alors contradictoires, ce qui entravait tout essai de recherche embrassant les deux clans. Il est donc indispensable de recourir au fiqh de vie, en développant ses éléments, pour répondre au besoin primordial de mener l‘ijtihad dans le domaine de la pensée et de la civilisation.

  • Le Fiqh de vie, accès à un nouveau discours islamique.

Cette étude méthodologique vise à instaurer une approche moderne d’ijtihad qui prendrait en considération le réel vécu et assumerait la charge de mener la réflexion islamique sur la voie de toute nouveauté en essayant de présenter des solutions aux divers aspects de la vie suivant le modèle du prophète -que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui. Nous constatons que cette nouvelle vision est à même de modifier le contenu du discours islamique, sujet d’attaque pour des raisons vraisemblables, et souvent pour des raisons erronées (à tort et raison.)

  • La possibilité d’intégrer les éléments du système du fiqh de vie aux principes du fiqh législatif:

En cas des Valeurs législatives, établies, et approuvées par consensus, elles pourraient faire partie du Fiqh législatif, en l’insérant  dans le chapitre intitulé: des preuves controversées. Ce qui est susceptible de permettre un enrichissement et une ouverture par  l’apport des trois principes du fiqh de vie: les valeurs, les objectifs, et les lois.

[1] Cette recherche est le troisième chapitre d’une étude intitulée: ” De la Sunna du Prophète vers un Fiqh de vie. Modèle de l’enfance.”; élaborée par un groupe de chercheurs dans le cadre des projets scientifiques de la Société de bienfaisance des services culturels, et sociaux.

[2] A noter que c’est le Cheikh Ali Jum’a, ex-mufti d’Egypte, qui était, à notre su, le premier à utiliser ce terme “fiqh de vie”.

[3] Tous les versets reproduits en français sont pris de la Traduction du Complexe du roi Fahd: Le Noble Coran et la traduction en langue française  de ses sens. Al-Madinah Al- Munawwarah, 1430.

Mohga Machhour

Traduit par: Amira Mokhtar

Revisé par: prof. Héba Machhour

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